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26 februari 2019 | MICHEL CHARLIER

Débat sur l’impact environnemental de la construction : quelles responsabilités pour les pouvoirs publics ?

Lors de la journée d’ouverture de Batibouw, FISA et architectura.be ont invité 5 experts à s’exprimer sur l’impact environnemental du secteur de la construction. On y a parlé de beaucoup de choses, dont le « stop à l’urbanisation », la réalité quotidienne différente entre Bruxelles et la Wallonie, et le rôle d’exemplarité que doivent jouer les pouvoirs publics.

Le débat, mené par Philippe Selke, rédacteur en chef d’architectura.be, réunissait Catherine De Wolf (chercheuse à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), Jean-Christophe Vanderhaeghen (directeur général de la Confédération Construction Bruxelles), Aubry Lefebvre (administrateur-délégué Thomas & Piron), Bruno Busch (Neo & Ides, cellule énergie du bureau Greisch) et Alain Wouters (bureau d’architectes Art & Build).

Stop à l’urbanisation

Le « stop au béton » est prévu en Wallonie pour 2050 (2040 en Flandre). Il s’agit d’arrêter l’étalement urbain et de limiter les nouvelles constructions aux terrains déjà artificialisés. L’objectif est de densifier les centres urbains et de réhabiliter les friches industrielles et les bâtiments proches de l’insalubrité. Une étape intermédiaire est fixée à 2025, avec une réduction de 50% de la surface artificialisée. Pour les participants au débat, cette mesure est vue comme une évolution normale plutôt que comme une menace. Mais 2025 reste une date très impactante pour certains projets immobiliers qui peuvent s’étaler sur une dizaine d’années. Cette situation apporte donc son lot d’incertitudes. Les participants au débat ont également insisté sur la nécessité de disposer de mesures transitoires en la matière, mesures permettant les mises en application pratiques de la décision.

Densification : effet NIMBY ?

Un changement de mentalité doit accompagner la transition, les particuliers doivent pouvoir envisager de modifier leur mode de vie et accepter, par exemple, la densification de leur environnement direct. Une situation que connaissent bien et intègrent au quotidien les habitants de la région de Bruxelles-Capitale, une région dans laquelle la fonction forte est le logement et non plus le bureau. Des décisions ont été prises afin d’avancer dans la bonne direction, celle d’une construction de qualité, répondant à des normes strictes, tout en conservant la qualité de vie en ville. En Wallonie par contre, on a aujourd’hui des recours quasi systématiques de riverains contre les permis de bâtir, signe qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire dans le changement des mentalités. Pourtant, la densification urbaine a un sens en terme de durabilité, de mobilité et de sociabilité.

Le rôle des pouvoirs publics

Selon les experts, les pouvoirs publics ont et auront une grande responsabilité et un rôle fondamental à jouer en matière d’économie circulaire, de construction de qualité, respectueuse de l’environnement et accessible à tous. Les pouvoirs publics doivent orienter les choses via des lois, des directives, des primes et des taxes… mais également en faisant preuve d’exemplarité dans la construction et la rénovation de leurs propres bâtiments, en sensibilisant le citoyen et en investissant dans la recherche (pour développer de nouvelles technologies, nouvelles façons de concevoir…). Les experts relèvent déjà des avancées concrètes, notamment à travers ces normes devenues obligatoires et contraignantes. Ils constatent enfin qu’on ne construit plus du tout aujourd’hui comme il y a 5 ans.

Construction circulaire, bien plus que du recyclage

La suite du débat s’est orientée vers la construction circulaire. Est-elle avant tout du recyclage ? En réalité, celui-ci fait déjà partie de l’économie linéaire appliquée aujourd’hui. Dans l’économie circulaire, le recyclage n’est qu’une stratégie parmi d’autres et c’est même la dernière stratégie à mettre en place, lorsque la seule solution qui reste est de jeter les matériaux à la décharge. Mais avant cela, il y a bien d’autres stratégies à mettre en œuvre, telles que le réemploi, la réflexion sur les matériaux (et leur quantité) à utiliser… Travailler selon les principes de la construction circulaire nécessite de revoir complètement la logistique des chantiers de construction et de démolition. Et oblige également à une communication efficace et à une indispensable nécessité de travail collaboratif entre tous les acteurs de la construction. Cela ouvre de nouvelles et belles opportunités pour le secteur de la construction, telles que la digitalisation et le partage des informations ou le stockage de matériaux.

Dans les prochains jours et les prochaines semaines, vous pourrez lire sur www.architectura.be d’autres articles, abordant plus en profondeur, avec des citations des participants au débat, certaines questions cruciales relatives à la « cohabitation » entre construction et environnement.