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11 februari 2020 | PHILIPPE SELKE

Archi Urbain : l'architecture et l'urbanisme à bout de bras

Caméra au bout du bras, pour des interviews en mode "proximité" (ici avec Cécile Jodogne) Illustratie | Quentin Elleboudt
Un public nombreux, à la fois attentif et amusé Illustratie | Quentin Elleboudt
Mister Emma et Benoît Moritz Illustratie | Quentin Elleboudt

Les Bruxellois connaissent, les Wallons sans doute moins : Archi Urbain, qui fêtait mercredi passé sa 500e émission, fait découvrir depuis 2006 des architectes et leurs réalisations. Sans financement structurel, en télévision (à Bruxelles) et sur le web, Mister Emma (de son vrai nom Christophe Dessouroux) suprend par son ton légèrement décalé et sa manière de mener les interviews, qu'il filme avec la caméra au bout du bras tendu. L'animateur de la soirée était Benoît Moritz, candidat au poste de bouwmeester, à qui incombait la tâche de retracer l'évolution de l'architecture et de l'urbanisme à Bruxelles depuis la naissance de l'émission.

 

c’est au ADAM - Brussels Design Museum  que Mister Emma avait convié la foule. Entre 200 et 300 personnes étaient présentes à cette occasion, preuve qu'Archi Urbain a su toucher les Bruxellois. Dans le public, on pouvait reconnaître de nombreuses figures de l'architecture, comme Willem Jan Neutelings, Julien De Smedt, Philémon Wachtelaer, Steven Beckers, Francis Metzger, ...  ainsi que le bouwmeester en fonction Kristiaan Borret.

L’émission s’est construite en fonction des opportunités, avec la volonté « d’expliquer Bruxelles aux Bruxellois ». Depuis septembre 2006, en l'espace de 14 ans, ce ne sont pas moins de 500 émissions de 12 minutes qui ont été produites. Fort hétéroclites, celles-ci témoignent de la volonté de Mister Emma de montrer les débats qui agitent le paysage architectural et urbanistique à Bruxelles, sans jamais prendre parti. 

 

« Au bout de 500 émissions, je ne connais toujours rien à l'architecture. »

Mister Emma

15 ans d'architecture et d'urbanisme à Bruxelles

Benoît Moritz a présenté les éléments marquants du paysage architectural bruxellois depuis 2006, en émaillant son propos de nombreux courts extraits d'émissions, qui ont bien fait rire et sourire dans la salle. Il a réparti les 14 années d'émissions en 3 grandes périodes.

Tout d'abord, de 2006 à 2009, Bruxelles est particulièrement agitée par des grands débats, Bruxelles se construit comme capitale de l’Union européenne et on perçoit les premiers frémissements de la croissance démographique. Suite à Bruxelles 2000, on constate une démultiplication et une diversification des acteurs intervenant dans le débat urbain. En 2007-2008, la crise financière mondiale aura pour effet principal un arrêt net et brutal de la construction d’immeubles de bureaux, initiant déjà la transition vers la fonction résidentielle. De cette époque, on retient notamment la "théorie du balcon" du bourgmestre François-Xavier de Donnea pour étêter les tours dans le Pentagone, le combat de Willem Draps en tant que Secrétaire d’Etat à l’Urbanisme contre toute forme d’expression contemporaine de l’architecture, le débat autour de la protection du patrimoine en danger (Gare du Luxembourg, projet Music City à Tour & Taxis, ...), la création de Recyclart, l’implémentation du programme des Contrats de Quartier, la démolition-reconstruction de la tour Rogier, une production de bureaux très importante dans le quartier européen et autour de la gare du Midi, la réalisation du Théâtre National par Architectes Associés en collaboration avec L’Escaut, ...

Pour Benoît Moritz, les années 2000-2010 se caractérisent par une forme de tensions entre :

  • Restauration versus rénovation de la ville
  • Une vision conservatrice basée sur la notion d’embellissement versus une vision qui met en avant les valeurs d’usage des espaces de la ville.
  • Reconstruction de la ville européenne (une ville solide, sur des fondations fortes) versus une ville plus contemporaine, qui s’internationalise et se cherche une nouvelle identité. 

