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10 mei 2021 | MICHEL CHARLIER

BBA 3-2-1 Façade : Duplex (Atelier Thierry Lamy)

Illustratie | Thierry Lamy
Illustratie | Thierry Lamy
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara
Illustratie | © Bernard Boccara

L’Atelier d’Architecture et d’Urbanisme Thierry Lamy (AAUTL), créé au début des années ’80, est nominé dans la catégorie 3-2-1 Façade des Belgian Building Awards 2021 avec son projet Duplex à Ixelles. L’architecte n’est autre que le maître d’ouvrage et le futur occupant des lieux. Ses objectifs ? Intégrer le projet au quartier, développer une volumétrie intéressante, privilégier la lumière naturelle et l’intimité. Rien d’original, direz-vous. N’est-ce pas là, après tout, ce que cherche tout architecte ou tout maître d’ouvrage ? Certes, mais ici, ces éléments sont portés à leur paroxysme et agrémentés d’une façade végétalisée, de caissons en bois préfabriqués, d’une isolation naturelle… Le tout combiné à une façon multiforme de capter la lumière et à une réflexion pertinente sur la mobilité.

 

L’immeuble, à Ixelles, est situé au croisement d’une avenue et d’une rue en pente descendante. Son propriétaire, l’architecte Thierry Lamy, a décidé d’occuper – et d’agrandir – un appartement situé au-dessus de ses bureaux. « Il faut cesser de se désirer ailleurs », explique-t-il. « Faire des navettes incessantes entre son lieu de vie et ses activités me paraît incohérent. Jusqu’au début de l’industrialisation, les hommes exerçaient leur métier à côté de leur lieu de vie. Aujourd’hui, cela n’a plus de sens de construire une villa, même passive, loin de son lieu de travail, dont les temps d’accès et la pollution engendrée par les déplacements équivalent à la consommation d’une villa peu isolée. »

L’importance de la volumétrie

Situé dans un immeuble dont la largeur varie de 4 m à 5 m, l’appartement du 2e étage a été agrandi en récupérant le grenier pour y loger les chambres. Bien qu’il en soit le propriétaire et le futur occupant, l’objectif de l’architecte était de pouvoir y loger un couple avec 2 enfants. Cet appartement comprend donc trois chambres dont une à usage polyvalent, mais également une grande bibliothèque et un espace bureau. L’architecte a mis l’accent sur le développement de la volumétrie : « La hauteur sous-plafond du séjour varie de 2 m 45 à 2 m 70 dans la salle à manger pour atteindre 3 m 83 dans le bureau où la bibliothèque se déploie sur toute la hauteur. L’escalier qui jouxte la bibliothèque accentue cette verticalité. La hauteur de 2 m 70 de la salle à manger donne toute son importance à la porte-fenêtre existante qui permet l’accès à une petite terrasse. » Quant au séjour, il se prolonge dans sa longueur au-dessus d’une partie de la cage d’escalier des communs.
La sensation d’espace est accentuée par le passage vitré donnant accès aux chambres. Enfin, un mobilier intégré participe à cette libération de l’espace. La quatrième marche de l’escalier se prolonge en une table de bureau et une table de la salle à manger via une anfractuosité dans le corps de cheminée.

Privilégier lumière naturelle et intimité

Malgré les dimensions modestes, on se sent bien accueilli dans cet appartement en raison de la manière de capter la lumière et de préserver l’intimité des occupants. « La lumière vient de différentes orientations et crée ainsi une animation tout au long de la journée », explique Thierry Lamy, qui a conçu des fenêtres verticales sur le côté nord-est, des fenêtres horizontales et hautes donnant sur l’intérieur d’îlot et sur la petite toiture plate (qui présente un décaissé et abrite un volume dédié au bureau et sa bibliothèque) du côté ouest, et trois coupoles via la surface vitrée du dégagement des chambres sur le côté sud.

Cette entrée diverse et importante de lumière naturelle ne se fait cependant pas au détriment de l’intimité : les fenêtres verticales, d’une largeur de 90 cm, préservent cette intimité.

Des façades végétalisées

Les 2 nouvelles façades sont habillées d’acier Corten et des bacs à plantes de même nature assurent la liaison entre la nouvelle façade et l’ancienne en brique ocre. L’écran végétal est constitué en partie haute de plantes vertes grimpantes (jasmin, pois de senteur, vigne vierge, glycine, houblon) et, en partie basse, de graminées (miscanthus, parnicum, pennisetum, fougères, capucines), mais également de… plantes comestibles (concombres, laitues et bettes multicolores).

« Les façades végétalisées ne sont pas qu’un geste architectural, elles s’adressent à la vue des piétons et passants », déclare Thierry Lamy. « N’est-il pas étonnant de voir des personnes sortant de l’hôpital voisin s’arrêter et admirer cette végétation ? »

Des câbles en acier relient ces bacs aux caillebotis supérieurs, aidant ainsi la végétation à se développer et à s’élever tout en créant une deuxième façade de couleur variée. Un système de conduites de fin diamètre alimente les bacs en eau au goutte à goutte. Ce système sera alimenté par une pompe reliée à deux citernes de 1000 l placées en cave pour garder la fraîcheur. 

Briques, isolation naturelle et techniques

A la question des matériaux et des techniques mis en œuvre dans ce projet, l’architecte répond : « Selon l’urbanisme, le bas des murs en briques devait subsister sur une hauteur de +/- 30 cm. Ceux-ci ont été complétés par des blocs de chanvre de 6 cm qui permettent de réguler le taux d’humidité et d’éviter ainsi la condensation dans le mur existant. Les caissons en bois préfabriqués reposent sur la maçonnerie existante en briques. Ils sont remplis de 18 cm de cellulose complété par 4 cm de laine de bois. Les murs mitoyens sont composés de deux fois 14 cm de blocs de béton cellulaire avec 4 cm de laine de bois sur le côté intérieur. L’isolation thermique et acoustique est complétée, côté intérieur, par 6 cm de laine de bois.

Les châssis à triple vitrage portent le label Passiv et nous avons placé en toiture dix panneaux photovoltaïques. Par temps de canicule, une ventilation nocturne se fera via la coupole ouvrante et les grilles de ventilation des châssis de l’intérieur de l’îlot.

Les besoins en chauffage étant très limités, une pompe à chaleur récupère l’air chaud des pièces humides (w-c, salle de bain et cuisine) pour assurer l’eau chaude sanitaire. Nous avons uniquement un complément de chauffage par radiateur dans les chambres et un ventilo-convecteur dans le séjour. Ce système C+ évite un entretien coûteux des gaines. Le système est commandée par des sondes détectant le taux de CO2, COV et la vapeur d’eau et optimisé par des horloges programmes. »
Quant aux cendres du poêle à bois (disposant de sa propre arrivée d’air frais) elles serviront d’engrais pour les bacs à plantes. Un exemple de plus de la réflexion permanente et de l’efficacité de l’architecte…

3-2-1 Façade

Le prix 3-2-1 Façade est dédié aux maisons mitoyennes (à une, deux ou trois façades) livrées en 2019 ou plus tard. Dans cette catégorie, les membres du jury ont sélectionné des projets qui, d’une manière innovante, réussissent à proposer une qualité de vie maximale, avec une attention particulière portée à la lumière naturelle et au respect de la vie privée, malgré des dimensions réduites et un nombre de façades limité. L’évaluation a tenu compte aussi bien de l’extérieur et que de l’intérieur du bâtiment. Le vainqueur de cette catégorie sera connu le 25 mai.