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29 september 2015 | TIM JANSSENS

Table ronde : « Les concepteurs doivent veiller à la qualité de l’habitat dans les formes de logement collectives et superposées »

Dans la seconde partie de la table ronde autour de l'utilisation durable et efficace de l'espace, nous avons sondé parmi nos participants la vision du M-score de la ministre Schauvliege, les concepts d’habitat innovants et quelques conseils intéressants.
Kristine Verachtert (Politique spatiale ville de Leuven): "Ce que je me demande, c'est s'il n'est pas parfois très facile de supposer que la cohabitation peut résoudre le problème d'accessibilité financière."
Leo Van Broeck (BOGDAN & VAN BROECK): "L’architecture est une ambulance planétaire en devenir, mais on n’en est pas encore pleinement conscient (même au sein des formations)".
Paul Vermeulen (De Smet Vermeulen architecten): "Le gouvernement doit envisager la ville comme un lieu qui est inclusif - un lieu où il n'est pas seulement question d'habiter, mais aussi de travailler, faire du shopping, (re)créer, rencontrer..."

Il y a beaucoup à dire sur l’utilisation durable et efficace de l’espace. Dans la seconde partie de la table ronde que Architectura a organisée avec le VAI (Institut flamand pour l’Architecture), dans le cadre de la Journée de l’Architecture 2015, nous avons sondé parmi nos participants la vision du M-score de la ministre Schauvliege, les concepts d’habitat innovants et les conseils intéressants pour le gouvernement, les donneurs d’ordre et les concepteurs.

Comment vous positionnez-vous à l’encontre du M-score (« score de mobilité », soit le degré d’accessibilité d’un logement) que la ministre flamande de l’Environnement, de la Nature et de l’Agriculture Joke Schauvliege a récemment essayé de lancer ?

Paul Vermeulen : Très favorable. J’ai trouvé que c’était la meilleure nouvelle que nous ayons eu depuis longtemps. Nous manquons toujours d’une tradition pour réaliser des projets à grande échelle et créer des relations réciproques. Un M-score pourrait aider en cela.

Leo Van Broeck : C’est vraiment une occasion manquée, car il y a trop d’attention portée à l’énergie – nous nous fermons l’esprit. Mais la communication pourrait être meilleure. Si la ministre avait expliqué notre problème spatial et avait expliqué qu’elle voulait l’utiliser pour le solutionner progressivement (lire : sans dommages au plan), elle aurait pu créer naturellement un mouvement d’opinion – dévaluation des parcelles mal situées et réévaluation des parcelles bien situées, et redistribution du rendement de la densification sur le long terme, sans que ce soit un seuil kafkaïen supplémentaire.

Anne Malliet : Si vous devez décider quels logements sont divisibles pour le cohousing ou les habitations kangourou, vous pouvez démontrer à l’aide d’un tel M-score que votre concept est réaliste et viable. Ça serait bien aussi si on pouvait rendre clairement (visuellement ou non) combien de temps et d’argent vous économisez grâce à la bonne situation de votre logement. Je pense qu’un M-score serait de toute façon bénéfique à la qualité de notre espace, même si le concept a malheureusement fait un faux départ.

 

Quel autre concept innovant pourrait améliorer la qualité et l’accessibilité financière des logements ?

Anne Malliet : À Zurich, il y a quelques projets intéressants réalisés par des coopératives. Je pense aux blocs d’habitation déjà livrés autour de l’école de Leutschenbach, où des logements abordables sur base du coût total du cycle de vie ont été disséminés. Ce ne sont pas seulement les innovations sur plans qui sont remarquables (par exemple des cages d’escalier très ouvertes et transparentes qui stimulent le contact social réciproque), mais aussi la manière dont on s’est accommodé des données des logements. Ils offrent du logement à vie, mais pas dans le même logement à louer. Vous changez de logement lorsque votre situation familiale change. Inspirant et efficace !

Paul Vermeulen : À Gand, on parle de Community Land Trust : Le sol reste la propriété du gouvernement, mais les particuliers peuvent y faire construire. Ceci améliore l’accessibilité financière et la formation d’initiatives coopératives. Ces expériences doivent être encouragées pour qu’elles puissent à terme peser en politique.

Leo Van Broeck : La ville de Genk a par le passé déjà réalisé quelques projets où elle a convaincu les propriétaires du sol de mettre leurs terrains en commun dans une banque. Le modèle est le suivant : Il n’y a qu’une partie du terrain qui est bâtie, mais tout le monde participe au rendement de la construction. À Manhattan et Buenos Aires des projets similaires ont eu lieu auparavant. En bref : l’individuel est exclu du processus de construction et remplacé par une collectivisation bien dosée.

 

Avez-vous encore un conseil en or pour le gouvernement, les donneurs d’ordre et les concepteurs concernant l’utilisation de l’espace (durable et efficace) ? Commençons par votre conseil pour les concepteurs…

Paul Vermeulen : Mon conseil au concepteur est « Pensez urbanisme ! ». Pensez à un plus grand ensemble quand vous concevez, et pas seulement à la confection d’un objet qui est parfait uniquement pour lui-même. Voyez ce que votre bâtiment produit en dehors des limites de la parcelle. Et séjournez dans des villes inspirantes comme Zürich ou Barcelone pour expérimenter comment elles fonctionnent. Ne faîtes pas uniquement attention à leur architecture de haute technologie, mais également aux bâtiments qui y tiennent place depuis plus de cent ans.

Kristine Verachtert : Paul l’a parfaitement exprimé : Réfléchissez bien à l’identité et aux fonctions souhaitées sur un espace déterminé avant d’entamer une discussion avec le maître d’ouvrage sur le programme et le remplissage concret du projet.

Leo Van Broeck : Pour le dire avec une boutade : Pensez global avant d’agir localement. Les architectes ont besoin d’une conscience spatiale, de l’idée qu’ils sont aux commandes de l’utilisation du sol. Notre métier subit une métamorphose en raison de la prégnance croissante de la rareté. L’architecture est une ambulance planétaire en devenir, mais on n’en est pas encore pleinement conscient (même au sein des formations). L’architecture durable englobe beaucoup plus que de penser à la laine de roche et aux panneaux solaires.

Anne Malliet : Les développeurs et les architectes doivent veiller à la qualité de l’habitat dans les formes de logement superposées et collectives, car c’est une toute autre donnée qu’une habitation individuelle avec jardin. Considérez par exemple comment vos espaces de circulation peuvent stimuler les contacts sociaux à la place de prévoir froidement un ascenseur et un escalier de secours. Et étudiez les bons exemples comme les ceintures résidentielles du dix-neuvième siècle dans nos villes, considérées comme extrêmement multifonctionnelles, et qui peuvent justement pour cela accueillir une énorme diversité de modèles d’habitat et de vie. Aucune pièce n’était prédestinée à être un salon, une chambre ou une salle de bain. Ce que nous avons construit au vingtième siècle sont principalement des standards relatifs à un moment déterminé. En bref : Pensez à comment votre architecture peut donner plus d’autonomie par rapport à l’usage actuel.

Lieven Achtergael : Beaucoup a déjà été dit. Mais je voudrais encore ajouter ceci : l’attention à l’intégration de l’espace ouvert, car c’est le fil conducteur pour le développement d’une bonne ville.

 

À suivre dès la semaine prochaine...