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28 januari 2016 | PHILIPPE SELKE

Autoportrait : Vincent Callebaut

Vincent Callebaut
Tour résidentielle à Taipei (Taïwan), livraison fin 2016 Illustratie | Vincent Callebaut Architectures
The Gate Heliopolis au Caire, livraison prévue en 2020 Illustratie | Vincent Callebaut Architectures
Résidences à énergie positive à Kunming (Chine) Illustratie | Vincent Callebaut Architectures
Gardens by the Bay, à Singapour (architectes Wilkinson Eyre et Grant Associates) Illustratie | RickDeye
La Cité Lotus, par Luc Schuiten Illustratie | Cité végétale - Luc Schuiten
Parc aquatique à Marne-la-Vallée, par Jacques Ferrier (2015) Illustratie | Jacques Ferrier Architectures
Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne
New York délire, de Rem Koolhaas

À l’occasion de la sortie de son dernier livre 'Paris 2050. Les cité fertiles face aux enjeux du XXIe siècle' (chez Michel Lafon), Architectura a longuement rencontré l’architecte belge basé à Paris, qui cultive le retour de la nature en ville. Né en 1977 à La Louvière, mu par une volonté farouche de changer la nature même des villes et soucieux de rendre constructibles ses projets, Vincent Callebaut a mis 10 ans avant d’obtenir sa première commande. Une belle réponse à ceux qui ne voyaient en lui qu’un doux rêveur.

Sa vision de l’architecture                                                       

Parmi les projets que vous avez réalisés, quels sont ceux qui vous procurent le plus de fierté, et pourquoi ?

Mon premier grand projet à être réalisé est une tour résidentielle de 50 000 mètres carrés à Taipei (Taïwan), projet gagné sur concours devant Zaha Hadid et Norman Foster. Alors que ce n’était pas demandé, on s’était associé à un bureau d’études en génie bioclimatique pour sculpter le bâtiment en fonction des données bioclimatiques du lieu et le concevoir comme un bâtiment durable, consommant deux fois moins que ceux des deux architectes stars. J’avais 32 ans seulement à l’époque. Le client avait mon âge. Il a choisi de s’engager avec moi dans la transition énergétique plutôt que de travailler avec un architecte star. Par la suite, une équipe d’ingénieurs internationaux a été constituée pour venir consolider ma fragilité de l’époque. Taipei est en effet situé sur l’une des plus grandes failles sismiques au monde, et nous avons gagné le concours juste après le tremblement de terre de Fukushima. Je travaille sur ce chantier depuis 6 ans, il sera livré à la fin de cette année, les jardins suspendus et les aménagements intérieurs étant prévus début 2017.

 

Pour quel projet en cours ou en préparation avez-vous des attentes élevées ?

Le projet à Taïwan a été suivi par une commande directe pour un projet de 450 000 mètres carrés au Caire : The Gate, qui sera livré en 2020. Situé dans le quartier Héliopolis, quartier belge du Caire créé à l’époque par le baron Empain, cet îlot de 250 mètres de côté, 43 de mètres de hauteur, comprend 1000 appartements posés sur un centre commercial et de bureaux. Le tout est recouvert par une immense canopée solaire de 25 000 mètres carrés, qui va générer toute l’électricité pour le centre commercial et l’eau chaude sanitaire pour les appartements. On a travaillé en s’inspirant des Malqafs, cheminées à vent traditionnelles qui existent dans la région depuis 3000 ans. Celles-ci vont fournir un refroidissement naturel en aspirant l’air extérieur à 40-45 degrés en été et en le faisant passer à -15 mètres sous les fondations pour profiter de l’inertie thermique de la terre, ce qui permet de réinjecter de l’air à 30 degrés dans les appartements. L’objectif étant de réduire de 70% la facture énergétique du projet, avec une certification LEED Gold plus. Il s’agit ici d’un projet moins élitaire qu’à Taipei, avec un prix au mètre carré d’environ 1200 euros.

Troisième projet en cours : on quitte la ville pour se retrouver dans la campagne chinoise, à Kunming, chef-lieu de la province du Yunnan. Là-bas, on tente de combattre l’exode rural massif avec un éco-quartier de 45 résidences à énergie positive hébergeant 250 familles, implanté dans un champ d’agroforesterie. Les habitants se nourrissent de ce qui est cultivé sur leurs terres, de façon biologique et en appliquant les principes de la permaculture. Ces résidences sont construites en charpente bois-acier, lamellé-collé croisé, avec un maximum de matériaux biosourcés. Avec cette technique, plus besoin de grands arbres pour faire de grands éléments porteurs, on travaille avec de petits arbres desquels on tire des planches qui, entrecroisées, forment de grands éléments. Les façades sont tantôt transparentes, tantôt opaques et photovoltaïques, et l’électricité est fournie par des éoliennes à sustentation magnétique n’engendrant aucune pollution sonore.

 

Quel projet d’un autre architecte belge est selon vous un coup dans le mille ?

