Doorzoek volledige site
22 januari 2016 | YASMINE DEPRET

ASSAR ARCHITECTS : vers le BIM Level 3

La première réelle expérience BIM du bureau ASSAR en Belgique s’est faite en collaboration avec Ingenium sur le projet du CHIREC à Auderghem. Illustratie | ASSAR ARCHITECTS
Au démarrage du chantier de l'OTAN, l’entreprise générale hollandaise BAM a décidé de remodéliser l’entièreté du bâtiment, tous lots confondus, afin d’en assurer la parfaite coordination avant mise en œuvre. Illustratie | ASSAR ARCHITECTS
Le bâtiment W34 à Woluwé-Saint-Lambert, qui est une réaffectation de bureaux en logement, a été modélisé à partir de fichiers 2D et de relevés sur place. Illustratie | ASSAR ARCHITECTS

Didier Hoffman, architecte CAD et BIM-manager cher ASSAR ARCHITECTS à Bruxelles, qui est aussi l’auteur d’une formation Elephorm sur l’utilisation détaillée d’Autodesk Revit 2016, a bien voulu nous faire part de quelques considérations quant aux usages actuels du BIM. Le bureau dispose en effet d'une expérience déjà longue avec cette technologie.

Le BIM au sein du bureau ASSAR

Fondé en 1985 par Eric Ysebrant, le bureau compte aujourd’hui 17 associés partenaires. Ses 124 collaborateurs sont répartis sur trois localisations : Bruxelles, et aussi Liège et Luxembourg. Son marché principal reste la Belgique, et les projets concernent à la fois des immeubles de bureaux et de soins de santé, mais aussi le logement, les laboratoires, le retail et la logistique. Le bureau travaille depuis l’origine à l’aide de modèles 3D. En 1987 déjà, ASSAR créait avec le logiciel « STAR Architecture » des modèles dont on extrayait des plans, des coupes et des façades. En 2005, le bureau a décidé de passer à l’utilisation de Revit, alors que le BIM était encore une technologie naissante.

Didier Hoffman : « Bien qu’il n’y ait pas encore d’imposition légale du BIM en Belgique, ASSAR a décidé de prendre les devants en généralisant l’implémentation de Revit et du BIM à l’entièreté du bureau. Les dossiers devront à terme être produits dans Revit du début à la fin du processus. Jusqu’ici l’ancienne méthode était utilisée, à savoir l’utilisation d’Autocad et de Sketchup en phase de conception, l’emploi de Revit en phase de permis et de soumission, puis un retour vers Autocad 2D en phase chantier. Les équipes internes du bureau sont très spécialisées et il était jusqu’à présent difficile de faire changer les méthodes de travail des collaborateurs. Les designers par exemple, grands adeptes de Sketchup, devront maintenant être convaincus que l’outil Formit d’Autodesk leur fournira des possibilités équivalentes car c’est un outil qui s’intègre parfaitement dans un processus BIM. Le nuage de points est actuellement en test sur un premier dossier et la performance de la procédure s’avère remarquable. »

« Revit est employé par certains collaborateurs chez ASSAR depuis environ 10 ans et des tutoriaux adéquats et des méthodologies précises ont été créés en interne. Au niveau de l’implémentation générale du BIM, Johan Cantryn, de la société Datech, a aidé à mettre en place une méthodologie de formation progressive. »

 

Le BIM en Belgique

D. H. : « La première réelle expérience BIM du bureau ASSAR en Belgique s’est faite en collaboration avec Ingenium : le CHIREC (Centre Hospitalier Interrégional Édith Cavell) à Auderghem, est un projet qui a été élaboré en 3D de A jusqu’à Z, tant au niveau de l’HVAC qu’en matière de détection des clashes dans Navisworks. Les deux bureaux travaillant en Revit, les échanges étaient dès lors simplifiés car toute collaboration entre bureaux utilisant des logiciels différents doit se faire par l’intermédiaire d’un format d’échange. L’IFC semble pour cela le format le plus prometteur, même s’il n’est pas encore abouti et ne permet pas encore des échanges totalement transparents. »

