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15 september 2020 | MICHEL CHARLIER

A quand l’implantation de la ‘ville du quart d’heure’ ?

Carlos Moreno

On parle beaucoup de l’urbaniste Carlos Moreno depuis quelques mois, sans doute en raison de l’épidémie de Covid-19 qui a davantage touché les villes et les zones urbaines. Mais le chercheur franco-colombien réfléchit pourtant à la ‘ville intelligente’ et au concept de ‘ville du quart d’heure’ depuis quelques années. La ‘ville du quart d’heure’, c’est un principe selon lequel on trouve tout ce qui est essentiel près de chez soi : faire des courses, travailler, s’amuser, se cultiver, faire du sport, se soigner… tout cela à moins de 15 minutes à pied et 5 minutes à vélo, sans avoir besoin de voiture.

 

Carlos Moreno est urbaniste, mais également chercheur, professeur et directeur scientifique de la chaire ‘Entrepreneuriat, territoire et innovation’ à la Sorbonne (Paris). Il est véritablement à l’avant-garde de la réflexion sur la ville intelligente. Non pas la ville remplie de technologies améliorant (ou censées améliorer) la vie de ses habitants, mais une ville où tout est conçu pour que chacun puisse trouver près de chez soi tout ce qui est essentiel. Un retour en quelque sorte à la vie de quartier « d’avant », dans les années 70 à 90, où l’on trouvait très souvent à proximité de sa maison une ou plusieurs écoles, des commerces (de détail ou non), des artisans mais également de l’Horeca, voire même un petit hôpital (ou du moins certains services).

Remettre en cause les rythmes de vie urbains

Pour Moreno, « la transition énergétique est une priorité mais elle sera bien dérisoire si elle n’est pas accompagnée d’une ambitieuse politique urbaine de convergence avec une transformation radicale de nos modes de vie. A l’heure où les transports sont devenus le premier émetteur de CO2, il s’agit de concilier les exigences de la ville durable sur le plan énergétique mais, bien au-delà, il s’agit avant tout de mettre en cause nos rythmes de vie urbains. »

Et le chercheur d’évoquer un ‘nouveau chrono urbanisme’ qui doit être au cœur de notre feuille de route pour les années à venir. Car « vivre autrement, c’est avant tout changer nos rapports avec le temps, essentiellement celui de la mobilité, qui a dégradé fortement la qualité de vie par des déplacements coûteux à tout point de vue. Comment offrir aux urbains une ville apaisée en satisfaisant ses fonctions sociales urbaines indispensables ? Il est temps d’aller non plus vers l’aménagement de la ville mais vers l’aménagement de la vie urbaine. Il s’agit d’opérer une transformation de l’espace urbain encore fortement monofonctionnel, avec la ville-centre et ses différentes spécialisations, vers une ville polycentrique, portée par 4 composantes majeures : la proximité, la mixité, la densité et l’ubiquité afin d’offrir cette qualité de vie dans les courtes distances, celle des six fonctions sociales urbaines essentielles qui sont : habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, apprendre, s’épanouir. »

Voilà décrite la ‘ville du quart d’heure’, cette zone compacte qui peut aussi prendre des formes semi-urbaines en déclinant le concept en ‘territoire de la demi-heure'.

Un concept applicable partout ou non ?

Selon Olivier Marin, de France-Inter, une radio qui a consacré il y a quelques jours un reportage à Carlos Moreno, « le concept commence à s’appliquer un peu partout dans le monde. Copenhague (Danemark), Melbourne (Australie) et Ottawa (Canada) sont des villes qui s’engagent dans cette voie et s’approprient cette nouvelle urbanité, tout comme Utrecht (Pays-Bas) ou Edimbourg (Ecosse). » En France, Nantes va développer petit à petit le concept dans de nombreux quartiers, mais il est déjà opérationnel dans celui de Prairie au Duc. A Paris, des « délégués au ¼ d’heure » sont prêts à entendre les besoins de la population. Quant aux métropoles de Dijon et de Mulhouse, elles sont désormais des territoires d’expérimentations en la matière.

Mais, se demande Olivier Marin, cela peut-il s’appliquer partout ? « C’est évidemment beaucoup plus compliqué dans les petites villes ou la voiture est encore indispensable pour se déplacer ou pour se rendre dans un centre commercial. Le modèle est plutôt pensé pour les quartiers en devenir des grandes métropoles. Pour arriver à concrétiser la ville du quart d’heure, il faut une volonté politique car cela veut dire aménager des espaces, des routes pour les vélos et des équipements en conséquence. »

Utiliser l’existant, les ressources cachées

L’intérêt est bien entendu d’utiliser l’existant plutôt que de construire du neuf. C’est que ce Carlos Moreno appelle ‘les ressources cachées de la ville’. Car certaines parties du domaine public sont disponibles et l’on pourrait partager les espaces, les mètres carrés, les infrastructures. C’est le cas des écoles, qui ne sont ouvertes qu’une partie de la journée et qu’une partie de l’année. Pour l’urbaniste, c’est la voie de l’avenir. 

La Wallonie le rejoint, du moins sur un plan purement sportif. Ce lundi, trois députés ont souligné, dans un rapport présenté au Parlement, le potentiel globalement inexploité des infrastructures sportives des écoles, des salles qui pourraient être utilisées par des clubs amateurs (ou par des sportifs pros) et même par les voisins du quartier. La problématique n’est pas la même, mais l’idée est là et pourrait, si l’on arrive à diminuer le nombre de freins et d’obstacles, amener à une réflexion urbanistique (wallonne) à la fois plus fouillée et plus globale. Ce que Moreno appelle aussi « réinventer les communs urbains », avec des services multimodaux et partagés.