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20 maart 2019 | MICHEL CHARLIER

« Il faut combiner gilets jaunes et gilets verts ! »

Illustratie | Nice Provence Info
Jean-Christophe Vanderhaegen
Catherine De Wolf
Bruno Busch
Aubry Lefèbvre

La table ronde organisée à Batibouw le 21 février dernier a évoqué le stop au béton / à l’urbanisation (cf. notre précédent article sur architectura.be). Mais les différents intervenants ont également abordé la question de la conciliation entre logement accessible financièrement et performant énergétiquement. Comment concilier les deux, avec des normes de plus en plus exigeantes et contraignantes, utiles mais entraînant la plupart du temps des hausses dans le coût d’une construction ou d’une rénovation ? Une question à laquelle les pouvoirs publics doivent pouvoir répondre, du moins en partie.

 

Jean-Christophe Vanderhaegen (directeur général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale) : « Il y a trois ans, la Région de Bruxelles-Capitale a été refinancée par le tax shift. De l’argent était disponible pour financer certaines choses, le gouvernement voulait faire baisser le coût du logement pour les ménages moyens. Nous avons proposé que ce budget soit donné aux personnes afin qu’elles puissent faire effectuer par des entrepreneurs agréés des travaux de rénovation énergétique dans leur maison ou leur appartement. Mais le gouvernement a décidé de proposer plutôt un abattement fiscal sur les droits d’enregistrement… ce qui a eu pour conséquence, trois ans plus tard, de faire augmenter le prix des logements. Je pense qu’on peut trouver toute une série de solutions financières innovantes, sans toujours devoir payer des primes. Je pousse également à ce que l’administration puisse réagir beaucoup plus rapidement. Prenez quelqu’un qui développe un projet complètement durable et totalement conforme à l’aménagement du territoire, si l’administration s’engage à délivrer le permis dans les 3 ou les 6 mois, imaginez ce que cette personne va gagner comme intérêts ! Cela ne coûte rien à l’administration et il y a donc moyen de faire des innovations assez intéressantes. »

Bruno Busch (administrateur Neo&Ides sprl - cellule énergie du groupe Greisch) : « Notre bureau assiste souvent les maîtres d’ouvrage et les architectes sur les notions de durabilité et sur les aspects énergétiques lors des phases de conception et sur les parties après l’exploitation. Car l’enjeu des empreintes carbone est aussi important après l’exploitation que lors de la conception. L’impact que l’on peut avoir sur les phases de conception a des influences et des retombées positives sur les phases de construction. Parfois, dans des marchés publics et des concours, il y a un gâchis énorme et une perte de temps alors que si on mettait ensemble toutes ces composantes de durabilité et d’énergie en amont, on arriverait à faire de meilleurs projets, qui seraient mieux contrôlés en termes de coûts. »

Catherine De Wolf (chercheuse à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)) : « Tous les acteurs doivent participer et s’impliquer. Mais on ne peut espérer cela que si la loi est la même pour tous, si chacun est obligé, par exemple, de réaliser le calcul de l’impact environnemental de son bâtiment. Actuellement, ce calcul n’est pas obligatoire ; seuls les bureaux d’architectes et les ingénieurs convaincus de l’intérêt de ce calcul le font et passent donc « gratuitement » du temps à cela, tandis que d’autres bureaux ne s’en soucient pas. Et le particulier, lui, n’est pas toujours au courant de ce qu’il faut faire ; il sait qu’isoler, c’est mieux, mais il ne sait pas nécessairement quel matériaux d’isolation utiliser. Il est donc souvent seul dans ses choix. »

 

Architectura : Une récente étude du WWF explique que l’état belge subventionne trois fois plus les énergies fossiles (un peu plus d’1 milliard €) que la rénovation des bâtiments (325 millions €). Si l’état n’inverse pas cette proportion, ne diminue pas l’attractivité des carburants fossiles et ne renforce pas le soutien à la rénovation, les choses ne vont pas vraiment avancer.

Bruno Busch : « Il est vrai que certaines primes, celles concernant par exemple la basse énergie et les bâtiments passifs par exemple, ont diminué ou ont été supprimées. Mais ces éléments sont devenus maintenant des normes obligatoires à respecter. On ne construit plus du tout aujourd’hui comme il y a 5 ans ! Il y a 5 ans, on parlait surtout d’aspect énergétique , aujourd’hui, on parle plutôt de l’aspect environnemental. Il y a donc une évolution positive, mais c’est aussi extrêmement contraignant et entraîne un risque pour la rénovation car les gens n’auront pas nécessairement assez d’argent pour rénover en répondant à toutes les normes et réglementations. »

Aubry Lefèbvre (administrateur délégué Thomas & Piron Bâtiment) : « On parle beaucoup de normes pour les bâtiments neufs, mais il faut absolument faire quelque chose sur les bâtiments existants. La production du neuf ne représente 3% du parc immobilier et est bon énergétiquement. Sur des bâtiments neufs qui sont en classe B, on cherche à faire du A, voire du A+ mais sur les 97% existants, il ne se passe rien ou pas grand-chose. Or, l’accessibilité au logement, c’est aussi l’accessibilité à la rénovation. La meilleure et la première façon d’améliorer l’impact sur le climat, c’est de ne pas dépenser. C’est un des gros défis actuels, spécialement en Région wallonne. Bien sûr, cela a plus d’impact de dire qu’on a réalisé le premier éco-quartier que de dire qu’on a rénové et isolé 140 maisons… Quant au chèque habitat (NDLR : un avantage fiscal en matière de crédits hypothécaires mis en place en 2016 par le Gouvernement wallon), c’est une prime pour le plaisir, purement électoraliste, mais ce n’est pas un incitant à rénover, puisqu’on n’a pas lié à ce chèque l’obligation de rénover et d’isoler sa maison. »

Jean-Christophe Vanderhaegen : « Il faut vraiment combiner gilets jaunes et gilets verts ! Nous travaillons avec la Smart Building Alliance en France, un mouvement fédérateur et multidisciplinaire regroupant tous les acteurs SMART, des promoteurs, des banques, des compagnies d’assurance, des fabricants, des sociétés technologiques… Ils sont occupés à développer une approche SMART pour les HLM et à la tester sur des cas réels. Ils remarquent qu’on peut faire diminuer la consommation énergétique de 30% dans ces HLM ! Ce sont des éléments concrets faciles et peu onéreux à mettre en œuvre, tels que l’extinction automatique des lumières ou la gestion du chauffage. Il est important d’avoir de grands débats, mais il est également important d’avancer grâce à de petits exemples très concrets et faciles à mettre en place. Parallèlement à cela, il faut aussi utiliser les technologies et former les entreprises pour qu’elles soient prêtes à construire de façon étanche, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ans. Et tout cela va permettre de réconcilier les gilets jaunes et les gilets verts. »