Archi-militant | Un incendie? Laissez faire les infiltrations…
Après le drame qui a frappé la station de sports d’hiver de Crans-Montana, difficile pour moi de ne pas aborder la question cruciale du choix des matériaux et du respect des normes de sécurité dans les projets de construction ou de rénovation.
A entendre les seuls mots accordés par le propriétaire des lieux à un média suisse, beaucoup au Constellation a été fait maison. Le patron a visiblement raté sa vocation d’entrepreneur général et celle d’architecte. Et avec le recul, on imagine les risques que cet homme aurait fait courir aux occupants des lieux aménagés s’il avait embrassé la carrière de professionnel de la construction…
Le hic, c’est que des pros qui tapissent les murs et les plafonds de mousse non-ignifugée, il y en a quand même pas mal. Tout comme ceux qui ont la brillante idée de rétrécir d’un tiers une zone de sortie en montée. Et qu’on ne me dise pas qu’il n’y a qu’en Suisse où cela arrive. J’en prends pour preuve les nombreuses inepties et manquements graves à la sécurité que s’ingénuent à répertorier les coupeurs de cheveux en quatre dont je lis les publications avec attention sur Linkedin. Par ailleurs, dois-je rappeler le drame de l’Innovation qui a causé la mort de 251 personnes, des problèmes structurels liés à l’évacuation des fumées, des issues de secours trop peu nombreuses, de l’absence de sprinklers, de la présence de matériaux particulièrement inflammables?
Bien sûr, c’était en 1967. Mais l’histoire des faits divers bégaye. Ces dernières années, plusieurs incendies causés par des manquements inacceptables à la sécurité ont encore défrayé la chronique. Pensons à la Tour Kennedy à Liège et à ses gaines électriques non compartimentées dans les vides techniques qui a permis au feu de se propager verticalement à partir d’un simple arc électrique déclenché dans les caves. Ou encore avec cet autre incendie (d’origine criminelle cette fois) également parti des caves avant de se propager à toute vitesse à la Tour montoise des Mésanges, causant la mort de sept personnes. C’était en 2003, soit onze ans avant le drame de la Tour Kennedy. Et le feu s’était là aussi déjà propagé de manière verticale par les gaines techniques. Qu’on ne me dise donc pas que les personnes en charge de la sécurité de ces bâtiments ont tiré les leçons qui s'imposent de ces tragiques faits divers.
Le plus fort dans tout cela, c’est que les autorités dont on s’attend à ce qu’elles agissent professionnellement en la matière ne sont pas plus exemplaires à ces égards. Il suffit de lire le rapport édifiant dressé par les pompiers après l’inspection du Palais de Justice de Nivelles fin 2024 et qui a amené sa fermeture en catastrophe. Ou celui tout aussi affligeant dressé par les pompiers de Bruxelles après l’inspection du Palais de Justice de la place Poelaert en août 2024. Encore qu’ici tout est question de moyens. Sans doute les grands financiers du Royaume se disent-ils que si un incendie s’y déclarait, les infiltrations installées en toiture suffiraient à circonscrire le sinistre.