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18 maart 2020 | JOHAN DEBIÈRE

Archi-militant : L’héritage parfois un peu lourd du patrimoine

On remarque les voies de chemin de fer à l'avant-plan et les matériaux plus modernes fin 18e et 19e siècles dans la partie plus 'moderne' de l'abbaye.

A l’occasion de la sortie de l’infolettre consacrée au patrimoine et à la restauration, je suis un peu contrarié, je l’avoue, par les attitudes de certains. Chez celles et ceux qui défendent le patrimoine, il y en a avec qui le débat est possible, mais d’autres s’accrochent aux vestiges comme à leur première ‘tututte’. Ils ne supportent pas l’idée même de les voir façonnés, réinvestis, voire même totalement réinventés par des architectes bien dans leur époque.

 

En imaginant une flèche contemporaine à Notre-Dame, quelques architectes audacieux ont ainsi été cloués au pilori par certains historiens qui ont vu dans cette renaissance une insulte faite au passé. Construite sur plus de deux siècles, la cathédrale Notre-Dame a pourtant été marquée par des époques et donc par des approches architecturales et même par des styles architecturaux différents (ne fût-ce que le gothique primitif et le gothique flamboyant). Pourquoi dès lors devrions-nous nous offusquer d’une nouvelle nef contemporaine pour remplacer celle qui n’est plus qu’un tas de ruines ? Après tout, ne pourrions-nous pas considérer comme artificiel et même choquant de procéder à un remplacement à l’identique ? En quoi le fait de procéder à une restauration utilisant les mêmes matériaux avec des artisans posant exactement les mêmes gestes qu’il y a cinq siècles serait-il plus valable qu’un projet novateur ? Va-t-on demander à ces artisans du 21e siècle (que je respecte par ailleurs) de faire tirer les énormes madriers nécessaires à la restauration de la charpente par des percherons dans les rues de Paris?

Plus près de nous, il y a l’Abbaye de Villers-la-Ville, dont l’une des arches a été démolie par un camion en octobre 2018. Après de longs palabres avec les autorités locales, qui préféraient laisser cette partie de l’abbaye en l’état, les services du patrimoine de la Région wallonne ont opté pour une reconstruction à l’identique « afin de préserver l’identité de l’ouvrage ». Très bien, sauf que cet accident nous semble faire partie de l’histoire du site. Et que l’on va ainsi sacrifier sur l’autel du patrimoine la magnifique passerelle design en bois installée pour permettre au public de visiter les lieux. Avec la disparition de cette belle passerelle moderne, on effacera des tablettes cette péripétie de l’histoire de l’abbaye…

Enfin, Mesdames et Messieurs les ‘archéologues’, je souhaite vous poser une dernière question avant de vous laisser à vos reconstitutions : comment réagissez-vous aux aménagements réalisés au sein de l’abbaye vers la fin du 18e siècle (dont certains ont été réalisés avec des briques), juste après les troubles de la révolution française ? Les enlevez-vous pour les remplacer par des pierres médiévales ? Et le train qui traverse le site de l’abbaye depuis 1855, allez-vous le faire dérailler ?