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18 augustus 2020 | FILIP VAN DER ELST

« On se préoccupe surtout de la PEB, pas du confort »

Juste avant les congés du bâtiment, architectura.be a rassemblé (virtuellement) une série d’experts issus de différents secteurs. A première vue, certains n’ont pas grand-chose en commun entre eux, mais tous pourtant partagent le souci d’œuvrer à un climat intérieur sain. Une notion aux multiples facettes, allant de la ventilation à l’acoustique.

 

Organiser une table ronde en 2020 ne peut se faire sans tenir compte du sujet brûlant de l’année, à savoir le corona. Un virus qui aura un impact durable sur toutes les couches de la société. Le sujet de cette table ronde n’y échappe pas, les experts consultés étant d’avis que la crise sanitaire nous pousse à réfléchir autrement au concept de climat intérieur.

« Le compartimentage va gagner en importance dans la conception des bâtiments », affirme Lieven Verstaen (Daikin). « Dans les immeubles de bureaux, on fera en sorte de limiter le plus possible le flux de personnes entre différents locaux. Et dans le secteur résidentiel, la prise de conscience quant à la pureté de l’air va aller crescendo. Ces derniers mois, nous avons constaté une demande croissante pour les purificateurs d’air. »

 

Prise de conscience

En tant que spécialiste du traitement probiotique de l’air, Niko Lecluyse (Breezo) suit les évolutions de très près. « La prise de conscience qu’a entraîné le corona est pour nous inestimable. Les gens se rendent progressivement compte qu’il y a une différence entre virus et bactéries. En même temps, le corona n’est pas seul : de nombreux purificateurs d’air se concentrent sur les virus, mais il existe par exemple également des pathogènes et des moisissures. Ceux-là aussi doivent être combattus. »  

Chez IDEWE, Liesbeth Reekmans reçoit actuellement de nombreuses questions sur la qualité de l’air dans les bâtiments. « Je constate que nous assistons à un déplacement du questionnement, de l’énergie vers la santé. Mais il n’existe pas de solution miracle. Il faut procéder à une analyse sur mesure des risques dans le bâtiment, en fonction de son taux d’occupation, des installations présentes, … »

« On commence à se rendre compte qu’il n’est peut-être plus opportun à l’avenir d’entasser les travailleurs dans de grands bâtiments », lance Steffert Vanneste (Jaga). « Le corona peut être une incitation à concevoir autrement les bâtiments. »

Tout le monde n’est cependant pas encore sur la même longueur d’ondes : « Le corona est on ne peut plus actuel, mais qu’en sera-t-il quand le sujet perdra l’attention des médias ? », nuance Steven Poncelet (Renson). « Les gens ont la mémoire courte », confirme Dirk Slagmulder (Duco). « De plus, il n’existe pas de solution universelle, certainement pas en matière de ventilation. De nombreux facteurs jouent un rôle, comme les coûts de l’énergie, l’acoustique et les souhaits du client. »

 

Ventilation

Un climat intérieur agréable sans une bonne ventilation est presque impossible : les experts sont d’accord sur ce point. L’attention accordée à la ventilation est imposée par le cadre légal, explique Thomas Bockelandt (boydens engineering) : « Les exigences sont déjà très strictes. Dans les projets que nous suivons, nous ne constatons que rarement une attitude laxiste des responsables techniques. »

« On aborde la ventilation trop souvent sous l’angle de la réglementation : le niveau E est le plus important », regrette Dirk Slagmulder (Duco). « Idéalement, nous abordons la ventilation au sein d’un triangle économies d’énergie – confort – santé. La ventilation est un outil pour atteindre un climat intérieur sain et confortable, et pas seulement un facteur favorable pour votre niveau E. » Lieven Verstaen (Daikin) est du même avis : « Le client final en est encore trop peu conscient. »  

« Dans les projets de petite taille, on s’intéresse avant tout à la PEB, au détriment du confort et du climat intérieur », dit Geert Bellens (METIZ). « De très nombreux promoteurs ne prévoient même pas de place dans les projets pour les installations de ventilation. Cela reste un problème, surtout dans le secteur résidentiel », renchérit Marc Achten (Vasco).

 

Plainte concernant le confort

« Même dans les bâtiments qui sont parfaitement en ordre du point de vue légal, des plaintes apparaissent concernant le confort. La PEB impose des exigences minimales pour la ventilation, qui ne sont pas toujours suffisantes pour garantir le confort. C’est au maître d’ouvrage à relever les exigences », selon Geert Bellens (METIZ). Lieven Verstaen (Daikin) poursuit : « Cela s’explique par le fait que la réglementation PEB impose de faibles débits. Des débits plus importants pourraient solutionner le problème, mais cela fait monter les coûts. Les promoteurs doivent encore être sûrs de pouvoir vendre le bâtiment. C’est pourquoi ils se cantonnent au minimum légal, pour garder les coûts sous contrôle. »

Steven Poncelet (Renson) relève quelques bottlenecks majeurs au niveau de la ventilation. « Premièrement, l’installation qui ne se déroule pas avec tout le professionalisme requis. Ensuite, le réglage est parfois aussi un problème, surtout côté utilisateur. Enfin, l’installation de ventilation n’est pas toujours (bien) entretenue, et est même carrément coupée dans certains logements. Pour ces raisons, la ventilation doit être simple à utiliser tant pour l’installateur que pour l’utilisateur final. »

 

Manque d’intérêt

Steven Schreurs (Marge Architecten) partage cette impression : « On est face à un manque d’intérêt chez l’utilisateur final. On rencontre parfois des logements dans lesquels les grilles sont volontairement obstruées ou le système carrément coupé. » Marc Achten (Vasco) : « Cela est souvent lié à l’acoustique. Les gens coupent l’installation quand elle fait trop de bruit. Avec un appareil performant, correctement réglé, ils continueraient à ventiler. »  

L’impact de l’acoustique sur le climat intérieur ne doit pas être sous-estimé. Les experts en acoustique consultés martèlent en cœur : “Généralement, on ne se rend compte de l’importance de l’acoustique que lorsqu’on prend possession des lieux. Les problèmes ne sont alors pas insolubles, car les grilles et les appareils de ventilation peuvent parfaitement être insonorisés », affirme Walter Dox (DOX Acoustics).

« L’acoustique peut avoir un impact tout au long de l’année, contrairement aux techniques liées aux saisons », relève Astrid Van Cauwelaert (Asona). « Il est par ailleurs prouvé qu’une mauvaise acoustique a un impact sur le bien-être et la productivité des travailleurs. »