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13 november 2019 | MICHEL CHARLIER

A Shangaï, un musée met en valeur des maquettes d’architectes

Illustratie | CreatAR Images
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A la demande de la société Fengyuzhu, les architectes Wutian Sun et Yu Ting, du bureau Wutopia Lab, se sont chargés de la conception du premier musée en Chine dédié aux maquettes d’architecture. ‘Models in Model’ est un musée étonnant qui a ouvert ses portes à Shangaï et à travers lequel se raconte une passionnante histoire, celle de la ville du futur.

 

Le client, fondateur de Fengyuzhu, souhaitait exposer dans ce musée des maquettes réalisées par tous les célèbres architectes chinois contemporains. Il avait été inspiré par Archi-Depot, un musée de maquettes architecturales situé dans un entrepôt de Tokyo : « Lorsque j’ai regardé les photos d’Archi-Depot, une idée m’a traversé l’esprit. Puisque ce musée se focalise sur des maquettes de différents projets, construits ou non, si nous examinons ces projets très différents avec une perspective macro et que ignorons la différence de régions et d’époques, ils pourraient ensemble former un monde. J’ai donc décidé de transformer la totalité du musée en une immense maquette de la ville du futur. Les maquettes collectées deviennent les différents composants du tissu de la future ville, chacune d’entre elles prédisant de manière divergente un futur différent. Un tel musée a vraiment du sens au niveau de l’architecture.

Une représentation imaginaire et utopique des gratte-ciel

« Les maquettes serrées sur les étagères d’Archi-Depot me rappellent la bande dessinée d’A.B Walker citée par Rem Koolhaas dans Delirious New York, et qui avait été publiée pour la première fois dans un magazine en mars 1909 », explique Yu Ting, l’architecte responsable de la conception. « Koolhaas pensait qu’il s’agissait là d’une représentation imaginaire et utopique des gratte-ciel. En 2011, ma thèse de doctorat consacrée aux villes verticales reprenait cet extrait illustré du livre de Koolhaas. Je pense qu’avoir imaginé de façon diversifiée les gratte-ciel européens et nord-américains au début du XXe siècle a façonné le prototype de la ville verticale. Cela m’a inspiré pour faire du musée une représentation idéale de la future ville verticale.

Zenobia, qui a été entièrement construit sur base des grands enjeux mentionnés dans The Light City II, du livre Invisible Cities d’Italo Calvino, m’a aidé à déterminer la structure de base de la ville du futur. Pour mettre en valeur les maquettes en 3D des architectes, la ville doit être abstraite. Finalement, j’ai décidé de construire cette ville du futur en utilisant comme éléments de base des tiges hautes et rondes d’un diamètre de 32 mm. J’ai appelé cette ville The Last Redoubt, un nom dérivé de The Night Land, un récit de science-fiction publié en 1912.

The Last Redoubt – Construction de structures invisibles

Au total, 5 653 tuyaux d’acier ont été utilisés pour construire The Last Redoubt. « Tant les piliers structurels que les piliers décoratifs ont une taille identique et donnent une impression visuelle uniforme, afin d’affaiblir délibérément l’existence-même de structures. L’ensemble de ces tuyaux d’acier continus forme un rythme et compose des interfaces qui créent différentes zones dans la ville verticale. »

La conception de The Last Redoubt prend pleinement en compte l’échelle humaine et celle des maquettes. Si l’on se place du point de vue des maquettes, le bâtiment a une hauteur de plus de dix niveaux, toutes les étagères supportant les maquettes se plaçant en porte-à-faux et étant soudées aux tiges rondes. Les maquettes sont situées sur des étagères à différentes hauteurs, façonnant ainsi ensemble la forme de The Last Redoubt. A l’échelle humaine, le musée dispose d’une mezzanine qui s’étend au-dessus de tous les espaces d’exposition. Elle est suspendue par des tubes en acier ronds et blancs d’un diamètre de 32 mm. « La mezzanine est cachée entre les interfaces formées par les barres d’acier, afin d’éviter les conflits visuels entre les deux échelles. Les visiteurs peuvent ainsi se promener, sur un chemin suggéré, entre les maquettes afin de les observer, mais également découvrir les coins et recoins du musée, créant ainsi une sorte de système de circulation tridimensionnel.

Différents espaces dédiés

Le hall d’entrée est appelé Visionary City, en lien avec une peinture fantaisiste de William R Leigh représentant, en 1908, la ville du futur. Il ressemble à un zone sauvage et vide. On n’y trouve les hautes tiges que d’un seul côté.

La ville intérieure, là où se trouvent exposées les maquettes, se divise quant à elle en trois zones principales : Tijuana, Ironia et Pod Bay. Les deux premières ont un arrangement spatial plan tandis que la troisième, telle une place au centre de la ville, joue le rôle d’intersection entre les deux autres.

Enfin, un espace circulaire est situé dans le coin sud-ouest du bâtiment. Cet espace de détente et de communication est l’unique lieu de socialisation du musée, baigné de lumière naturelle.

Mezzanine et balcons

Sur le côté de la coupole se trouve l’escalier qui mène à la mezzanine. « J’avais initialement prévu de transformer l’espace du bas en une salle de dépôt et de stockage », explique le maître d’ouvrage. « Mais lorsque je suis arrivé dans cette pièce, j’ai remarqué que les dalles de sol perforées qui avaient été conçues à l’origine pour réduire le poids de la mezzanine, laisser passer une telle lumière que j’ai décidé de faire de cet endroit une salle d’exposition particulière. Le musée comporte également des espaces d’exposition installés dans des angles du bâtiment, chacun ayant reçu un code couleur, rouge, jaune et bleu. Ces lieux servent également d’espaces ‘sacrés’ reliant The last Redoubt au monde réel.

Trois balcons étaient prévus sur le plan original. « J’aurais pu les ignorer. Cependant, je suis persuadé que n’importe quelle grande ville ou n’importe quelle civilisation doit élargir ses frontières pour explorer l’inconnu. J’ai donc imaginé ces trois balcons comme des vaisseaux spatiaux situés dans les trois ports aériens de The Last Redoubt. »

« Au départ, je voulais utiliser des rideaux pour isoler le musée et en faire un espace complètement tourné vers l’intérieur, qui resterait intact. Cependant, une fois que les tiges ont été érigées, la lumière du soleil a filtré à travers elles et est entrée dans le musée, le rendant ainsi à la fois réel et irréel. Il me paraissait alors possible de dissoudre l’entité. Cela m’a profondément touché et m’a fait changer d’idée. »

Un manifeste architectural

Le mot de la fin revient à l’architecte : « L’architecture en tant que discipline doit utiliser les architectures comme des outils pour réfléchir au destin futur de l’humanité. Elle doit faire face à l’avenir et elle ne doit pas se cacher derrière l’histoire, le contexte ou le régionalisme, mais doit les prendre comme point de départ pour créer un avenir plus ambitieux. Cependant, l’ouverture, la temporalité, la diversité, le hasard, une inspiration instantanée, une beauté éphémère ou une légère fragilité sont également dignes d’attention pour l’architecte, et nous pouvons créer quelque chose avec cela. Dans ce cadre, je considère le Musée de maquettes comme un véritable manifeste architectural. »

 

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