Doorzoek volledige site
22 juli 2019 | PHILIPPE SELKE

Îlot Sacré, dentelle architecturale au cœur de Bruxelles

Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
À 100 mètres de la Grand-Place, le projet Îlot Sacré redonne vie à l’un des derniers terrains vagues du centre historique. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
Sur 6 000 m2, se déploient 8 nouveaux bâtiments accueillant une variété de logements : 22 logements pour étudiants, 29 appartements de 1, 2 ou 3 chambres et 2 maisons individuelles. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
Perchés sur les toits, les appartements en duplex ont été construits en retrait et interprétés avec un matériau unitaire foncé : l’ardoise Eternit Alterna. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
L’implantation des bâtiments a été faite de manière non rectiligne pour retrouver l’esprit à l’époque très villageois du lieu. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
La brique claire est mise en oeuvre selon un appareillage aléatoire, tandis que les ardoises sont posées de manière plus alignée. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly
Les anciens pavés ont été réutilisés dans le pavement de la nouvelle placette. Les entrées des logements donnent toutes sur cette placette, habitée par un arbre. Illustratie | Marie-Noëlle Dailly

À 100 mètres de la Grand-Place, le projet Îlot Sacré redonne vie à l’un des derniers terrains vagues du centre historique en créant un quartier au style à la fois contemporain et respectueux du patrimoine, notamment grâce à l’utilisation d’ardoises Eternit Alterna. Une opération de densification urbaine intelligente, saluée notamment par une nomination pour le Victor Horta Prize 2018 et un Award au MIPIM.

 

Il y a 100 ans, les impasses et ruelles grouillaient de monde, vivant il est vrai dans des conditions de salubrité bien souvent déplorables. Depuis, le centre historique s’est en grande partie vidé de ses habitants. A présent, une tendance inverse se fait heureusement jour. Revenir habiter en ville est un choix assumé, et ce projet immobilier témoigne du fait qu’il est possible de créer des conditions de vie (très) agréables dans un tissu extrêmement dense.

Une diversité de typologies

Dominique Delbrouck, Founding partner et architecte responsable du projet chez DDS+ : « Avec notre maître d’ouvrage Galika, nous avons voulu implanter le projet sur les anciennes impasses historiques, en recréant le passage entre la rue des Bouchers et la rue Marché aux Herbes. Nous avons gardé la densité du tissu existant et apporté une respiration grâce à une placette. » De l’extérieur, le projet, situé en intérieur d’îlot, se devine à peine. Seule une petite façade dans chacune des deux rues trahit sa présence. Et pourtant, sur 6 000 m2, se déploient 8 nouveaux bâtiments accueillant une variété de logements : 22 logements pour étudiants, 29 appartements de 1, 2 ou 3 chambres et 2 maisons individuelles. Le tout complété par 2 commerces, une buanderie commune, 24 places de parking en sous-sol (grâce à un ascenseur à voiture) et 65 emplacements pour vélo.
Chaque logement a son caractère propre. Les logements étudiants sont construits contre un mitoyen existant et accessibles par coursives, tandis que les appartements classiques, plus profonds, sont traversants et bénéficient de distributions traditionnelles avec escalier et ascenseur intérieurs. L’accessibilité requise pour les pompiers demandant deux sorties, cette contrainte a été transformée en opportunité. Dominique Delbrouck : « Cela nous a amené à trouver des solutions architecturales assez originales, avec une grande diversité de points de vue. Ces accès extérieurs donnent une certaine vie au projet. Nous avons un jeu entre circulations intérieures couvertes et circulations extérieures ouvertes.»

L’ambiance d’un village

L’implantation des bâtiments a été faite de manière non rectiligne pour retrouver l’esprit à l’époque très villageois du lieu. Lors de fouilles menées avant le démarrage des travaux, des morceaux de ruelles ont été mis à jour. Les anciens pavés ainsi retrouvés ont d’ailleurs été réutilisés dans le pavement de la nouvelle placette. « Le fait de vouloir reprendre le tracé de la ruelle et de faire une placette nous a amenés à imaginer un bâtiment particulier, le Campanile, qui donne un caractère propre à cet espace, devenant un peu l’emblème du projet. »

Le défi a été de créer un ensemble très dense, attractif et agréable à vivre. Le résultat se révèle encore plus beau que sur nos dessins.

Les entrées des logements donnent toutes sur cette placette, habitée par un arbre. Quant aux façades, elles sont traitées selon un rythme de pleins et de vides qui s’apparente à la verticalité que l’on retrouve dans le bâti environnant. Toujours par respect pour le contexte historique, les toitures arborent fièrement pentes et pignons. Les gabarits jusqu’à la corniche s’alignent sur ce que l’on peut voir autour du projet : rez + 2 ou + 3.

Maisons sur les toits

Autre caractéristique marquante du projet : les appartements en duplex perchés sur les toits. Pour les différencier nettement de la partie basse des bâtiments, ils ont été construits en retrait et interprétés avec un matériau unitaire foncé, l’ardoise Eternit Alterna, selon un calepinage alterné.
De grandes ouvertures en chien-assis percent l’enveloppe sombre pour faire entrer un maximum de lumière naturelle dans les logements. « Et, vues d’en bas, ces grandes lucarnes accrochées aux volumes monolithiques traités en ardoise donnent une impression de toitures habitées, avec en prime un caractère très contemporain grâce à une touche de couleur. »

Contraste de matériaux naturels et nobles

« Avec notre client, nous voulions opter pour des matériaux durables : la pierre bleue pour le pavage de la placette, les soubassements et les marches. La brique claire pour faire respirer tout l’intérieur de l’îlot, et contraster avec l’ardoise, un matériau de toiture que l’on retrouve dans tout le quartier. Loin de vouloir faire une copie de l’ancien, notre approche contemporaine a consisté à faire se poursuivre le matériau utilisé pour les pans de toiture également sur les surfaces verticales, pour obtenir un caractère contrasté et pur. »
La brique claire affiche un calepinage sauvage, alors que celui des ardoises est régulier. A l’inverse, les pleins et les vides y sont disposés de façon aléatoire alors que, dans les murs de briques, les ouvertures verticales sont strictement alignées. Même la rythmique des gardecorps a été étudiée pour jouer le contraste entre parties haute et basse. Avec sa face latérale entièrement bardée d’ardoises Alterna, le campanile n’échappe pas à la règle, avec en plus un rappel de couleur sous chaque balcon.
Ce rapport « disruptif » haut et bas permet de s’approprier par étapes la hauteur du projet. Un véritable travail d’orfèvre, finement ciselé… comme de la dentelle. Dominique Delbrouck : « Les matériaux sont un aspect très important du projet, mais c’est la fin du processus. Avant cela, il y a la question du sens. DDS+ participe à des projets qui permettent d’apporter quelque chose à la ville et à ses habitants. Nous avons une ligne de conduite où l’on réfléchit à l’implantation, à l’espace public, … pour, au final, faire revenir les habitants en ville. »

Localité Bruxelles
Maître d’ouvrage Galika
Architecte DDS+
Entrepreneur général Valens (Eiffage Benelux)
Couvreur Pro-Toiture
Couverture et bardage ardoise Eternit Alterna 60x32 gris
foncé, recouvrement double