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13 november 2019 | PHILIPPE SELKE

Kristiaan Borret : « Travailler en amont est le mot d’ordre. »

L'équipe BMA Illustratie | Jonathan Ortegat

A moins de deux mois de la fin de son mandat en tant que bouwmeester maître architecte bruxellois, architectura a rencontré Kristiaan Borret. L’occasion de dresser un bilan de son action certes, mais surtout d’évoquer le fonctionnement de l’institution BMA. Dans ce second article, nous nous focaliserons sur les 3 piliers qui sous-tendent l’action du BMA : l’organisation de concours, la research by design et la chambre de qualité.

 

Des concours à la pelle

Tout qui suit l’actualité urbanistique bruxelloise voit passer quasi chaque semaine au moins un « Appel à auteurs de projet / Oproep aan ontwerpers ». Pour des projets publics certes, mais également et de plus en plus pour des initiatives privées. Kristiaan Borret : « 50% de notre temps va à l’organisation de concours. C’est un métier assez technique. Notre volonté est d’organiser les concours de manière extrêmement transparente. On peut par exemple trouver sur notre site un résumé des projets lauréats mais également des images des projets des autres candidats. Je suis convaincu que cette transparence aide à réduire le risque de recours. De nombreux recours sont introduits par méfiance, par ignorance des raisons pour lesquelles les candidats malheureux n’ont pas gagné. C’est pourquoi nous accordons un grand soin aux rapports de motivation. Nous communiquons actuellement beaucoup sur les résultats et les processus mais à l’avenir, nous devrions aussi davantage communiquer avant même de lancer le concours. Travailler en amont est le mot d’ordre. »

Interrogé sur un exemple récent de projet ayant bénéficié de la méthodologie BMA, Kristiaan Borret cite le ZIN (ex-WTC), dont le promoteur Befimmo était conscient qu’il pouvait être amélioré avec l’aide du BMA. « L’idée à l’origine était de démolir les tours. Le concours n’est pas juste une machine à désigner quelqu’un, c’est aussi un moyen de faire émerger de nouvelles idées. Dans ce cas précis, grâce à 51n4e et l’AUC, le maître d’ouvrage a changé d’avis. Une grande partie de la structure des tours a finalement été conservée. Grâce au système BMA, un bon architecte a certes été désigné mais, plus important, le projet est meilleur qu’avant. Quel qu’en soit l’auteur ou le promoteur, c’est toujours le meilleur projet qui doit l’emporter. Il faut donner sa chance à tous. »

 

« Un bouwmeester ne peut bien fonctionner que s’il y a de bons architectes et de bons maîtres d’ouvrage. »

 

Promouvoir la qualité

Kristiaan Borret : « Quand j’ai entamé mon mandat, j’ai installé une chambre de qualité. Pour moi, faire en sorte qu’il puisse effectivement avoir un débat sur la qualité de chaque projet fait partie du rôle du maître architecte. Sans pour autant monopoliser le débat car n’est pas au BMA d’imposer sa propre vision. Il s’agit de garantir que la qualité du projet soit effectivement discutée, et pas seulement sa rentabilité, sa faisabilité juridique, etc. Avec l’ensemble des parties concernées autour de la table. » On y parle donc notamment d’activation de l’espace public, d’intégration dans le quartier (densité), de durabilité, … Le nouveau CoBAT précise d’ailleurs les modalités d’intervention du BMA, qui étaient encore assez floues jusqu’en juillet dernier. Parfois, c’était l’architecte qui faisait appel au BMA (espérant l’avoir comme allié pour infléchir les intentions du promoteur), parfois c’était la Direction de l’Urbanisme, et dans d’autres cas c’était le BMA lui-même qui s’invitait dans la discussion… Dans le CoBAT existe dorénavant la possibilité d’une réunion de projet avec tous les acteurs, dont la commune, mais aussi Bruxelles Environnement.  Le BMA est automatiquement impliqué dans tous les projets de minimum 5000 mètres carrés de surface de plancher. Avec la possibilité pour la Direction de l’Urbanisme de demander l’intervention du BMA si elle considère d’autres projets comme stratégiques.

 

Un esprit d’atelier

Pour discuter valablement de qualité, l’équipe BMA ne se contente pas de mots mais pratique la Research by design. Elle dessine et utilise les outils propres à l’architecte (le dessin, le plan, l’image, …) pour alimenter le débat. « La ville ne se construit pas avec des tableurs Excel. On a aussi besoin d’images, de représentations. » C’est la raison pour laquelle l’équipe BMA compte actuellement 4 personnes qui dessinent, pas dans le but de faire réaliser le projet d’une certaine façon, mais pour nourrir la discussion sur la qualité. « Par exemple, en montrant concrètement ce que représentent les valeurs reprises dans un tableur Excel : 30 000 mètres carrés, cela donne quoi ? Ou pour explorer des pistes alternatives. » C’est ici aussi un travail très en amont, qui permet notamment d’améliorer le cahier des charges d’un concours. Il s’agit de mettre les compétences architecturales et urbanistiques de l’équipe au service du processus décisionnel d’un gouvernement.

 

Dans un dernier article, nous découvrirons les défis auxquels le BMA sera confronté dans les années à venir : économie circulaire, effets du changement climatique, … Que le bouwmeester maître architecte soit encore Kristiaan Borret (puisque celui-ci s’est porté candidat à un second mandat) ou quelqu’un d’autre.