« Dans un autre registre, le bâtiment de l’OTAN à Evere est un projet conçu en collaboration avec SOM Architects. Le permis d’urbanisme a été entièrement réalisé en Revit entre ASSAR et SOM. À l’époque, les différents bureaux techniques travaillaient en 2D. Au démarrage du chantier, l’entreprise générale hollandaise BAM a décidé de remodéliser l’entièreté du bâtiment, tous lots confondus, afin d’en assurer la parfaite coordination avant mise en œuvre. »

« Le bâtiment W34 à Woluwé-Saint-Lambert, qui est une réaffectation de bureaux en logement, a été modélisé dans sa situation existante à partir de fichiers 2D et de relevés sur place. Sur cette base, la situation projetée a été intégrée à l’aide du précieux outil de phasage de Revit. Cette procédure a permis une coordination parfaite entre les phases de démolition et reconstruction. Le gain en efficacité s’est avéré très appréciable. »

« Pourtant, il ressort de l'expérience acquise qu'une normalisation s'impose dès lors qu'une meilleure collaboration est essentielle pour un BIM plus efficace. Des groupes de travail devraient être organisés à l’échelle nationale, afin d’organiser les bibliothèques tant graphiques qu’alphanumériques et de permettre à tous les bureaux travaillant en BIM de partir des mêmes composants et des mêmes normes. Il devient également primordial que tous les fabricants fournissent les modèles BIM de leurs produits. De nombreuses bibliothèques sont déjà disponibles mais il subsiste des difficultés liées à la variabilité des produits. La créativité de l’architecte au niveau design, par exemple celui des murs rideaux, reste encore difficile à automatiser dans un logiciel de fabricant. »

 

Considérations générales sur le déploiement du BIM

D. H.: « Le déploiement de la méthode BIM a fait émerger la figure du BIM-manager. Un BIM-management efficace nécessite de pouvoir intervenir dès le départ et d’être le garant de la coordination BIM entre les différents acteurs depuis la programmation jusqu’à la livraison du bâtiment. Il faut surtout étudier comment la méthodologie pourra répondre à la demande du client. Ce sont d’ailleurs les clients qui commencent à imposer le BIM car ils se rendent compte des gains potentiels qui en découlent. Les entreprises de construction se rendent également bien compte des bénéfices possibles. Chez les ingénieurs, c’est surtout en HVAC que cela démarre car des outils de modélisation 3D étaient en général déjà utilisés pour la coordination spatiale. Les ingénieurs structure qui ont été longtemps habitués à travailler en deux dimensions auront certainement plus de mal, l’évolution vers le BIM représentant pour eux un bouleversement plus important. »

« Le modèle numérique doit surtout tendre vers une réplique fidèle du bâtiment tel qu’il sera exécuté. Les éléments sont encore trop souvent modélisés en raisonnant sur les possibilités de la 3D « informatique », alors qu’il faut avant tout penser à l’exécution réelle du bâtiment. Par contre, dans une mission BIM coordonnée avec les ingénieurs, l’architecte ne devra plus modéliser les éléments dont il n’assume pas la responsabilité contractuelle. Les différents intervenants doivent alors fournir aux autres leurs modèles, chacun travaillant dans sa propre discipline en appui sur les autres modèles utilisés comme références. »

« Au niveau de la mise en place des protocoles de collaboration, il semble que tout le monde se cherche un peu, même si l’on voit très bien vers quoi les choses doivent évoluer. Tout le monde sait également qu’il existe un BIM complet (ou BIM Level 3, i.e. lorsque tous les intervenants utilisent la même base de données depuis la programmation jusqu’à l’exploitation), mais personne ne le pratique encore. En phase de construction, cela commence pourtant à démarrer. La plupart des intervenants dans la phase d’étude et de construction du bâtiment sont dans un questionnement par rapport au BIM et, par la force des choses, dans une adoption progressive de celui-ci. »

GERELATEERDE DOSSIERS