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24 februari 2020 | MICHEL CHARLIER

Immeuble 100% en bois : qui montera le plus haut ?

Illustratie | TimberTeam
Le Grand Sarment, près de la Grand Place de Bruxelles. Illustratie | AAC (Atelier d'Architecture du Congrès)
L'immeuble de la rue Méan, dans le quartier d'Outremeuse (Liège). Illustratie | TimberTeam
Illustratie | AAC (Atelier d'Architecture du Congrès)
Illustratie | TimberTeam
Illustratie | TimberTeam

En novembre dernier, La Libre évoquait la construction en cours du plus haut immeuble en bois de Bruxelles (et peut-être même de Belgique). Il y a quelques jours, on apprenait par Today In Liège que le plus haut immeuble en bois se construisait dans la Cité Ardente et était sans doute le plus haut du Benelux. Loin des querelles de clochers, jetons un oeil sur ces deux projets.

 

Le Grand Serment (Bruxelles) s'élève sur 6 étages, L'Eco-Résidence Méan (Liège) sur 10: il n'y a donc pas photo quant au "champion de la hauteur". Mais en soi, ces chiffres et ce titre honorifique de 'plus haut bâtiment en bois du pays' ne sont pas très importants, même s'ils titillent davantage les journalistes que la fierté des architectes et des entreprises qui les construisent. Ce qui est intéressant, par contre, c'est de voir les spécificités de ces projets, leurs avantages (notamment en terme d'empreinte carbone) et les points d'attention pour construire ce type de bâtiment.

A Bruxelles

L'immeuble bruxellois, baptisé Le Grand Serment, est installé sur le site de l'ancienne fabrique Dandoy, non loin de la Grand-Place de Bruxelles. Ce bâtiment de 6 étages (27 appartements), en panneaux de bois massif lamellés-collés préfabriqués, a été construit au-dessus des anciens ateliers de production. C'est ce qui a conduit l'Atelier d'Architecture du Congrès à proposer le bois, plus léger que le béton, au maître d'ouvrage, Antoine Beernaerts, de La Clicherie bruxelloise. Celui-ci souhaitait un bâtiment complètement neutre en carbone et la construction en bois collait parfaitement à cette demande. L'estimation réalisée parle d'une consommation d'énergie nettement inférieure aux normes imposées par la Ville de Bruxelles

« Ce type de construction appliqué à un bâtiment de 6 niveaux est pour la première fois expérimenté à Bruxelles », expliquent les architectes. « Le traitement des façades côté rue exprimera le principe de construction Cross Laminated Timber, retenu pour des raisons de faisabilité économique - rapidité, coût réduit - et de légèreté. Les surfaces largement vitrées des séjours seront triangulées intérieurement et des pare-soleils, jouant également le rôle de pare-feu, moduleront l’apport de lumière. Les toitures plates seront traitées en toitures vertes ou terrasses accessibles, dans une limite garantissant l’absence de nuisances aux voisins directs. » On notera également l'installation de cloisons amovibles devant permettre une reconversion aisée des appartements et de l'immeuble, la présence de panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, une production de chaleur et d’eau chaude sanitaire centralisée et le rejet des circulations dans les escaliers extérieurs. Le bâtiment devrait accueillir ses premiers occupants cet été.

A Liège

On doit la construction de cet immeuble mixte de 10 étages, composé d'un penthouse, d'appartements 1 à 3 chambres de type passif, de bureaux et d'un rez commercial, aux sociétés TimberTeam et Reno Solutions. également actives dans la construction d'autres bâtiments du même type en province de Liège et de Namur notamment. Celle-ci utilise comme système constructif de pointe un assemblage de panneaux multicouches en bois massif (épicéa) lamellé collé. « Les couches de bois massif sont au nombre de 3, 5 ou 7, chacune épaisse de 20 à 40 mm », explique-t-on chez TimberTeam. « L’épaisseur totale du panneau dépend de la résistance qu’il doit avoir, ainsi que de la charge qu’il doit supporter. Elle peut varier de 60 à 280 mm. »

Les panneaux préfabriqués et prédécoupés sont utilisés pour toutes les parois du bâtiment : murs, planchers, plafonds, toitures, cages d’escalier, cages d’ascenseur... Sont-ils solides ? Aussi solides que du béton, explique Pierre Berryer, de TimberTeam. « Tout en étant légers - 470 kg/m3 contre 2700 kg/m3 pour le béton -, les panneaux porteurs sont robustes et ont la particularité de supporter des efforts importants simultanément dans plusieurs directions. Ils fournissent de hautes performances, notamment en matière de solidité, de stabilité et d’absence de variations dimensionelles, ayant par exemple la même dilatation que le béton tout en gardant l’aspect naturel du bois. »

Les points forts d'une construction en bois

Les avantages du système sont nombreux : matériau simple et modulaire (idéal pour la construction et la transformation), liberté architecturale, esthétique, gain de temps grâce à la préfabrication, construction totalement sèche et propre (gain de temps et diminution du gaspillage d'eau, par exemple), isolation parfaite, étanchéité à l'air, excellente acoustique et... gain de surface habitable (ce type de construction permet de réduire parfois fortement l'épaisseur des murs porteurs). Enfin, « grâce au CLT, le projet est CO2 positif. Le matériau est plus trois fois et demi plus léger et dix-huit fois plus isolant que le béton et il permet au bâtiment d'être étanche à l’air. Autre avantage, il nécessite trois fois moins de charroi pour le construire. »

Le bois n'a-t-il que des avantages ?

Mais un bâtiment en bois n'est-il pas plus sensible que d'autres au feu ou aux secousses sismiques ? Pas du tout, expliquent les spécialistes du CLT : « en cas d'incendie, le bois ne brûle pas, il se consume à raison de 46 mm par heure. La structure portante n’est pas altérée, ce qui
contribue à maintenir sa stabilité pendant un incendie. Contrairement au béton et à l’acier qui se déforment et s’effondrent, le bois garde ses spécificités mécaniques et ne se déforme pas. En de telles circonstances, les équipes d’intervention bénéficient de plus de temps pour agir dans un bâtiment en bois que dans un édifice à la structure en béton ou en acier. Le bois tient 60 à 120 minutes en cas d’incendie, soit largement assez pour l’intervention des pompiers. Et en cas de tremblement de terre, la capacité d’absorption des vibrations et des petites déformations permet de suivre les mouvements
du terrain et d’absorber chaque secousse sans écroulement. Les connecteurs entre les différents éléments structurels n’obstruent en rien cette flexibilité. » Ce n'est pas pour rien que l'on a utilisé la technique du bois massif lamellé collé pour reconstruire la ville sinistrée d'Aquilia (Italie). Liège se trouvant sur une zone d'activité sismique, les habitants des immeubles en bois peuvent désormais dormir sur leur deux oreilles...