 

De 2009 à 2014, les préoccupations environnementales prennent de plus en plus de place. La croissance démographique engendre un débat sur la densité. L’architecture s’affirme comme politique publique, avec notamment la création de la fonction de bouwmeester régional, qui sera incarnée par Olivier Bastin.

Cette période inaugure un nouveau cycle au niveau de l’architecture produite à Bruxelles. En juillet 2009, le Gouvernement régional Picqué V est mis en place avec notamment une forte présence d’Ecolo, en la personne d’Evelyne Huytebroeck. Celle-ci impulsera une politique très volontariste basée sur l’isolation des bâtiments, devant mener à la fameuse exigence PEB 2015. On luit doit aussi une série d’initiatives dont l’appel à projet Batex, qui connaîtra un grand succès auprès des maîtres d’ouvrage tant publics que privés.  

De 2009 à 2014, la croissance démographique se fait largement ressentir et le logement devient une fonction forte au détriment du bureau qui disparaît presque complètement au niveau de la commande. Archi Urbain consacre plusieurs émissions au logement avec des numéros consacrés à des projets de Pierre Blondel à la rue du Berger, d’Urban Platform à la rue de Suède, de Karel Lowette à la place Annessens, etc… On assiste progressivement à la disparition des chancres.

Corrolairement à la croissance démographique, un débat sur la densité s’installe à Bruxelles, principalement sur la question des tours. Déjà.  On sait aujourd’hui, avec les PAD, que ce débat est toujours d’actualité.On retiendra de cette période quelques réalisations comme la tour Upsite (2014), la tour Belview (2014) et lancement de la rénovation de l’ancienne tour Assubel.

La période 2009-2014 se caractérise aussi par la mise en place d’une politique des grands projets urbains par le Gouvernement Picqué, mais aussi la Ville de Bruxelles au Plateau du Heysel. On voit progressivement apparaiîre une tendance à l’internationalisation de la pratique de l’urbanisme et de l’architecture : Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, AUC, KCAP, ...

 

La période de 2015 à aujourd'hui se caractérise par l’affirmation de Bruxelles comme une des scènes majeures de l’architecture, et le développement de grands projets architecturaux et urbains. L’architecture contemporaine devient sujet de contreverse. 2014 correspond à l’installation d’un nouveau Gouvernement régional, et d’un nouveau bouwmeester, Kristiaan Borret. Autres gouvernement, autres personnes, autres pratiques.

Le Gouvernement régional met l’accent sur les grands projets structurants tels que le Musée Kanal ou encore le développement des dix quartiers prioritaires tels que le terrain Josaphat, le Mediapark ou la Caserne Couronne. Le nouveau bouwmeester propose un changement d’échelle de ses interventions et développe une action qui se concentre sur le territoire du Canal. Archi Urbain consacre plusieurs émissions aux politiques de mobilité et d’espaces publics initiées par Pascal Smet, qui redevient Ministre en charge des Travaux Publics.

La voie de l’internationalisation de l’architecture continue de retenir l’attention, singulièrement à travers une série d’émissions consacrée à l’architecte Willem Jan Neutelings, le seul “international” qui aura réussi à concrétiser un projet à Bruxelles, à Tour et Taxis.

 

Pour les 500 prochaines émissions d'Archi Urbain

Au terme de sa présentation, Benoît Moritz a suggéré à Mister Emma de (re)partir à la découverte des jeunes bureaux et de s'ouvrir aux architectes néerlandophones (ce qui, apparemment, s'avère compliqué pour un Liégeois d'origine ?). Sous les applaudissements, Mister Emma a quant à lui lancé un double appel : rejoindre le Cercle des Amis Archi Urbains, d'une part, et soumettre des idées de sujets pour la prochaine saison de l'émission dont le thème est « Comment réinventer l'architecture et l'urbanisme face aux défis du changement climatique ? ».