Doorzoek volledige site
24 maart 2014 | PHILIPPE SELKE

Le bois, un matériau sous contrôle

Illustratie | K. Rabaut

Dernière partie de notre dossier de présentation de la construction bois dans la foulée du salon Bois & Habitat 2014 : Le choix du bois dans la construction peut induire de nombreuses questions pour les consommateurs. Retenons-en deux essentielles : quelles sont les essences qui conviennent pour l’usage envisagé, quelles exigences particulières nécessite la bonne mise en œuvre du matériau ?

Le bois n’est pas un matériau produit, comme le béton, l’acier ou le verre par exemple, selon des procédés contrôlés. Quelles garanties le consommateur a-t-il que le bois qu’il a choisi convient pour l’usage auquel il le réserve ? Cette question ne peut être traitée qu’en la décomposant en de multiples sous-questions : le choix de l’espèce, tout d’abord, a-t-il été judicieux ? Ses performances mécaniques sont-elles suffisantes ? S’il ne s’agit pas de bois massif mais de produits à base de bois, bois reconstitué ou lamellé-collé, les questions sont relatives aux performances du produit lui-même mais aussi au procédé de production, à la nature des différents composants, à leur éventuelle toxicité, etc.

 

 

Normalisation du matériau

Pour informer les utilisateurs sur ces points, la Filière bois s’est déjà dotée d’une très large gamme d’outils. Les normes tout d’abord, dont l’existence procède initialement de la nécessité de parler un langage commun : tel nom commercial correspond à telle espèce, telle qualité satisfait à tels critères… En évoluant, les normes ont également défini des exigences minimales pour un emploi déterminé (résistance du joint de colle du lamellé-collé, perméabilité à l’eau des châssis de fenêtre…) ainsi que des règles de contrôle de la production (performances mécaniques des panneaux à base de bois, des bois de structure…). Pour suivre le marché, les normes ont dû s’européaniser : les normes EN, produites par le Comité Européen de Normalisation, se substituent peu à peu aux normes nationales (normes NBN produites par l’Institut Belge de Normalisation).

Lorsqu’un produit à base de bois ou une application du bois ne fait pas encore l’objet de normes, sa fabrication ou son exécution peut être décrite par des documents dits « à caractère normatif » (STS, ATG…), ce qui implique une vérification régulière, par un organisme agréé, de la conformité du produit ou du système avec l’agrément publié.

Le CSTC (Centre Scientifique et Technique de la Construction) élabore en outre des notes d’information technique à l’usage des professionnels. Ce sont des publications conçues comme des codes de bonne pratique dans un domaine déterminé de la construction (parquets, menuiseries extérieures…).

Les documents à caractère normatif sont des outils très précieux pour la rédaction d’un cahier des charges. Comme les normes, ils font référence en cas de litige.

Il faut ajouter à cette gamme d’outils le marquage CE. À l’échelle européenne, la Directive Produits de Construction (DPC) exige désormais que les produits de construction permettent la réalisation d’ouvrages qui satisfont à six exigences essentielles de sécurité, de santé publique, de protection des consommateurs et de l’environnement.

Ces exigences sont traduites en critères repris dans des spécifications techniques harmonisées et sur base desquels un produit est évalué. Ces spécifications techniques sont élaborées soit par le CEN (Comité Européen de Normalisation) sous la forme de normes harmonisées européennes, soit par les organismes d’agrément membres de l’« European Organisation for Technical Approvals » sous la forme d’ETA, agréments techniques européens. La mise sur le marché ainsi que la libre circulation d’un produit ne sont autorisées que si celui-ci satisfait aux spécifications techniques harmonisées européennes.

De quoi offrir toutes les garanties de durabilité et de sécurité aux consommateurs.

 

Pour une mise en œuvre optimale

Que le bois possède des caractéristiques qui le distinguent assez nettement des autres matériaux paraît évident. Par voie de conséquence, qu’il faille, pour le mettre en œuvre, disposer de qualifications particulières est tout aussi évident. Quelles garanties le consommateur a-t-il que l’homme de métier auquel il a confié l’exécution d’un ouvrage en bois dispose bien de ces qualifications particulières ? Comment cet ouvrage se comportera-t-il à l’usage ? Comment son aspect évoluera-t-il, compte tenu notamment des finitions qui lui ont été appliquées ? Quelles doivent être, en ces matières, les exigences du maître d’ouvrage ?

Le champ d’application des « documents à caractère normatif » s’étend à la mise en œuvre. Certains sont essentiellement consacrés à la construction bois. Par ailleurs, toujours dans le domaine de la construction bois, l’offre de formations s’enrichit régulièrement à différents niveaux et le fossé qu’un vif engouement pour le bois a pu creuser entre la demande et les compétences disponibles se comble maintenant. D’autant que les professionnels eux-mêmes souhaitent se distinguer des touche-à-tout plus ou moins habiles pour valoriser leurs qualifications et leur expérience. Parmi d’autres, la formation continue « Le bois dans la construction », coordonnée par l’Université catholique de Louvain, la formation « Monteur Maisons Bois », coordonnée par le Centre de Compétence Wallonie Bois, la richesse du catalogue du Centre de Formation Bois sont autant de moteurs d’une hausse du niveau de qualification des professionnels.

Mais l’outil le plus efficace dont puisse se servir un maître d’ouvrage pour garantir la bonne mise en œuvre du bois ou des produits à base de bois reste toutefois un cahier des charges de qualité, c’est-à-dire un cahier des charges adapté à l’ouvrage et qui s’appuie sur toutes les références existantes. C’est l’architecte qui donnera, par un suivi attentif, toute sa puissance à cet outil.