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12 januari 2022 | MICHEL CHARLIER

Les 4 derniers lauréats du GPAW en un coup d'œil

Le Prix du Patrimoine est allé à la rénovation d'une ancienne ferme en gîtes de vacances à Graty (Silly) par le bureau Vanden Eeckhoudt-Creyf architectes. Illustratie | Vanden Eeckhoudt-Creyf architectes
Le Hangar à sel (Houffalize) de Goffart Polomé Architectes, Reservoir A et Ney Wow a obtenu le prix spécial du jury. Illustratie | Antoine Richez
L'école Zaza (Ngoma, Rwanda) du bureau EDA-AU a remporté la catégorie 'Réalisation hors Wallonie d’un architecte wallon'. EDA-AU Illustratie | EDA-AU
Le projet de transformation, à Liège, d'un bâtiment par le bureau Martiat+Durnez Architectes remporte la catégorie 'Habitat individuel'. Illustratie | Laurent Brandajs

Ces dernières semaines, nous avons mis en avant certains projets lauréats du récent GPAW. Voici à présent, réunis en un seul article, les 4 lauréats que nous n'avions pas encore évoqués : l'école Zaza de Ngoma (EDA-AU), le hangar à sel de Houffalize (Goffart Polomé, Reservoir A et Ney Wow), les gîtes de Graty (Vanden Eeckhoudt-Creyf) et une transformation-extension à Liège (Martiat+Durnez).

 

Hangar à sel de l'AM Goffart Polomé Architectes, Reservoir A et Ney Wow, Prix spécial du jury

Situé à Houffalize, le Hangar à sel tend à faire écho aux entrepôts agricoles structurant l’horizon. Le projet aborde une volumétrie traditionnelle dont les codes sont réinterprétés dans une approche néo-vernaculaire, transcendant les principes constructifs ancestraux des halls sylvicoles de la région. Le gabarit important du projet convoqué par son usage devient une silhouette singulière à l’échelle du site. Les façades se parent de polycarbonate dans une approche diaphane jouant sur l’ambiguïté de sa transparence et de sa réflexion : sa présence se vit tant depuis l’intérieur que de l’extérieur à l’image d’un vitrail. Du point de vue constructif, le projet se révèle spontanément dans une frugale sincérité : un hangar est avant tout une structure protégée. Entrant en résonnance avec le caractère sylvicole de la région, la structure bois se dévoile autant à l’intérieur qu’à l’extérieur renforçant l’intégration du projet dans son contexte. Outre ce parti pris architectural, le bois renvoie également à une réponse pratique. En effet, ses propriétés naturelles le rendent moins sensible à un environnement aussi agressif que celui du stockage de sel d’épandage. Au final, ce projet tente, avec humilité d’offrir un bâtiment qui transcende sa simple fonctionnalité.

Malheureusement, et probablement par manque de confiance dans la résistance naturelle du bois, le maître d’ouvrage a procédé au scellement de l’enveloppe extérieure du bâtiment au moyen de membrane epdm et de tôle d’acier profilée. 

Le jury a aimé la justesse de la conception, les réponses apportées tant aux niveaux technique qu’esthétique et fonctionnel et l’attention placée autour d’un élément technique de génie civil de base. Le jury regrette l’intervention sauvage et non conventionnelle du maître d’ouvrage sur un projet qui intégrait « une dimension architecturale inespérée pour de l’équipement industriel dans le monde rural. Malgré la réussite d’un chantier durable qui aurait pu faire des émules et contribuer au traitement paysager des campagnes wallonnes, le hangar s’est vu modifié avec du bardage métallique parfaitement inutile, installé à l’insu des architectes. Il est très regrettable qu’un objet architectural, une fois livré, puisse être repris et dénaturé par la maîtrise d’ouvrage qui l’avait pourtant souhaité et mis en œuvre dans des conditions excellemment orchestrées. »

 

Ecole Zaza (EDA-AU), lauréat de la catégorie 'Réalisation hors Wallonie d’un architecte wallon'

Le système scolaire public rwandais fonctionne par demi-journées d’enseignement. Partant du constat que certains enfants sont davantage en difficulté d’apprentissage que d’autres, le projet de ce foyer ambitionne de mettre à profit l’autre demi-journée pour les accompagner dans des cours de rattrapage. 

Le Rwanda ne dispose d’aucun port ni d'aucun chemin de fer, seul le transport par avion ou camion est possible. Tout ce qui est importé coûte une fortune à l’exception de certains matériaux standard comme les fers à béton, les tubes métalliques, etc. Le ciment est deux fois plus cher qu’en Europe et vient pour l’essentiel des pays étrangers. Le bois est protégé car rare. Les matériaux représentent la part belle du budget, tandis que la main d’œuvre est très bon marché. Les écoles du pays sont généralement construites en murs massifs et couvertes de toitures en tôle métallique ondulée. Ces dernières, sous l’effet du soleil, génèrent de la surchauffe, et lors de pluies, le bruit d’impact de l’eau rend impossible toute communication orale. Ces contraintes réduisent sensiblement le temps d’enseignement et la qualité de l’attention des élèves. Pour Arnd Amand, d'EDA-AU, « ces constats posent les questions suivantes : comment construire en maçonnerie avec moitié moins de béton, sans produits pétroliers et avec très peu de bois ? Comment se protéger de la surchauffe et des pluies violentes ? Comment éviter la dépendance aux technologies et leur maintenance? Comment être autonome ? Avec un maçon belge expérimenté, nous avons formé les ouvriers du village à la construction de murs creux porteurs suivant le système de l’ONG suisse SKAT et des voûtes sur poutres treillis métalliques. Il s’agit d’un dispositif constructif hybride qui rassemble des techniques modernes et traditionnelles locales et occidentales en vue de trouver une solution durable et économique.

