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18 december 2019 | JOHAN DEBIÈRE

Archi-militant : L’avez-vous vu, le sexe de l'architecte ?

Illustratie | cc - Dmitry Ternovoy

Il y a quelques jours, à Paris, l'Association pour la Recherche sur la Ville et l'HAbitat (ARVHA) a décerné pour la septième fois son Prix des Femmes architectes. Parce qu'il y a une architecture de femmes ?

 

Si le but de l'opération (mettre en valeur les œuvres et les carrières des femmes architectes) de l'ARVHA est certes louable, la démarche est peut-être un peu maladroite et révèle à tout le moins un profond malaise dans une profession encore majoritairement dominée par des hommes et où les podiums des grands concours sont majoritairement occupés par des hommes. De fait, en observant le marché, on constate que trop peu de projets importants sont confiés à des femmes. Comment, dans le secteur de l’architecture, peut-on encore aujourd'hui s'en accommoder ? Dans des pays particuliers comme l'Arabie Saoudite, c’est prévisible, mais en France, au pays de Voltaire ?

Arrêtons maintenant de nous acharner sur nos voisins et examinons un peu la situation qui prévaut dans notre propre pays. Car en fin de compte, elle n'est pas plus... rose. Selon les dernières statistiques, en Belgique, 35% d'architectes sont des femmes. Jusque-là, rien à dire. Après tout, ce pourcentage traduit peut-être simplement une préférence des femmes pour d'autres études comme le droit ou l'économie. Oui, mais voilà, dans les travées des écoles d'architecture, ce sont les femmes qui prédominent. Alors, comment expliquer qu'elles sont aussi peu nombreuses à exercer et à porter de grands projets une fois leurs études terminées ?

Le premier élément clivant est propre au statut d'indépendant et à la difficulté de combiner vie professionnelle et vie de famille. Sur ce plan, fort heureusement, l'évolution du congé parental, égal pour l'homme et la femme, contribue à équilibrer les choses. Le deuxième élément clivant tiendrait « à la sensibilité des femmes qui les destinerait à la profession d'architecte d'intérieur plutôt qu'à celle d'architecte tout court ». Ce particularisme est pur fantasme. Tout comme chez les hommes, il y a des femmes « sensibles » et d’autres qui le sont moins.

Et puis, pour poursuivre sur ce thème, en quoi le fait d’être sensible serait-il disqualifiant pour porter, au sens propre et figuré, un projet architectural majeur ? Les fondations d’un bâtiment s’écrouleraient-elles plus facilement parce qu’elles ont été créées par une femme sensible ? Et les pilastres d’un ouvrage ploieraient-elles sous le poids d’un complexe parce que sa résistance a été calculée par une femme fine et délicate dans son approche ? Doit-on rappeler que le pont du détroit de Tacoma, célèbre pour s’être effondré à cause de problèmes structurels, a été réalisé par un homme bien comme il faut, l'ingénieur-architecte Clark Eldridge ? Ou que la tour de Pise, construite sur un sous-sol marneux, a été pensée par Bonanno Pisano, autre représentant du sexe fort ?

Il y a peu, le site architectura.be faisait la recension du livre Je ne suis pas une femme architecte. Je suis architecte. Avec à ce propos la mise en exergue d’une déclaration de Zaha Hadid : « Diriez-vous de moi que je suis une diva si j'étais un homme ? ». Rappelons que l'architecte déconstructiviste d'origine irakienne a été gratifiée en 2004 du prix Pritzker, considéré par d'aucuns comme la consécration. Rappelons aussi qu’elle a signé, entre autres, le magnifique Havenhuis (Antwerp Port House). Ce matin, lorsque je suis passé à côté de ce bâtiment, je vous promets qu’il était encore debout...