Doorzoek volledige site
09 september 2019 | PHILIPPE SELKE

L'architecte à la pipe, le confluent et le Delta

Philippe Samyn contemplant la Citadelle depuis la terrasse en toiture du Delta
Illustratie | Province de Namur / Delta
Illustratie | Province de Namur / Delta
La grande salle avec, au plafond, une oeuvre d'Yves Zurstrassen Illustratie | Province de Namur / Delta
Les façades vitrées sur lesquelles on retrouve les vantelles chères à l'architecte-ingénieur Illustratie | Province de Namur / Delta
Le grand escalier, qui a été prolongé pour desservir les nouveaux étages Illustratie | Province de Namur / Delta
Photo de chantier Illustratie | Province de Namur / Delta
On retrouve sur les toits une partie du jardin dessiné à l'époque par René Péchère
La salle Tambour accueille de 120 à 150 personnes suivant sa configuration. Illustratie | Province de Namur / Delta
Jérôme Morelle (Thomas & Piron Bâtiment) et Philippe Samyn sous le puits de lumière de la salle Tambour.

Ce vendredi 6 septembre 2019 avait lieu l'inauguration de la Maison de la Culture de la Province de Namur, rénovée et agrandie par Philippe Samyn et partners architectes et ingénieurs, pour le compte de Cœur de Ville, une émanation du groupe Thomas & Piron. Une visite de presse guidée entre autres par l'architecte était au programme, l'occasion de vous faire découvrir cette belle réalisation d'une manière quelque peu décalée, en mode "Samyn". Pour ceux qui désireraient des informations plus factuelles, celui-ci renvoie à son site web extrêmement documenté... en attendant une publication imprimée.

 

Le projet fait passer la superficie de l’édifice de 4500 m2 à 6000 m2, multipliant notamment le nombre de salles de spectacle par 3. La plus grande peut accueillir de 450 à 600 personnes selon sa configuration assise ou debout. Une salle moyenne, appelée, pour sa forme cylindrique, la salle Tambour, a une capacité de 120 à 150 spectateurs, tandis qu'une troisième salle « le médiator », vise un public plus restreint de 80 personnes. Viennent s'y ajouter 3 niveaux d'exposition, 1 foyer avec hall, un jardin-terrasse panoramique, 3 studios d'enregistrement et de répétition, 3 salles pour les animations et les formations, 1 centre de documentation, 2 résidences d'artistes, des bureaux, un restaurant-brasserie et des commerces. Philippe Samyn : « En tant qu’architecte et ingénieur, il m’est rarement arrivé de voir une vision aussi claire des attentes du maître d'ouvrage. »

 

Une histoire d'eau

Ne l'appelez plus la Maison de la Culture, mais le Delta... une nouvelle dénomination imaginée par une agence de com pour exprimer le rayonnement de l'institution culturelle dans tout le territoire de la Province. Oubliez donc ce que vous avez appris en géographie sur ce qu'est un delta, et ne tenez pas compte que le bâtiment se situe précisément là où la Meuse et la Sambre se rejoignent, au confluent donc.

De par sa situation en plein centre-ville, son exiguité et les problèmes de mobilité, le chantier réclamait des solutions alternatives. Heureusement, la Sambre a permis l'évacuation des matériaux de démolition et de terrassement sans imposer aux riverains une noria de camions et toutes les nuisances qu'elle génère. 

Enfin, le cours d'eau est également mis à contribution pour réguler la température du Delta, via une pompe à chaleur qui y puise l'énergie nécessaire.

 

Une 'ruine conceptuelle'

Du bâtiment moderniste imaginé par Victor Bourgeois et inauguré en 1964, seul le squelette a été gardé. Philippe Samyn: « Nous avons été confrontés à une ruine conceptuelle dont on s’est attaché à garder seulement quelques éléments en béton armé, le pavage de l’entrée, le grand escalier.. tout le reste était de mauvaise qualité constructive, typique de l'après-guerre, qui fut poursuivie par le mouvement moderniste, dont la suffisance technique a créé autant de bâtiments insuffisants. » 

La construction existante a donc été préservée, mais la façade en arc de cercle a été surélevée d’un niveau et est prolongée par un porche d’accueil et une rotonde à l’avant, tandis que l’arrière a été grandement étendu. L’ensemble se veut aéré et lumineux : les concepteurs du projet ont voulu laisser entrer le soleil et permettre au public de découvrir les œuvres d’art à la lueur du jour. Les vitrages mis en œuvre sont de type extra clair pour une transmission lumineuse incomparable et un rendu des couleurs de qualité supérieure. En guise de protection solaire, on retrouve le même système de vantelles mobiles développé par Philippe Samyn pour le bâtiment d'AGC à Louvain-la-Neuve.

