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19 november 2019 | FILIP VAN DER ELST

« La préfabrication est un processus collectif »

Quels sont les principaux avantages de la préfabrication ? Qui gère le processus ? Aujourd'hui, la préfabrication est-elle ou non moins chère que les méthodes de construction traditionnelles ? Pour répondre à ces questions et à d’autres questions tout aussi intéressantes en matière de préfabrication, architectura.be a invité des experts - architectes, entrepreneurs, fabricants... - à venir en débattre lors d'une table ronde. 

 

Avant de démarrer la discussion, il nous a paru souhaitable de définir clairement les concepts dont nous allions débattre. Quelle est donc la définition de la préfabrication et quelle est la différence avec le préfabriqué ?  Pour Joep Römgens (Schüco), « Le préfabriqué consiste en une ou plusieurs manipulation(s) bien déterminée(s), alors que la préfabrication concerne la manière de faire. La préfabrication ne doit pas nécessairement avoir lieu en usine, elle peut également être réalisée sur chantier. »

Herman Van der Schoepen (Gyproc) remarque que le mot 'préfabriqué' a encore trop souvent une connotation négative. « C’est la conséquences des constructions préfabriquées de mauvaise qualité qui sont rapidement apparues après la Seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi, dans le cas du préfabriqué, nous préférons parler de 'off-site', c'est-à-dire de montage en usine, avant d'arriver sur le chantier. » Pour les participants cependant, les choses évoluent et il n'y a plus que chez les particuliers que l’on est confronté à cette première impression négative. « Dans la construction de façades, ce sont plutôt les constructions préfabriquées qui jouissent d'une bonne réputation, en lien avec les conditions de travail », explique Joep Römgens (Schüco).

Et puis, il y a l'industrialisation de la construction. Dirk Driesmans (Bureau d'architectes Q-BUS), membre du cluster Bouwindustrialisatie, explique : « L'industrialisation de la construction va plus loin que la construction en elle-même, elle se concentre principalement sur les processus, depuis la conception jusqu'à la mise en œuvre. C'est plutôt un concept global. Et la préfabrication en est l'un des éléments constitutifs. »

Gestion du processus

Qui doit gérer le processus dans la préfabrication ? La plupart des experts présents sont enclins à répondre « à l'architecte ». Cependant, la préfabrication ne doit pas être sa responsabilité exclusive. « La préfabrication est un processus collectif. Le bouwteam a un rôle important à jouer. Les fabricants ont aussi leur mot à dire et leur influence, en donnant des conseils à un stade précoce et en optimalisant leurs produits », explique Joep Römgens (Schüco).

« La graine est très souvent plantée par l'architecte », ajoute Dirk Driesmans (Q-BUS). « La conception de l'architecte a bien sûr une grande importance. S'il conçoit en ayant à l'esprit la préfabrication, cela aura un impact majeur sur le reste du processus. Mais malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’architectes qui travaillent de cette manière... »

Grande rapidité, meilleure qualité et moins d'erreurs

Les avantages de la préfabrication sont incontestés et se traduisent de différentes manières. « La plupart de ces avantages sont étroitement liés », intervient Ruben Braeken (B + Architects). « La préfabrication permet de construire plus rapidement, avec moins d'erreurs et en proposant une qualité supérieure. »

Les experts ne citent pas la sécurité comme l'un des avantages évidents de la préfabrication, sans doute « parce que nous la considérons comme une évidence », reconnaît Karel Vervaet (Systimber). « Un chantier sur lequel les travaux de préfabrication sont effectués est beaucoup plus ordonné et donc plus sûr », confirme Dirk Driesmans (Q-BUS). Quant à la rapidité, l'architecte relativise : « Le temps d'exécution est plus court, mais il nécessite davantage de temps de préparation. Sur l'ensemble du processus, la préfabrication n'est pas nécessairement plus rapide. »

On dit parfois que préfabrication est synonyme d'emploi de moins de personnel qualifié, mais tout le monde n'est pas d'accord. « L'accent se déplace, il n'est plus mis sur l'ouvrier sur son échafaudage mais sur le processus de fabrication », explique Joep Römgens (Schüco). Pour Dieter Froyen (Willemen Construct), « la pénurie de personnel qualifié reste une source majeure de gêne pour de nombreux gestionnaires de chantiers. »

« En tant qu'architectes, nous devons souvent nous rendre sur le chantier pour corriger les erreurs. En se concentrant davantage sur la préfabrication, le rôle de l'architecte peut changer et évoluer vers plus de travail créatif et moins d'administration », déclare Ruben Braeken (B + Architects).

Plus cher en matériaux, moins cher en exécution 

Bien sûr, le prix joue également un rôle majeur. Il est difficile de dire si la préfabrication est moins chère que la construction traditionnelle. « Si vous ne regardez que les matériaux, la préfabrication coûte plus cher que la construction sur chantier », affirme Joep Römgens (Schüco). « Mais vous pouvez compenser le surcoût de la préfabrication en réduisant de moitié le temps d'exécution », complète Dieter Froyen (Willemen Construct).

C'est aussi l'avis de Karel Vervaet (Systimber) : « Dans la préfabrication, les coûts sont en partie transférés à la production en usine ou en atelier. Davantage d’argent va aux ingénieurs et aux logiciels de conception. D'autre part, les économies apparaissent lors de l'exécution. C'est une bonne chose, car cette phase de mise en œuvre est justement plus lourde pour les équipes, l'architecte (qui joue un rôle de coordination important) et l'environnement. »

Willem Coppens (Schöck) : « En travaillant dans un environnement contrôlé lors de la construction, vous pouvez travailler de manière beaucoup plus précise. Seul l'assemblage doit être effectué sur chantier, les risques d'erreur sont donc beaucoup moins importants. » Bien qu'il reste encore du pain sur la planche dans ce domaine, Dirk Driesmans (Q-BUS) estime qu'en matière d'industrialisation des processus de construction, « les architectes peuvent bien sûr prendre les devants afin de réduire les erreurs, mais, dans la réalité, c'est l’ensemble de la chaîne qui doit se mettre à l'œuvre pour produire un effet maximum. »

Préfabrication et construction circulaire

Dans le secteur de la construction, on s’intéresse de plus en plus à la construction circulaire. Lorsqu'on a demandé aux experts autour de la table si la préfabrication facilitait le passage à la construction circulaire, la grande majorité d'entre eux acquiescent. « La préfabrication peut faciliter la construction circulaire », affirme Karel Vervaet (Systimber). « Mais un bâtiment classique construit via la préfabrication n'est pas un projet circulaire. La circularité concerne les fonctions modifiables d'un bâtiment et la réutilisation de matériaux, et elle ne dépend pas avant tout de la préfabrication », nuance Willem Coppens (Schöck). « La préfabrication est néanmoins très importante pour la construction circulaire », lance Ruben Braeken (B + Architects). « La construction circulaire nécessite une réflexion en termes de composants. Ils deviennent difficiles à mettre en œuvre si tout est assemblé de manière à ce que ce soit ensuite difficile à démonter, à réutiliser et à recycler. »