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12 oktober 2021 | JOHAN DEBIÈRE

Archi-militant : Construire, dit-elle…

Immeubles résidentiels développés par Evergrande à Yuanyang Illustratie | Creative Commons - Windmemories

En Chine, c’était devenu un gimmick, une obsession : pour faire la démonstration de son évolution dans la société, il fallait, pour la classe moyenne, pouvoir viser l’accès à la propriété. C’est là qu’Evergrande et consorts sont entrés dans la danse.

 

En grands renifleurs d’opportunités qu’ils sont, les Chinois actifs dans le secteur de la construction ont construit plein pot, sans prendre le temps de savoir quoi, mais ils ont construit. Des centaines de milliers d’appartements sans âme, des gratte-ciel informes, des centres commerciaux bodybuildés…

On pourrait encore ajouter beaucoup de choses à cet inventaire à la Prévert. Le problème c’est, qu’à l’aube de l’année 2020, Xi Jinping a sonné la fin de la récréation. Comme pour rappeler que la Chine n’est pas le Far West. Et qu’on ne pouvait y spéculer impunément. Avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui : Evergrande se retrouve en grandes difficultés, tout comme Fantasia et Sinic, deux autres mastodontes chinois aujourd’hui eux aussi en très mauvaise posture. Si cela n’était pas tragique, on relèverait au passage le comique du choix des noms donnés à ces goinfres chinois de la construction et de la méga-promotion immobilière. Mais voilà, l’affaire pousse à tout sauf à rire : je fiche mon yuan que ces trois géants, et toutes leurs petites répliques dans leur sillage, vont s’effondrer comme un château de cartes. Il y a quelques heures à peine, elles n’ont pas été capables de rembourser les premières parties des intérêts dus sur les énormissimes sommes empruntées sur les marchés.

En Europe, comme au bon vieux temps du nuage de Tchernobyl, cette chère Christine Lagarde nous rassure : le tsunami chinois n’impactera que l’Empire du Milieu. C’est croire que l’économie chinoise est une économie cloisonnée et repliée sur elle-même. Si elle devait se reconvertir à la fin de son mandat à la BCE, sûr, Christine Lagarde pourrait s’engager dans une carrière de comique. Outre-Atlantique, on est tout aussi rassurant et tout aussi comique:  la chute d’Evergrande ne fera pas tressaillir les Etats-Unis, ce pays où la construction et la promotion immobilière, on le sait depuis Trump, se fait tout en finesse et en légèreté. Idem pour Abu Dhabi, sa folie des grandeurs et ses immeubles vides que l’on remplit d’influenceurs en quête de paradis fiscaux.

La morale de cette histoire ? C’est que très grands, grands ou petits, tous les projets immobiliers devraient se distinguer par la question du sens : pourquoi construire, pour qui construire et comment construire plutôt que ‘Combien vais-je pouvoir (me) faire de yuans, de dollars, d’euros ou de dirhams ?’ avant de devoir se résigner à détruire tout ce que l’on a construit.