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13 mei 2020

Lettre ouverte pour une nouvelle mobilité

Chaussée d'Ixelles Illustratie | ARTER Architects

Les constats posés pendant cette crise sanitaire, particulièrement à Bruxelles, ne peuvent pas rester sans suite. Après la carte blanche d'Eric Corijn et Benoît Moritz pour réclamer un plan bruxellois de relance urbaine, voici que Le Soir publie une lettre ouverte au Conseil national de sécurité et au Gees sur la nécessité d’un plan de relance de la mobilité. Les transports en commun n'ayant plus la cote suite au risque de contamination, le risque est grand que tout le monde reprenne sa voiture...  Oubliés par les politiques dans la stratégie de sortie de crise, les urbanistes redoutent une congestion totale et montent au créneau dans une lettre ouvete cosignée par tous les bouwmeesters actuels et passés du pays, ainsi que par de très nombreux universitaires, organisations et scientifiques.

 

Annekatrien Verdickt (Mobiliteitspersoonlijkheid 2018, Architectuurplatform, Filter Café Atelier), Gideon Boie (KULeuven, Faculté d’Architecture) et Jens Aerts (Vlaamse vereniging van Ruimte en Planning, ISOCARP) sont les auteurs, tous néerlandophones,de cette lettre ouverte. Mais ils ont rassemblé autour de cet appel un impressionnante liste d'experts en mobilité et urbanisme, francophones et flamands. Morceaux choisis.

 

Des urbanistes oubliés

« Malgré les mises en garde face à un problème de mobilité imminent, la stratégie de sortie a été élaborée sans tenir compte des implications spatiales. La Première ministre Sophie Wilmès a demandé que les transports publics soient évités le plus possible et que la voiture soit utilisée comme alternative. Les modes actifs n’ont pas été privilégiés et n’ont été que brièvement mentionnés. L’attention limitée portée à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire apparaît également clairement lorsque l’on examine la composition du Gees. Les urbanistes y font défaut et les ministres de la Mobilité et de l’Environnement restent eux aussi complètement à l’écart. Les groupes de travail qui les accompagnent sont composés d’économistes et d’entrepreneurs.

 

Recommandations pour un autre espace public

Pourtant, la question se pose de savoir comment une reprise économique peut être mise en place sans prendre en compte le transport des personnes et des marchandises. (...) Il est important de noter que les routes encombrées ne sont pas seulement un problème de mobilité, mais qu’elles génèrent une chaîne d’effets négatifs dans plusieurs domaines : la santé, l’économie, la qualité de vie et la sécurité routière. La mobilité est avant tout une question de santé publique. (...) Un redémarrage imprudent en termes de mobilité risque d’augmenter la mortalité lors de la prochaine vague de Covid-19.

La mobilité détermine également la qualité de vie dans l’espace public.(...) Il n’est pas souhaitable que l’espace public soit à nouveau occupé unilatéralement par la voiture. (...) Ces  arguments démontrent que le Conseil National de Sécurité doit prendre en compte la question de la mobilité lors de l’élaboration de la stratégie de sortie, avec l’aide d’experts en mobilité, d’urbanistes et d’aménageurs du territoire. Nous formulons ici déjà deux recommandations. 

Tout d’abord, la communication du gouvernement fédéral doit souligner l’utilisation active de nos rues comme premier choix, pour ainsi suivre la ligne directrice de l’OMS qui dit que « chaque fois que cela est possible, il faut envisager de faire du vélo ou de marcher. Dans le même ordre d’idées, les transports publics ne peuvent pas être stigmatisés, mais il est plutôt nécessaire d’appeler à utiliser les transports publics de manière sûre.

Deuxièmement, le gouvernement doit rédiger des lignes directrices pour permettre la distanciation physique dans l’espace public. Il s’agit notamment d’augmenter la capacité des pistes cyclables et des trottoirs, d’éliminer les chaînons manquants dangereux et de relier le réseau express vélo aux réseaux cyclables des villes et des communes. Des parkings « Car&Bike » en périphérie des villes sont nécessaires pour accueillir le trafic provenant de l’extérieur de la périphérie directe. La création de woonerfs, de zones de rencontre, de zones piétonnes et de filtres bien réfléchis peut réduire considérablement l’impact du trafic des navetteurs sur la ville et améliorer considérablement la qualité de vie. L’engagement en faveur des équipements de proximité et de la proximité locale encourage les gens à se déplacer à pied ou à vélo. Supprimer les places de parking devant les magasins ou rendre les rues commerçantes piétonnes permet de ne pas devoir choisir entre la santé et la sécurité routière quand les files d’attente sur les trottoirs s’imposent

Dans la stratégie de sortie, de nombreuses décisions sont prises sans étudier l’impact spatial. Le Covid-19 bouleverse les équilibres existants, ce qui amène la population à se comporter et à se déplacer différemment. Ce changement de paradigme mérite une gestion spatiale rapide et décisive qui permette d’éviter le chaos et donne à l’économie et à la société toutes les chances de bien redémarrer ».