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12 november 2015 | ARCHITECTURA.BE

Table ronde : "Il manque aux architectes une conscience spatiale"

Leo Van Broeck (BOGDAN & VAN BROECK): "L’architecte a un double visage. Il a été durant deux siècles complice d’une fragmentation excessive. »
Dans le débat autour d’une utilisation durable et efficace de l’espace, on a analysé entre autres choses l’aménagement du territoire et le rôle que les architectes peuvent ou doivent y jouer.
Anne Malliet (Team Vlaams Bouwmeester): “Nous devons essayer de montrer que la poursuite de la fragmentation et de l’extension de de l’agglomération est une forme de suicide économique. »
Lieven Achtergael (Architecten Achtergael): “La densification doit surtout être faite d’une bonne manière. La plupart du temps on accorde trop peu d’importance à l’espace public ».
Kristine Verachtert (Ruimtelijk Beleid stad Leuven) s’adresse à Paul Vermeulen (De Smet Vermeulen architecten) et au modérateur Rik Neven.

À l’occasion de la Journée de l’Architecture 2015, le VAI (Institut flamand pour l’architecture) et Architectura ont organisé ensemble une série de tables rondes autour de quelques thèmes d’actualité. Lors du débat sur l’utilisation durable et efficace de l’espace, Leo Van Broeck (BOGDAN & VAN BROECK), Lieven Achtergael (Architecten Achtergael), Paul Vermeulen (De Smet Vermeulen architecten), Anne Malliet (Team Vlaams Bouwmeester) et Kristine Verachtert (Ruimtelijk Beleid stad Leuven) ont analysé entre autres choses l’aménagement du territoire en Flandre et le rôle que les architectes peuvent ou doivent y jouer. « Prévoir beaucoup de programmes sur peu d’espace est loin d’être toujours la meilleure solution », a-t-on entendu de toutes parts. Voici le premier épisode d'une série de trois, relatant ces échanges susceptibles d'intéresser également architectes et urbanistes francophones.

Partout en Flandre, l’espace disponible devient plus rare. Quel rôle peuvent et doivent jouer les architectes dans la poursuite du remplissage ?

Kristine Verachtert : On a souvent parlé d’ « utilisation efficace de l’espace », et en ce sens il est surtout important de bien réfléchir sur le rôle que des zones ou des sites peuvent remplir. Certains lieux ont besoin de densification, d’autres pas du tout. Les régions ne doivent en effet pas toutes composer avec le même niveau de croissance – aux Pays-Bas, on prend par exemple pour certains territoires déjà en compte un scénario de rétrécissement. Il est dangereux de continuer à purement raisonner sur base de ce que nous avons connu par le passé. À Leuven nous plaidons depuis des années pour capter l’accroissement nécessaire dans une région urbaine grâce à des noyaux compacts. En même temps, nous veillons à ne pas créer trop de nouveaux centres dans la campagne. Prévoir beaucoup de programmes sur peu d’espace n’est donc pas toujours la meilleure solution. Du point de vue de l’urbanisme, nous avons vraiment l’impression que les architectes ne font pas tous cette distinction.

Leo Van Broeck : Densifier partout n’est en effet pas une option. L’un des plus gros mensonges de ces dernières années est que l’on désigne la Flandre comme un réseau métropolitain. Le problème est cependant que l’architecte a un double visage. Il a été durant deux siècles complice de la fragmentation excessive. C’est comme si nous étions chirurgiens et que quatre-vingt pour cent de nos patients quittaient la salle d’opération boiteux, parce que ‘l’urbanisme le permet’ et qu’il n’est pas nécessaire que nous ayons une conscience spatiale. C’est en premier lieu l’architecte qui a entre les mains les clés d’un avenir durable, beaucoup plus que les politiques qui souffrent constamment de la pression électorale. Si les projets ne sont spatialement pas bien fondés, nous devons oser les refuser.

Lieven Achtergael : La densification doit surtout se faire d’une manière correcte. La plupart du temps, on accorde trop peu d’importance à l’espace public. Les friches sont les dernières occasions qui nous restent de créer totalement de nouveaux territoires urbains, mais malgré la participation de grands noms de l’architecture, cela conduit trop souvent à des bévues lamentables. Sans la création d’espaces ouverts de qualité, nous ne pourrons jamais convaincre les habitants des fermettes de campagne de venir habiter en ville.

Paul Vermeulen : Peut-être qu’en effet nous payons les frais parce que nous avons trop longtemps négligé la culture urbaine. Faire des villes plus paysagères par exemple en prévoyant des espaces verts collectifs à valeur ajoutée est une priorité absolue. Mais cela demande aussi des connaissances et une expertise qui font peut-être actuellement défaut. D’où ce bon conseil : visitez d’autres villes (en Allemagne et en Scandinavie) qui font exemple. Ne restez pas à l’intérieur de la Flandre et élargissez votre horizon. En tant qu’architectes, nous devons rendre plausible et attrayant ce qui est nécessaire, et pour cela nous devons utiliser le ton juste : ne pas continuellement se poser comme prophète du malheur, mais développer des idées pour pouvoir soi-même bien habiter et vivre dans un contexte inquiétant.

Anne Malliet : Les architectes excellent dans l’art d’organiser le logement sur une parcelle propre. Mais la réalité indique qu’il est nécessaire d’évoluer vers des formes collectives. En Flandre, il manque également un acteur important, à savoir le constructeur professionnel de logements à louer. Entre l’habitat social et habiter sur sa propre parcelle, il existe un fossé gigantesque. Avec le terme mis au bonus logement apparaît une classe moyenne en difficulté – l’exode urbain a aussi à voir avec l’accessibilité financière. Autrement dit, les architectes doivent réfléchir comment ils peuvent traduire la qualité d’habitat aussi dans des projets de logements collectifs et abordables.

Kristine Verachtert : Totalement d’accord. Rendre attractifs les logements empilés (par exemple un duplex avec un petit jardin) est une véritable priorité à Leuven, parce que les familles avec enfants habitent dans la majorité des cas soit dans un logement en pied-à-terre, soit elles fuient la ville. Je suis convaincue que les architectes peuvent retourner la perception dominante avec des conception intelligentes et attractives à petite échelle. Dans les villes comme Leuven, les projets à grande échelle ne sont en effet plus l’avenir parce qu’il n’y a tout simplement plus d’espace pour cela. La plus grande part de l’accroissement urbain à venir va se dérouler via de plus petits projets, c’est pourquoi les plus gros enjeux se situent à ce niveau.

 

À suivre dès la semaine prochaine...