Mes favoris ne sont pas en Belgique. Je connais bien Pierre Hebbelinck et j’apprécie sa façon de travailler. Je me suis retrouvé plusieurs fois en concours avec lui et c’est toujours lui qui a gagné. On n’a pas en Belgique de grands bureaux d’architecture qui se sont exportés à l’étranger, à part JDS. Je ne vois pas vraiment d’architectes belges qui rentrent dans ma philosophie.

 

Quels architectes étrangers sont pour vous une grande source d’inspiration ?

Norman Foster, qui pour moi a su faire le lien entre les technologies du renouvelable tout en construisant des bâtiment hyper pérennes avec beaucoup d’innovation. En France, il a Jacques Ferrier qui est dans la même lignée. Les architectes stars se différencient les uns des autres par leur style architectural. Maintenant, ce n’est plus vraiment cela qui fait la différence mais le fait de concevoir des bâtiments qui soient ou non intelligents, sobres en carbone, … et qui, en plus, ont un caractère architectural fort.

 

Quels projets récents construits à l’étranger considérez-vous comme particulièrement réussis ?

J’aime beaucoup les serres horticoles des Gardens by the Bay (par Wilkinson Eyre et Grant Associates) dans le quartier de Marina Bay à Singapour : deux immenses serres en forme de coquillage près du fameux hôtel avec la piscine-pont qui relie les 3 tours. Ce sont des serres totalement passives, intégrant les principes bioclimatiques. Ce projet représente la fusion de mes deux passions de base qui sont l’horticulture et l’architecture.

 

Quels aspects du métier d’architecte trouvez-vous passionnants ? Inciteriez-vous vos enfants à vous suivre dans cette voie ?

C’est l’un des plus beaux métiers du monde. C’est un métier où il n’y a pas vraiment de routine. Surtout à partir du moment où l’on commence à travailler beaucoup à l’international. Confronté à des cultures différentes, il faut un certain temps pour comprendre la culture de l’autre et l’intégrer dans nos projets : le Feng Shui à Taipei ou l’organisation de la famille au Caire… Cela demande non seulement une certaine ouverture à l’autre mais aussi d’être omniscient, ce que personne n’est. On est donc obligé de rencontrer plein de gens pour absorber leur savoir, ce qui crée une vie super excitante.

 

Quelle rencontre fut décisive pour votre épanouissement en tant qu’architecte ?

Il faut savoir que pendant mes deux premières années d’architecture, j’étais nul en maths. Je n’en voyais pas l’utilité pratique et donc je n’aimais pas. Heureusement, j’ai eu un ou deux professeurs qui m’ont ouvert les yeux, … dont Luc Deleuze. Et puis, il y a eu Joël Claisse, chez qui je travaillais, qui était un architecte minimaliste. Parallèlement, j’ai grandi dans l’univers de Luc Schuiten, architecte classifié parmi les utopistes. Personnellement, j’ai toujours trouvé ce qu’il proposait beaucoup plus intéressant que ce que proposait Jean Nouvel. Ce que Jean Nouvel construit, c’est beau, c’est bien fait mais cela ne m’a jamais transporté. Chez Schuiten, ce n’est pas construit mais, sur le fond, c’est intellectuellement plus intéressant parce qu’il invente un nouveau modèle de société. On se croise encore régulièrement dans des conférences où nous sommes invités à parler de biomimétisme.

 

Un peu de tout

Quel autre métier auriez-vous voulu exercer ?

Horticulteur, ou les Eaux & Forêts, un métier au contact de la nature

 

Où avez-vous suivi votre formation en architecture ?

À l’institut supérieur d’architecture Victor Horta (Bruxelles)

 

Chez qui avez-vous été stagiaire ?

Dans des bureaux allemands, italiens et français.

 

Quel était le titre de votre travail de fin d’études ?

« Métamusée des Arts et Civilisations » (Quai Branly, Paris)

 

Votre livre d’architecture favori :

New York délire, de Rem Koolhaas

 

Votre livre favori (hors architecture) :

Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne. Lisant ses livres quand j’étais enfant, j’ai toujours adoré la manière dont il extrapolait le futur en se basant sur les technologies de l’époque.

 

Votre film préféré :

Blade Runner, de Ridley Scott

 

Votre programme tv préféré :

Je n’ai pas vraiment de programme préféré. J’aime bien Tracks par exemple, une émission culturelle d’ARTE sur les phénomènes de création non standard en milieu urbain

 

Votre musique favorite :

Je suis plutôt pop rock.

 

Que faites-vous volontiers dans vos temps libres ?

Je pars en vacances mais je pars déjà pas mal en vacances en travaillant. Il n’y a pas de frontière nette entre mes temps libres et mon temps de travail.

 

La ville belge que vous préférez :

Bruxelles

 

La ville européenne que vous préférez :

Barcelone

 

Dans quel pays auriez-vous voulu naître et grandir ?

Je suis assez fier d’être belge. C’est très bien perçu à l’étranger. Il paraît que les Belges ont su associer le côté artistique latin avec le côté technique anglo-saxon.

 

Etes–vous sportif, actif ou passif ? Quel sport ?

Pas vraiment. Mais je pratique la randonnée et la plongée.

 

Votre site d’architecture favori ?

ArchDaily.