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19 november 2019 | PHILIPPE SELKE

Kristiaan Borret : « La lenteur nuit à la qualité. »

Illustratie | BMA

Dans ce troisième et dernier épisode, nous évoquons avec Kristiaan Borret quelques défis auxquels le BMA sera confronté dans les années à venir : construction circulaire, effets du changement climatique, … Défis qui s’imposeront à celui ou celle qui incarnera la fonction de BMA dans quelques semaines, le mandat actuel de Kristiaan Borret s’achevant fin décembre.

 

Pour les lecteurs d’architectura comme pour les autres, l’effervescence urbanistique dans la zone du Canal, particulièrement sur le territoire des communes de Molenbeek-Saint-Jean et Anderlecht, ne passe pas inaperçue. On a parfois l’impression que c’est là que tout se passe pour le moment. Kristiaan Borret : « Le Canal est la zone la plus stratégique de la Région. La transformation urbaine se joue là. A Bruxelles, la vision sur la ville productive existait avant moi. Ces cinq dernières années, nous avons beaucoup travaillé avec les maîtres d’ouvrage publics comme la SLRB, Citydev, la SAU, Perspective, pour traduire cette vision en projets concrets, mais aussi avec le secteur privé. C’est ce qui me plaît le plus dans le travail de bouwmeester : voir une vision, par ailleurs largement partagée, se traduire en projets concrets. Il faut des réponses architecturales concrètes. Ce qui génère de nouvelles typologies. Les concours servent à faire émerger de nouvelles solutions et c’est cela qui est extrêmement intéressant. Les architectes adorent, car cela leur offre la possibilité de s’attaquer à des projets d’un nouveau genre. »

 

« Nous ne sommes pas suffisamment fiers de ce que nous réalisons. »

 

Une approche diffuse comme réponse à l’urgence climatique

« Mon bilan est lié à la ville productive, au plan Canal, et maintenant à la qualité de l’espace public. Les dix années écoulées ont été marquées par la densification, en raison de la croissance démographique. Les dix années à venir seront dominées par la lutte contre les effets du changement climatique, comme le stress thermique, problème typiquement urbain, lié à l’artificialisation des sols.  Comment faire en sorte que la vie en ville reste durablement agréable ? L’urgence est là et le besoin de réponses concrètes également. Il ne faut pas se contenter d’en parler, il faut agir. A côté des grands projets comme la place Sainctelette, il faut travailler sur l’ensemble du réseau des rues ordinaires. Il y a là par exemple un potentiel énorme en matière d’infiltration des eaux pluviales, si l’on remplace l’asphalte des emplacements de parking par des pavés drainants. Pour combattre le stress thermique, il faut une approche très diffuse plutôt que concentrée sur un nouveau grand parc. Un arbre dans chaque rue sera plus efficace d’un point de vue climatique qu’un grand parc quelque part dans la ville. C’est cette approche horizontale, diffuse qui est très importante pour les années à venir. »

 

Passer à la construction circulaire

Dans un passé récent, tout le débat sur la durabilité s’est élargi pour concerner également les matériaux et l’architecture, au point de devenir aujourd’hui un aspect de plus en plus important du développement urbain. Le BMA a récemment plaidé pour une imposition des principes de la construction circulaire comme c’est le cas depuis 2015 avec le standard passif. Mais est-ce réaliste quand on sait que rien n’est encore clairement défini en matière de construction circulaire ? K. Borret : « Il y a 10 ou 15 ans, quand a démarré le programme BATEX, on peut s’imaginer que le passif n’était pas très clair non plus. Avec la construction circulaire, nous sommes encore dans une phase pionnière et c’est normal qu’à ce stade les choses ne soient pas claires. Il existe cependant déjà une certaine expérience à Bruxelles. Je pense donc que c’est le moment adéquat pour les pouvoirs publics, comme à l’époque pour BATEX, de stimuler et de soutenir la construction circulaire de sorte qu’on puisse en généraliser les principes dans 5 ou 10 ans. »

Le BMA reconnaît volontiers une frustration. Selon lui, la lenteur nuit à la qualité. La qualité s’érode si cela prend trop de temps. « Bien sûr, on a besoin de temps pour faire mûrir un projet, ou pour organiser la participation. Mais la procédure de permis prend beaucoup de temps. Or, la durée d’un projet a un impact important au niveau de sa rentabilité et le risque d’érosion des ambitions originales sur la qualité augmente alors. De ce point de vue, nous ne sommes pas performants, même si les choses évoluent malgré tout dans le bon sens. Je trouve que la dynamique est bonne à Bruxelles. Mais je trouve toujours que l’on pourrait aller plus vite. »

Le mot de la fin : « Vu de l’étranger, il y a énormément d’intérêt pour Bruxelles. Bruxelles est vraiment vue à l’étranger comme un lieu où cela bouge. Nous ne sommes pas suffisamment fiers de ce que nous réalisons. »