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13 mei 2020 | PHILIPPE SELKE

Julien De Smedt : repenser nos villes à l’ère post carbone

Julien De Smedt chez lui à Copenhague, avec son fils Mika né au début du confinement. Illustratie | JDS
Le projet rennois, conçu par une équipe composée des agences Julien de Smedt (Copenhague et Bruxelles), Stéphane Maupin (Paris), Maurer et Gilbert architectes (Rennes) et Think Tank (Paris). Illustratie | JDS architects
A mi-hauteur de la tour conçue par JDS architects, un parc pour reconnecter les habitants à la nature et favoriser la biodiversité urbaine. Illustratie | JDS architects

Confinés, les architectes profitent de cette denrée rare qu’est le temps pour réfléchir à leur travail et semblent également plus accessibles. C’est du moins le cas de Julien De Smedt avec qui nous avons pu avoir une longue interview par vidéo depuis sa maison à Copenhague. L’architecte belge lève un coin du voile sur la nouvelle orientation qu’il a souhaité donner à son agence, basée sur ses convictions en matière d’urgence environnementale.

 

Lors de la 500e d’Archi Urbain début février à Bruxelles, Julien De Smedt m’avait déjà confié qu’il travaillait sur une redéfinition de l’objectif de JDS architects. Intrigué, j’ai donc voulu en savoir davantage. Julien De Smedt : « Après la publication d’un livre (Built | Unbuilt) il y a deux ans sur tout le travail réalisé, je me suis dit que je ne souhaitais pas en publier un autre dans 10 ans témoignant de la même approche. En tant que créateur de villes et donc contributeur important à la production de carbone, j’ai décidé de repenser ma manière de travailler. En tant qu’architectes, il nous faut réfléchir de manière plus intense et plus radicale à la problématique environnementale. Nous sommes l’acteur de la construction qui se trouve à la rencontre de tous les autres. Il est donc important de mieux coordonner. »

 

« En tant qu’architectes, il nous faut réfléchir de manière plus intense et plus radicale à la problématique environnementale. »

 

Repousser les barrières

« Je trouve que les maîtrises d’ouvrage sont souvent frileuses, à cause de la question des coûts, mais nous savons très bien que faire de la bonne architecture ne veut pas forcément dire faire de l’architecture coûteuse. Nous sommes d’ailleurs un peu devenus maîtres en la matière. Les projets primés que nous avons réalisés l’ont été de manière générale à bas coûts. Augmenter notre capacité à travailler la problématique environnementale dans des conditions difficiles est vraiment devenu le fer de lance de l’agence. Pour un projet de 55 logements en France, nous avons ainsi proposé un contre-cahier des charges, beaucoup plus performant et radical sur le plan environnemental. Avec la récente prise de conscience collective sur la question environnementale et de bons arguments, on peut convaincre. Nous sommes dans une phase d’exploration qui permettra de savoir comment techniquement minimiser drastiquement l’impact carbone du bâtiment. Je suis à un moment où je veux être surpris. Nous évaluons tous les aspects de la question avec une équipe en interne – appelée les « post carbon architects – et des partenaires externes, que nous souhaitons être les plus pragmatiques possible. »

 

« Je n’aime pas l’idée d’arrêter la réflexion à un standard. »

 

Réfléchir au-delà des standards

Julien De Smedt se méfie des solutions uniques et des standards. Il met en garde contre les réponses miracles qui ne prennent pas en compte la totalité de la problématique carbone et de la question énergétique. Convaincre la maîtrise d’ouvrage de penser les technologies de la construction en partant d’une table rase est donc utile pour permettre une réelle recherche et un travail de fond. « Je n’aime pas l’idée d’arrêter la réflexion à un standard. Un standard fige la réflexion, on ne va pas au-delà. Et cela a été prouvé avec la plupart des standards environnementaux de notre industrie. C’est un peu le revers de la médaille. Modérer une production générale est bien mais autant le faire sans empêcher les gens d’aller plus loin. Le problème est que les clients veulent un standard pour pouvoir commercialiser mieux. »

 

 « Redensifier les centres urbains passe obligatoirement par davantage de biodiversité en ville. »

 

Développer la biodiversité urbaine

A proximité de la gare de Rennes, ville française qui connaît la plus forte croissance suite à une récente connexion TGV qui la met à 80 minutes de Paris, JDS construit sa première tour après avoir remporté un concours long et assez contraignant. Architecte-coordinateur d’un projet qui compte également trois autres bâtiments (avec 3 autres agences), Julien De Smedt insiste sur le rôle que va jouer ce projet dans la continuité de la biodiversité en ville. « C’est l’un des aspects les plus importants à mes yeux, à l’instar de ce que prône le bouwmeester flamand Leo Van Broeck, qui a mon sens joue un rôle moteur pour faire avancer la planification urbaine dans la bonne direction. Mon projet propose d’être un des maillons de la continuité de la biodiversité dans la ville, en proposant un parc juste à la moitié de la tour. » Les zones construites forment actuellement des obstacles à la continuité de la nature, et des animaux en particulier. C’est particulièrement vrai en Belgique où des cordons continus d’habitations bordent les routes entre les villes et villages. Redensifier les centres urbains passe obligatoirement par davantage de biodiversité en ville et permettrait de reconnecter la nature, également en dehors de ces zones habitées.

 

« Je trouve que, de plus en plus, ce qui est primé, sélectionné, construit est très semblable et très branché. Ce n’est pas ce que j’espère pour ma ville. »

 

Rompre la monotonie monopolistique à Bruxelles

Kristiaan Borret a dit, de façon un peu provocante, qu’il faudrait imposer la construction circulaire comme on l’a fait par le passé avec le standard passif.

JDS : « Remettre de la biodiversité en ville me paraît nettement plus important que de vouloir faire du circulaire à tout prix, ou construire passif. J’ai parfois peur que Bruxelles se construise de manière de plus en plus homogène au travers de principes de plus en plus homogènes. Il ne faut pas oublier que c’est une ville dont l’essence est vraiment diverse, faite de clashs urbains bienvenus. Je trouve que, de plus en plus, ce qui est primé, sélectionné, construit est très semblable et très branché. Ce n’est pas ce que j’espère pour ma ville. J’aimerais que le bouwmeester se positionne un peu plus en faveur d’une résistance par rapport à cette homogénéisation. Ma position critique ne m’aide pas, et fait en sorte que je continue à ne jamais rien pouvoir faire à Bruxelles. Le paradoxe, c’est que j’aime bien l’approche de Kristiaan Borret de manière générale. J’espère que l’ouverture d’esprit d’un Leo Van Broeck sera aussi suivie à Bruxelles. Car Bruxelles doit être l’exemple de la bonne manière de faire les choses. Nous avons la plus grosse densité de population, les plus gros problèmes mais aussi le plus gros potentiel. »

 

Rendez-vous est d’ores et déjà pris dans quelques mois avec Julien De Smedt, pour en savoir plus sur certains projets une fois le permis déposé.