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03 januari 2019 | CATHERINE DE WOLF

« L’économie circulaire est une spirale »

La Lainière de Roubaix (France) Illustratie | Steven Beckers
Ferme Abattoir, Rooftop Aquaponic Farm, BIGH Illustratie | Catherine De Wolf
Illustratie | Catherine De Wolf

Architecte certifié Cradle-to-Cradle, Steven Beckers est celui qui a importé ce concept il y a 10 ans en Belgique. En tant que professeur, il avait été le premier à introduire le concept de l’économie circulaire et ses principes aux nouvelles générations d’architectes belges, moi y compris. Aujourd’hui fondateur de Building Integrated GreenHouses (BIGH) et de Lateral Thinking Factory (LTF), il continue d’inspirer par ses projets visionnaires.

 

CDW : D’après le concept cradle-to-cradle, qu’est-ce l’économie circulaire ?

SB : D’abord je ne définis pas l’économie circulaire, mais je définis l’économie circulaire à impact positif sur l’environnement et l’humanité, ce qui remplace aujourd’hui le terme cradle-to-cradle. J’hésite à donner une définition, car souvent, comme par exemple lors de ma présentation à la Mairie de Paris, le public comprend que c’est du recyclage. Or, le recyclage utilise de l’énergie et diminue souvent la qualité des matières premières. On peut recycler tout et n’importe quoi, même les déchets nucléaires. Il faut donc éviter à tout prix de penser que recycler est suffisant. L’architecture « circulaire », elle, doit avoir un impact positif régénératif. A chaque cycle, on devrait gagner en valeur : revenir à de la matière plus pure, assainir l’environnement, économiser l’eau et l’énergie, nourrir les gens et créer de l’emploi. Le secteur s’est trompé en appelant ça économie « circulaire », je parlerais plutôt d’économie en « spirale » positive. Avec LTF, je crée des feuilles de route de projets spirales mesurables. Avec BIGH, je mets ces idées en application moi-même de la manière la plus pédagogique possible : c’est-à-dire par la production de nourriture saine, sans déchets et en ville.

 

CDW : C’est pour refléter le concept de métabolisme régénératif que BIGH construit des fermes urbaines ?

SB : Bien sûr, mais aussi pour démontrer que l’agriculture urbaine peut être rentable. C’est une idée qui m’est venue en Chine, où j’ai fait de la consultance pour l’État chinois. A cause des énormes distances urbanisées, les grandes villes en Chine n’arrivent plus à assurer une logistique de produits frais jusqu’au centre-ville. De plus, de nombreux habitants sont d’anciens cultivateurs et l’air est pollué. En utilisant cette expérience et ce CO2 pour cultiver en ville, l’agriculture urbaine nourrit les habitants et assainit l’air en même temps. Depuis que j’ai implémenté cette idée en Belgique, je reçois de plus en plus de demandes chinoises pour exporter ce concept là-bas.

 

CDW : Vous parliez de feuilles de route mesurables, comment quantifier les impacts positifs de ces projets ?

SB : Devoir mesurer est un mal nécessaire. Si on fixe un but au départ, on n’ira jamais plus loin que le but. Si on fixe une vision, on ira loin. Parfois on me prend pour un fou avec mes visions. Récemment, j’ai quantifié les tonnes de matériaux de deux tours qui allaient être démolies – alors qu’elles venaient d’être construites – pour démontrer qu’on pouvait garder 80% des matériaux en ne touchant pas à la structure. Les tours ont été sauvées ! Dans le futur, on utilisera le BIM de façon généralisée dans ce but-là. Le projet Park 2020 a pour ambition de mesurer tous les matériaux disponibles dans le projet à chaque temps t de sa durée de vie. Beaucoup de grandes sociétés de construction investissent dans le BIM afin d’optimiser la construction, la récupération de matière, et de répondre à la demande de fournir un passeport de matériaux pour chaque nouvelle construction, voire restauration.

 

CDW : Quelles sont les innovations qui mèneraient à un futur circulaire ou spiralé ?

SB : La fabrication robotisée et le BIM justement permettent d’imaginer la conception et la déconstruction d’éléments préfabriqués singuliers. Je travaille sur des innovations très variées : la découpe au laser ou au jet d’eau pour séparer les matériaux composites réutilisés ; les bactéries positives BioOrg pour améliorer la qualité de l’air ; le remplacement du courant alternatif par le courant continu qui permettrait d’utiliser l’énergie renouvelable plus facilement ; l’hydrogène pour stocker les énergies renouvelables. La flexibilité est l’outil principal dans mes projets.

 

CDW : Que faire pour implémenter cette flexibilité ?

SB : Brûler ou enterrer des déchets ne coûte pas encore assez cher. Il faut donc des réglementations. Les gens ne sont pas assez informés des problèmes de qualité de l’air et de l’eau. Dans les mentalités, ce qui est vert est cher. Or, si c’est parfois plus cher à l’achat, il y a plus de valeur à long terme et c’est meilleur pour la santé. L’économie circulaire doit être tout à fait transversale, elle doit être un tout, pas un supplément qu’on rajoute à la fin. Au lieu de seulement écrire des livres et des rapports, je veux maintenant prouver ces bienfaits par des exemples.

 

Voici quelques exemples dans lesquels Steven Beckers a été impliqué.

  • Ferme Abattoir, BIGH Anderlecht, Belgique : la ferme urbaine sur les toits de l’ancien abattoir d’Anderlecht produit entre autres des tomates et du basilic.
  • Maison du projet de La Lainière de Roubaix, France : un cahier des charges implémentant les principes d’économie circulaire a été établi.
  • SoGeProm, Société Générale à Paris, à la Défense, France : le projet a été certifié Cradle-to-Cradle-inspired.