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08 december 2014 | PHILIPPE SELKE

Table ronde sur les concours d'architecture : ce qui s'est dit à Anvers

A l'avant-plan, Kristiaan Borret, qui officiait ce jour-là comme modérateur Illustratie | © Stefan Eerlingen
De gauche à droite : Bart Lens (Lens°Ass architecten), Koen Van Bockstal (Bulk Architecten), Peter Leroy (Stramien), Wim Boydens (Studiebureau Boydens) et Johannes Robbrecht (Robbrecht & Daem) Illustratie | © Stefan Eerlingen

Ce mercredi 5 novembre 2014, Architectura organisait à Namur, avec Eternit, Reynaers Aluminium, Vandersanden Group et Rockwool, la première belge du film The Competition. Après le film, une table ronde a réuni une belle palette d'architectes belges sur le thème des concours d'architecture. Le lendemain, Architectura organisait le même événement en Flandre, à Anvers, avec bien entendu des architectes flamands. L'occasion de vérifier si les concours d'architecture suscitent les mêmes réactions des deux côtés de la frontière linguistique. Nous vous proposons quelques morceaux choisis.

Les forces en présence

Sous la modération experte de Kristiaan Borret, qui fut notamment bouwmeester anversois, la table ronde a réuni à Anvers les architectes et ingénieurs suivants : Bart Lens (Lens°Ass architecten), Koen Van Bockstal (Bulk Architecten), Peter Leroy (Stramien), Wim Boydens (Studiebureau Boydens) et Johannes Robbrecht (Robbrecht & Daem). Notons que Peter Leroy était déjà présent la veille dans le public à Namur, ce qui lui a permis d'amener sur la table à Anvers quelques réactions des architectes francophones.

 

A propos du respect pour l'architecte

Peter Leroy : Aujourd'hui, presque tout donne lieu donne lieu à un concours. Même les particuliers s'y mettent. C'est l'escalade, ce qui met une trop grande pression sur les bureaux. La responsabilité en incombe principalement à nous-mêmes, les architectes, et pas aux autorités publiques ou au maître d'ouvrage qui auraient soi-disant trop peu de respect pour l'architecte. Nous nous mettons la corde au cou en voulant fournir trop. Des ententes entre nous sur le travail que nous pouvons fournir pour un certain prix peuvent apporter une solution. En tant qu'architectes, nous devons nous montrer plus déterminés. Être respecté ne signifie pas travailler pour rien ou en-dessous du prix. Nous obtiendrons du respect en indiquant ensemble ce que nous voulons faire et en faisant savoir que nous voulons être payés correctement.

 

Une question d'énergie et de plaisir

Peter Leroy : Un concours est bien sûr un défi pour le bureau. On sent l'adrénaline qui monte et les pizzas que l'on se fait livrer tard dans la nuit. C'est une expérience fantastique qui donne de l'élan au bureau. Mais il n'est pas nécessaire de travailler un projet jusque dans les plus petits détails si cela ne sera probablement pas examiné. Ce n'est pas tenable pour un bureau, qui voit tout le plaisir disparaître. Nous essayons toujours, et c'est le cas avec les concours que nous remportons, de tout faire rentrer sur un sous-bock. Le plus souvent, c'est suffisant pour convaincre le maître d'ouvrage. C'est ce qui'il faut viser : une idée minimale plutôt qu'un épais dossier engloutissant  60 à 70.000 euros. Limiter l'énergie pour garder le plaisir : c'est mon mot d'ordre. Qu'on ne me comprenne pas de travers, je n'ai rien contre un dossier complet, mais qu'il soit alors correctement payé. De la sorte, chacun peut participer aux concours et le secteur reste viable. Mais, comme cela fonctionne actuellement, ce n'est pas tenable.

 

Le secteur est-il solidaire ?

Koen Van Bockstal : En fait, un concours est une invitation à prendre la mer sur une planche de surf. On peut se mettre d'accord jusqu'à quel endroit ramer mais, si on veut faire un salto en pleine mer, cela reste un pari. C'est ce que je trouve amusant dans les concours : nous voulons tous telle ou telle mission et sommes prêts à aller juste un peu plus loin que les autres pour l'emporter. Tout le monde est prêt à plaider pour un cadre clair et une rétribution honnête mais ne nous retrouvons s'il vous plaît pas dans une morale de surveillant, par laquelle chacun doit faire exactement les mêmes petits pas pour pouvoir entrer dans la classe. Ce serait stupide. Dans le secteur de la publicité, quand vous imaginez un pitch, vous arrivez avec les plus belles photos et les filles les plus séduisantes. That’s life.

 

Le secteur peut-il s'auto-réguler ?

Peter Leroy : C'est très difficile. Il devrait y avoir plus de solidarité, je plaide pour cela. La transparence est une nécessité. Cela ne peut être qu'intéressant que de pouvoir suivre toutes les présentations de projets lors d'un concours. Tout le monde a investi temps et énergie, mais comment les autres ont-ils solutionné le problème ? Je voudrais le voir. Essayez un peu d'obtenir que tous les bureaux participant au tour final soient d'accord avec une telle présentation transparente ! Cela n'arrive quasi jamais. Dommage. Apprendre des autres.

 

Le plus mauvais souvenir

Bart Lens : “C'est souvent dans les détails que cela se passe. Nous avions atteint le tour final pour un bâtiment portuaire à Nieuport. Nous n'étions plus que deux bureaux en lice, une chance sur deux de gagner donc. Nous avons alors constaté une lacune dans le concours, et en avons informé le maître d'ouvrage. S'en est suivi un échange de correspondances, dans lequel nous aurions dû recevoir un recommandé. Celui-ci n'est pourtant jamais arrivé. J'avais pourtant la certitude que le recommandé avait été remis à une mauvaise adresse, ce qui par dessus le marché ne nous a jamais été communiqué. Nous avons alors été disqualifiés. Nous avions investi du temps et de l'énergie dans un dossier complet pour lequel nous ne serions pas payés à cause de la disqualification. La réponse des avocats de la partie adverse a été que nous devions nous adresser à La Poste pour pouvoir récupérer 60 euros... Très frustrant. Il est regrettable que l'adminsitration, mal nécessaire, puisse agir de façon aussi inhumaine. "

 

Ici et ailleurs

Johannes Robbrecht : Nous avons participé au concours pour la White Chapel Gallery à Londres. C'était un concours très limité. Nous avions été contacté trois semaines au préalable et devions remettre un dossier comprenant seulement quelques références et une brève vision. C'est sur cette base que nous avons été retenus comme lauréat. En France, les concours sont plus lourds. Cela nécessite une équipe élargie, mais il faut bien dire que cela s'accompagne d'une prime de concours qui est un multiple de ce qui est proposé en Flandre. Avec pourtant le fait que les questions et exigences des concours en Flandre ne sont pas moins approfondies.

 

Pour celles et ceux qui maîtrisent la langue de Vondel, des extraits vidéos de la table ronde d'Anvers sont disponibles au bas de cette page.