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19 mei 2021 | MICHEL CHARLIER

Comment lier tout naturellement chorégraphie et rénovation patrimoniale

Illustratie | © Fukuro.be
Le majestueux hall d'entrée pourra accueillir des événements de près de 750 personnes. Illustratie | © Fukuro.be
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Une partie de l'espace de détente en plein air et végétalisé. Illustratie | © Fukuro.be

La Mosa Ballet School donnera ses premières formations à Liège en septembre 2022. Cette information, censée a priori n'intéresser que les aficionados de la danse classique, trouvera pourtant une oreille attentive chez les architectes. Car l’école, qui a de grandes ambitions internationales, s’installera dans l’ancien siège régional de la Banque Nationale, en cours de rénovation. Une rénovation à laquelle ont intensément collaboré l’atelier dA Architectes et les bureaux d’études Servais Engineering Architectural et Ecorce.

 

L'installation de la Mosa Ballet School dans la Cité Ardente est une véritable histoire belge, car cette école de danse a été fondée par une flamande née à Ixelles et Liégeoise de cœur, Benjamine De Cloedt, par ailleurs architecte d’intérieur formée à l’Inchbald School of Design de Londres. La Mosa Ballet School, qui veut devenir l’une des meilleures écoles de ballets au monde, vise à développer une nouvelle approche dans le monde de la formation de haut niveau en danse, qui réconcilie exigence d’excellence, d’humanité et d’impact. Elle va donc bientôt s’implanter à Liège, dans l’ancien siège régional de la Banque Nationale de Belgique, à deux pas de la Cathédrale.

Le bâtiment a été racheté en 2018 par Benjamine De Cloedt et son mari, Damien Comeliau. Plus de 10 000 m² d’infrastructure entièrement transformée, lumineuse et flambant neuve permettront d’offrir à 115 jeunes élèves, danseuses et danseurs de 12 à 18 ans, un établissement d’exception « tout-en-un », incluant un internat. La Mosa Ballet School fait ainsi d’une pierre deux coups. Elle permettra aux élèves de ne pas devoir se rendre à l’étranger pour développer leurs talents artistiques. Et cette formation chorégraphique sera couplée à un enseignement secondaire général (puisque les élèves seront intégrés aux classes de l’Athénée Royal Charles Rogier tout proche), afin que ces élèves puissent, le cas échéant, changer de voie si nécessaire ou se reconvertir en fin de carrière grâce à un bagage scolaire solide.

Une transformation respectueuse du bâtiment d’origine

Au total, ce seront plus de 10 000 m² d’infrastructure qui seront radicalement métamorphosés en espaces éducatifs, culturels et sportifs afin de pouvoir offrir aux jeunes danseurs et aux équipes pédagogiques un cadre de vie et de travail qui donne envie de se dépasser chaque jour. « La philosophie de ce projet de transformation propose un subtil équilibre entre l’accompagnement de l’existant, la conservation et la mise en valeur de l’héritage du bâtiment, et les exigences de la nouvelle école » , peut-on lire dans le dossier de presse envoyé récemment.

En collaboration avec l’atelier d’architecture dA Architectes, le chantier de mutation de l’ancien édifice banquier a débuté en mars 2021, après 22 mois d’études, et s’étalera (normalement) sur près de 15 mois. L’objectif annoncé est de respecter le bâtiment d’origine jusque dans les moindres détails : « La réussite du projet découle de sa capacité à tirer parti avec justesse de la grande singularité du bâtiment existant pour y intégrer un programme ambitieux dans les limites d’un budget rigoureux. »

Un bâtiment emblématique mais déconcertant

« Conçu dans les années 60 par les architectes du groupe EGAU, l’ancien siège de la Banque Nationale est un bâtiment emblématique à Liège. A sa construction, ses façades de style néo-classique témoignaient de la volonté de la Banque Nationale de renvoyer l’image de la solidité et de la stabilité de l’institution bancaire au sein d’une société en pleine croissance économique. Comparée à l’architecture d’autres projets contemporains du groupe EGAU (cité de Droixhe, Hôtel de Ville d’Ougrée …), l’écriture du bâtiment est en effet déconcertante. Ce mélange d’aspirations modernistes et d’un certain repli classiciste a produit un bâtiment qui affiche une monumentalité sans arrogance et une intelligence d’intégration dans le tissu urbain. »