 

Les vertus de l'avarice en construction

Commentant les finitions en plaques de fibre de bois-ciment dans un studio d'enregistrement au sous-sol, Philippe Samyn se lance dans une tirade dont il a le secret : « Nous sortons de 50 années de Moyen Âge pendant lesquelles l’homme est devenu central, écrasant la nature de manière terrifiante. (...) Toutes autres choses restant égales, l’économie d’un bâtiment est une obligation morale. Construire un bâtiment cher est outrancier et abîme la planète. Faire un bâtiment économique respecte la planète. Il faudra que nos lois évoluent sérieusement pour mettre moins l’homme au centre.» Et d'annoncer dans la foulée, après une digression vers un autre de ses chantiers pour la Province, qu'il travaille à un ouvrage à paraître l’année prochaine à l’Académie Royale de Belgique, sur le 'Quoi construire comment maintenant'.

Arrivé sur la terrasse, il vante les mérites d'une 'première mondiale' en expliquant la spécificité de la tôle perforée dont sont faits les garde-corps et les cages d'escalier et d'ascenseur. Cette tôle présentant des trous ronds de deux tailles différentes est composée sur une trame carrée et non hexagonale, ce qui permet à l’ingénieur qu'il est également de répartir les charges plus facilement. La colonne de tôle de 25 mètres de haut pourrait porter seule tous les escaliers. Une enveloppe transparente qui est aussi portante, donc. « Mais, encore une fois, à cause de tous ces suffisants qui font de l’insuffisant en architecture, on est dans l’obligation de faire des voiles en béton, qui sont pour ainsi dire inutiles. Pour l’autre escalier, on ne va pas mettre de voile en béton mais ici, on n’a pas eu le choix. »

Philippe Samyn ne manque aucune occasion de saluer le travail des nombreux corps de métier qui travaillent sur le chantier. « Je suis connu pour être un maniaque du détail. Ici, j’ai eu le sentiment que mes détails d’exécution étaient accueillis par les artisans. » Et de remercier également son ami et artiste Yves Zurstrassen, dont la reproduction grand format d'une œuvre très colorée orne le plafond de la grande salle.

 

Le clou du spectacle : un tambour iconique et autonettoyant

Pour la plupart des Namurois et des visiteurs cependant, ce n'est pas la trame des garde-corps qui restera dans les esprits mais le fameux volume cylindrique blanc qui s'avance vers le confluent, plus ou moins là où, d'après les recherches historiques, s'élevait dès 1388 l'une des plus grosses tours de l'enceinte médiévale. Là ou Victor Bourgeois avait créé un vide peu engageant, Philippe Samyn s'est employé à redéployer le front bâti jusqu'au pont enjambant la Sambre, dans un geste architectural emprunt de fulgurance.

Ce tambour blanc se devait d'être à la fois fonctionnel et esthétique. STO avait déjà travaillé avec Thomas & Piron et Philippe Samyn, notamment pour la construction de la caserne des pompiers de Charleroi, un vaste bâtiment circulaire. La façade du tambour namurois a recours à deux sortes de supports pour l’application du système d’isolation de façade extérieure StoTherm : une structure métallique portant des panneaux de support en partie basse, des blocs en béton maçonnés en partie haute. Les panneaux d’isolation ont été découpés sur place pour obtenir la courbure parfaite. Une fois les joints bouchés, l'ensemble a été poncé pour obtenir l’uniformité dans la forme circulaire. Après l’application d'une couche d’armature, un crépi autonettoyant StoLotusan® K a été appliqué. Celui-ci offre d'excellentes propriétés en termes de traitement et de protection de façade grâce à une technologie s’inspirant de la nature. Après chaque pluie, les feuilles de lotus sont à nouveau propres et sèches, ne laissant ainsi aucune chance aux saletés. Grâce à cet effet autonettoyant naturel, le Delta conservera sa beauté pendant des années.