Le jury a aimé la simplicité du projet, son 'rapport qualité-prix' ainsi que l’esprit du lieu.

 

Rénovation Graty (Vanden Eeckhoudt-Creyf architectes), Prix du Patrimoine

Graty consiste en la transformation d’une ancienne ferme et de ses dépendances en une résidence secondaire pour les vacances et les week-ends. « Le programme particulier de villégiature ainsi que l’implantation originale et dispersée des différents corps de bâtis de la ferme, nous ont permis de séparer radicalement les espaces de jours des espaces de nuit », expliquent les architectes. « Ainsi, les espaces de vie s’organisent dans l’ancien corps de ferme principal, tandis que les chambres s’implantent dans deux dépendances périphériques, anciennement une écurie et une étable. Les fonctions 'jour' se tournent vers le centre de la cour, vers la vie de l’ensemble, les espaces 'nuit' s’ouvrent quant à eux vers les champs aux alentours. Bien qu’indépendants les uns des autres, les bâtiments sont reliés entre eux par des chemins en briques dessinés au milieu d’une végétation foisonnante et qui se rejoignent en un point central pour devenir une terrasse. Cet aménagement devient l’épicentre des lieux et constitue une réinterprétation contemporaine de la cour de ferme dialoguant avec les matériaux existants. Ainsi, cette brique se prolonge dans les pavillons pour en devenir le revêtement de sol au rez-de-chaussée. Cette connexion physique forte est accentuée par la baie crée dans le corps de bâti principal qui, une fois ouverte, se dérobe entièrement, supprimant ainsi cette limite entre intérieur et extérieur. »

Outre la quiétude des lieux, le jury a apprécié l’intervention discrète et subtile dans un environnement de qualité, la mise en valeur de cet environnement par le cadrage des baies sur l’extérieur, la qualité et la haute définition des détails proposés pour chaque élément constructif (charpente, menuiserie, détails dans les finitions, choix du revêtement de sol (briques sur champs),…), la finesse du choix du mobilier et l’intégration du mobilier dans l’immobilier et, last but not least, a mise en valeur du patrimoine, du gros œuvre existant.

 

Transformation MD (Martiat+Durnez), lauréat de la catégorie 'Habitat individuel'

Le projet consiste en la transformation dʼune habitation construite en 1936, face à lʼUniversité de Liège. Le rez-de-chaussée avait fait lʼobjet dʼune transformation antérieure. Le projet récompensé commence en toiture. Selon les architectes, « le bâtiment est en rupture dʼéchelle avec le contexte plus récent, mais est pourvu de qualités architecturales : son écriture et son principe structurel permettent de supporter de nouveaux étages et de libérer les étages existants de tout cloisonnement. » Les deux niveaux supplémentaires répondent aux critères urbanistiques et aux attentes du bureau dʼarchitecture : proposer une spatialité qui interagisse avec le contexte proche et lointain, qui exploite les vis-à-vis et compose le front bâti de la ville. « Lʼintervention sʼinscrit au second plan du bâtiment initial, qui fait un ensemble avec le bâtiment voisin de gauche. Lʼexpression du volume tente une réponse contemporaine à lʼécriture initiale, hiérarchisée dans les pleins et les vides où les matières sʼalternent, les rythmes changent. Lʼécriture de 1936 est la base de la nouvelle. » Le bureau dʼarchitecture trouve sa place au dernier niveau du bâtiment existant. Le premier étage est conservé dans lʼétat dʼorigine. Dans le bâtiment, au fur et à mesure de la montée, lʼescalier est décloisonné, les plateaux libérés, la structure mise à nu. Les perspectives sʼouvrent et les espaces sʼenchainent, à lʼinverse du plan dʼorigine. La maison à appartements devient un seul logement et bureau. « Le projet porte des questions actuelles de société : traduire une nouvelle façon dʼhabiter la ville où la place est rare et qui est désertée par les familles. Il sʼamuse de rapports dʼéchelles poussés à lʼextrême. Chaque espace intérieur sʼouvre physiquement sur un espace extérieur. Lʼécriture est une écriture de surfaces sans expression propre. Chaque espace a une géométrie la plus lisible possible. Le projet est un terrain dʼexpérimentations où le vide domine. »

Le jury du GPAW a aimé la construction du logement sur le toit du bâtiment existant et la perspective de développement du projet (la flexibilité du bâtiment), la reconversion d’un bâtiment mixte commerce + appartements en commerce + logement unifamilial, le traitement de la lumière et des vues, la libération de l’espace, l’extrême attention portée sur les détails et enfin le traitement des matériaux qui confère à l’ensemble de la chaleur, un sentiment de bien-être.