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13 februari 2019 | JOHAN DEBIÈRE

Archi-militant : Back to basics svp !

Illustratie | Iglou
Illustratie | ORIG-AMI

Qu'on le veuille ou non, les abris pour SDF ont pris leurs quartiers dans nos villes et nos campagnes. Et avec la prise en compte de leur misère, des initiatives naissent un peu partout en Europe afin de protéger autant que faire se peut ces personnes dans le besoin. C'est avec les fameuses tentes plantées à même le bitume que l'association Les Enfants de Don Quichotte a ouvert le débat. L'initiative de l'association parisienne a été suivie par bien d'autres : depuis le Sarcophage hi-tech inventé par le jeune ex-SDF Jérémie Jeanne jusqu'à l'Igloo de l'ingénieur bordelais Geoffroy de Reynal en passant par ces abris en carton ORIG-AMI pensés par le centre provincial de réinsertion au travail, fournis par la cartonnerie CELLMADE et fabriqués par l'atelier de la prison de Lantin. Ces initiatives sont éminemment intéressantes car elles amènent les professionnels de l'architecture à réfléchir à ce qui constitue l'essence ultime de leur métier : protéger des éléments et donner par ailleurs un sentiment de sécurité qui passe par la préservation de l'intimité et de l'intégrité physique de l'individu.

 

Avec la débauche de moyens dont ils profitent, certains projets architecturaux développés pour des personnes physiques et pour des personnes morales s'éloignent singulièrement de ces éléments fondamentaux. Ainsi, l'on peut voir parfois au détour des rues de certaines grandes villes des bâtiments prestigieux qui se distinguent par la profusion d'éléments futiles : ici des tonnes de verre, là des tonnes de marbre, ici encore des tonnes d'aluminium.

Sur un plan (est)éthique, ces constructions qui me semblent singulièrement manquer de bon goût offrent en outre un contraste saisissant avec les abris évoqués plus haut. Des abris de fortune (sic) que l'on retrouve d'ailleurs très souvent au pied de ces bâtiments prestigieux. En plus de donner des haut-le-coeur, cette orgie de matériaux à la fonctionnalité nulle ou quasi-nulle éveille en moi un sentiment de colère et m'amène à me poser des questions naïves, mais qui semblent néanmoins pertinentes et légitimes pour l'humaniste que je suis. Pourquoi devrions-nous continuer à tolérer pareil contraste ? Quels plaisirs cette débauche apporte-t-elle aux occupants des bâtiments ? En plus de faire de l'ombre aux sans-abris, a-t-on pensé aux gagne-petit qui franchissent chaque jour les portes de ces édifices pour y passer 8 et parfois même 9 ou 10 heures de leur journée ?

La conclusion de ce billet enflammé ? La voici : Messieurs les architectes, même quand vous travaillez pour de grandes sociétés, s'il-vous-plaît, ayez la décence et le bon goût d'essayer de revenir aux 'basics', les vrais. Ceux qui nous protègent efficacement des éléments et ménagent notre intimité. Et tant qu'à faire, intéressez-vous vraiment, comme ce Bordelais, comme cet ex-SDF et comme ces associations bruxelloises, au sort de ceux pour qui le mot « toit » prend vraiment tout son sens.