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08 mei 2019 | JOHAN DEBIÈRE

Charles-Edouard, reviens. Ils sont devenus fous.

Ils sont nés et ils ont l'impression d'être sur terre pour l'éternité. Et avec eux leurs constructions monomaniaques, marquées par une répartition des usages et une distribution des espaces laissant fort peu de place voire pas de place du tout au changement, à l'évolution.

 

Le salon est un salon et restera un salon ; la cuisine est pensée comme une cuisine et ne pourra jamais être qu'une cuisine ; les chambres sont conçues comme des chambres et ne pourront jamais être rien d'autre que des chambres. Idem avec les immeubles tertiaires : les bureaux sont des bureaux et ne pourront jamais accueillir autre chose que des bureaux ; les espaces de réunion ne pourront jamais servir à rien d'autre qu'à réunir des gens ; et les espaces de stockage resteront des espaces de stockage jusqu'à leur démolition.

Bref, des constructions bonnes à jeter une fois leur seul et unique cycle de vie terminé. Ensuite, direction la poubelle ou, au mieux, pour ceux qui feront un peu moins mal leur boulot, le recyclage. Car, oui, il faut que je vous le dise, tous les architectes, tous les auteurs de projet et tous les clients ne pensent pas forcément toujours à la recyclabilité des matériaux. Bien sûr, face à la révolution des modes de travail, les architectes, et les promoteurs aussi d'ailleurs, sont de plus en plus conscients de la nécessité de permettre une mobilité et une mixité des usages. Des bureaux peuvent être susceptibles d'être transformés en bel espace commun. Et cet espace commun initialement dédié à une activité économique d'être transformé en loft ou en vaste espace de délassement.

C'est une bonne chose, une évolution qu'il faut certes saluer dans ce monde qui ne tourne plus très rond, mais parmi ces architectes qui affirment fonctionner dans le respect de la circularité, combien sont-ils qui songent à régler les milliers de détails qui permettront effectivement un passage fluide d'un usage à un autre ? Qui songera aux systèmes de clips qui permettront de désassembler et de réassembler d'une autre manière des éléments de construction en béton ? Qui pensera à la disposition intelligente des espaces vitrés dans l'optique d'une recomposition de l'espace ? Pas beaucoup en réalité.

On est très loin du génie visionnaire de Charles-Édouard Jeanneret-Gris alias Le Corbusier. A chaque minute de sa vie, celui-là pensait la modularité dans ses moindres détails. Il vivait l'architecture dans ses moindres détails. Et développait une vision spatiale de l'aménagement. Bref, Le Corbusier était un adepte de la réalité virtuelle avant l'heure. Face à un projet qu'il devait concrétiser, il se projetait dans l'après, en pensant à une évolution toujours possible de sa construction. Résultat : nombreux sont les édifices portant sa signature qui sont, aujourd'hui encore, non seulement habités, mais habitables. S'il te plaît Charles-Edouard, reviens. Ils sont devenus fous.

GERELATEERDE DOSSIERS