Les architectes et les maîtres d’ouvrage le reconnaissent, les défis pour concevoir et répondre aux besoins d’une école de danse sont nombreux. « Ses vastes espaces s’écartent de ceux d’une banque et de ses locaux cloisonnés et sécurisés. De plus, les normes en 1960 n’ont aucune mesure avec celles imposées en 2021. Une banque c’est aussi du béton, beaucoup de béton avec lequel il faut composer pour intervenir. Mais surtout, bien que la banque ne fasse pas l’objet d’un classement, elle est un témoin patrimonial essentiel à respecter dans le cadre d’une nouvelle affectation. »

Nouvelles infrastructures, nouvelles circulations

Si tout se passe comme prévu, la Mosa Ballet School devrait ouvrir ses portes en septembre 2022 aux nouveaux élèves qui pourront y découvrir 9 studios de danse - dont un (avec loges) pouvant servir d’auditorium avec ou sans public -, une salle de yoga et de fitness, un internat convivial pouvant accueillir 100 élèves, 8 classes dédiées à l’étude et au tutorat, des salles de réunions et un auditorium, un restaurant scolaire de 120 places, un espace de détente en plein air et végétalisé, 4 chambres particulières (pour artistes, professeurs, chorégraphes en résidence), des bureaux administratifs et des cabinets d’encadrement paramédical, un majestueux hall pouvant accueillir des événements de près de 750 personnes et un parking en sous-sol.

« Le nouveau projet offre une simplification et une mise en valeur des circulations. Les escaliers et les ascenseurs principaux sont reconfigurées afin d’assurer une meilleure distribution de l’ensemble du bâtiment et le rendre totalement accessible (PMR). L’entrée principale de l’école se situera rue Saint-Rémy, en lieu et place de ce qui fut l’entrée des fourgons blindés. La toiture du garage existant sera supprimée pour redécouvrir un espace extérieur lumineux affecté en cour-jardin mettant en valeur une infrastructure scolaire vivante. Enfin, l’ancien accès principal de la Banque, place Saint-Paul, est maintenu pour les événements avec protocole ou ouverts au public. »

Réemploi et recyclage

L’accent a été mis sur une très haute performance énergétique des nouvelles interventions sur le bâtiment rénové tout en améliorant la performance d’une grande partie de l’enveloppe existante, afin de pouvoir se passer de l’ajout d’un producteur de chauffage. L’objectif global est de diminuer d’environ 20% les pertes par les parois du bâtiment existant.

« Le choix des éléments à conserver, démonter ou démolir a été défini afin d’agir a minima sur les déchets. La majorité des éléments démontés part en filière de recyclage. De nombreux éléments intérieurs sont conservés ou démontés afin d’être réintégrés dans la nouvelle infrastructure. Les 150 châssis de fenêtre existants sont les témoins d’une maîtrise technologique avancée de l’époque et font intrinsèquement partie de l’héritage du bâtiment. D’emblée, les maîtres d’ouvrage et les architectes ont misé sur l’intérêt de leur conservation et de chercher ailleurs les options d’amélioration thermique du bâtiment. »

Gestion des flux et des énergies

A ces dispositifs s’ajoutent une série de mesures de gestion des flux et des énergies : cogénération (pour combiner besoins en électricité variables et besoins en eau chaude sanitaire constants), installation solaire photovoltaïque (qui permet d’envisager une autoconsommation performante de 85%), récupération d’énergie sur les eaux grises (utilisée pour préchauffer l’énergie stockée) et  gestion des eaux pluviales en toiture (qui couvrira, en tout ou en partie, les besoins des sanitaires de l’école).

« En transformant radicalement ce siège de banque en école d’art durable, l’équipe a choisi chaque détail avec le cœur et la tête, afin d’offrir aux futurs élèves non seulement des équipements professionnels performants mais également un cadre de vie lumineux et convivial, cela pour leur permettre de rester entièrement concentrés sur leurs objectifs et soutenir leur équilibre de vie », conclut le communiqué de presse.