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09 november 2015 | YASMINE DEPRET

« I love Mons », Grand Prix d’Architecture de Wallonie 2015

Jeux de perspectives et de fuyantes sur un espace ouvert invitant à la déambulation. Illustratie | Maxime Delvaux
Une salle polyvalente dans l'ancienne Tour Valenciennoise au coeur d'une vaste esplanade. Illustratie | Maxime Delvaux
La façade en avant-plan dialogue avec l'espace public, tandis que l'espace domestique s'efface en arrière-plan. Illustratie | Maxime Delvaux
Deux nouveaux espaces urbains enrichissent les pratiques de la ville et créent de nouvelles perspectives. Illustratie | Maxime Delvaux
Le théâtre du manège participe à l'esprit des lieux. Illustratie | Maxime Delvaux
Les jeux d'ombre et de lumière et l'équilibre des contrastes ont été pensés par les architectes. Illustratie | Maxime Delvaux
La coursive forme une loggia sur l'espace public. Illustratie | Maxime Delvaux
Les logements sont très ouverts sur leur contexte tout en bénéficiant d'une intimité suffisante. Illustratie | Tim Van de Velde

Le projet, lauréat du Grand Prix d’Architecture de Wallonie 2015 dans la catégorie habitat collectif ainsi que du prix transversal Reconstruire la Ville, est le fruit d’un partenariat public-privé initié en 2006 par la ville de Mons lors d’un appel d’offre restreint. Malgré la polémique concernant la couleur de la façade, le projet est aujourd’hui terminé et offre à la ville intra-muros deux nouveaux espaces publics, des bureaux et des commerces, ainsi qu’un complexe résidentiel d’envergure. Retour sur quelques éléments-clés de sa mise en œuvre avec le bureau Matador.

Une zone d’équipement intra-muros à recomposer

Dès son lancement en 2003, le projet a eu pour vocation de contribuer au ré-ordonnancement d’un vaste îlot regroupant un patrimoine éclectique, et de créer de la cohérence sur une zone qui n’avait pas encore connu de plan d’ensemble. On y trouvait des équipements tels que le palais de justice, le ministère des finances, une salle polyvalente dans une tour médiévale ainsi que la caserne militaire dont le manège avait été réaffecté en théâtre, le tout situé en zone d'équipement communautaire et de service public au plan de secteur.

 

Historique d’un projet de revitalisation en cœur de ville

Au départ d’un Plan Communal d’Aménagement refusé en 2004, s’ensuit une opération de revitalisation urbaine transférant le pouvoir décisionnel régional à la Direction Générale de Namur. Un concours ouvert aux associations momentanées entre investisseurs, entrepreneurs et architectes est alors organisé par la Ville pour la mise en œuvre du plan. Celle-ci pilote tout le projet, depuis sa définition urbanistique jusqu’à la maîtrise d’ouvrage des espaces publics, en passant par les procédures d’acquisition et de concertation. Le projet, initialement nommé « Corps de ville » par les auteurs, s'inscrira idéalement dans le « kilomètre culturel » circonscrit par les instances communales en concordance avec la dynamique Mons 2015.

Toutes les conditions ont été mises en place dès le départ pour obtenir un résultat de qualité, depuis l’élaboration du projet urbain, l’organisation du concours avec intervention d’experts extérieurs, l’obtention des subsides pour la revitalisation et pour la création des deux espaces publics, les matériaux de valeur comme la pierre de Soignies au sol, jusqu’à la mixité des fonctions et des typologies de logement, le cachet de l’opération et la proposition d’une œuvre d’art public. Sur base du partenariat public-privé, la transaction sur la valeur du terrain est gelée en attendant la mise en vente des lots. Un auteur de projet, l’Atelier 4D, est désigné en accord avec les architectes pour l’aménagement des espaces publics. Deux places seront ainsi créées, articulées par un dénivelé et un petit bâtiment abritant de l’Horeca en rez-de-chaussée.

Le projet a été porté bilatéralement par la Ville et la Région Direction de Namur, sauf en ce qui concerne la demande de dérogation pour l’emploi d’une brique noire. La teinte plus claire retenue n’aura pourtant pas permis d’éviter qu’à l’occasion d’une demande de permis modificatif, la couleur de la brique soit déclarée non-conforme car trop sombre par la Direction du Hainaut, et que les façades doivent être partiellement peintes en blanc. Une décision que conteste le bureau pour qui l’essence même du projet est remise en cause.

 

Le projet résidentiel

L’image du bâtiment devait correspondre à la fois aux attentes d’une clientèle amatrice d’espaces qui se distinguent, mais elle devait aussi donner bonne mesure à la dimension plus institutionnelle, monumentale et culturelle du contexte. La structure en brique répétitive venait ainsi répondre à l’objectif de monumentalité et d’urbanité en formant une façade pour l’espace extérieur, tandis que la façade vitrée en retrait, volontairement discrète, permettait de créer un espace intermédiaire et pouvait correspondre plus librement aux découpages internes. La couleur choisie par le bureau permettait d’obtenir un jeu de clair-obscur dans lequel la domesticité s’effaçait au profit de la cohérence de l’espace extérieur. Le discours sur la double peau, son apparence et son rôle spatial, sont donc fondamentalement constitutifs d’un projet qui, rappelons-le, réintroduit le logement en zone d’équipement.

Le résultat est une architecture sérielle dont la force réside dans l’économie de moyens : L’effort est mis sur les qualités internes et la singularité des situations individuelles, tandis que le rythme de la composition extérieure fait simplement écho à celui des façades historiques de la ville intra-muros. Faisant référence à Peter Zumthor, le bureau souligne encore que « la qualité de l’édifice est créée par son « atmosphère », à travers sa capacité à « faire lieu ». Le promoteur, la société Himmos originaire d’Anvers qui y développe des projets qualitatifs dans un esprit de requalification urbaine, cherche en effet à réaliser « des environnements uniques à des endroits exceptionnels ». La proposition de faire poser une sculpture de Jan Fabre dans l’espace public a d’ailleurs été faite un temps, puis abandonnée.

 

Conclusions

Abstraction faite de considérations subjectives, le projet contribue bel et bien à la cohérence et à l’identité du quartier dans lequel il se trouve. Il satisfait une clientèle désireuse d’une localisation d’exception tout en proposant l’image monumentale et solennelle qui sied aux bâtiments institutionnels. Il est aussi générateur d’un cadre de vie éloquent, porteur d’une identité remarquable, dont l’impact déborde des seules limites du quartier ou de la ville. Il aura en outre donné lieu à une dynamique où les oppositions classiques à l’œuvre dans les projets urbains de cette envergure ont été dépassées. Gageons que ces fondements sont suffisamment robustes et que le temps veillera à restaurer l’esprit d’une démarche initialement partagée.