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30 september 2016 | PHILIPPE SELKE

Trop passive, la pmp ?

L'auditoire de Greenwal a à peine suffi à accueillir les 200 personnes venues écouter Philippe Bihouix, invité par pmp à l'occasion des 10 ans d'existence de l'association. Illustratie | pmp
Philippe Bihouix Illustratie | Hermance Triay - Éditions du Seuil

Pour fêter ses 10 ans d'existence, pmp a bousculé les conventions en invitant Philippe Bihouix. Sa conférence sur l'Âge des low tech fut l'occasion de donner un coup de pied dans une fourmilière très active de nos jours : les nouvelles technologies en général, et leur utilisation dans la construction à haute performance énergétique en particulier. Plus de 200 personnes ont participé à la conférence et au débat ce 29 septembre 2016 dans le nouveau bâtiment Greenwal, aux Ines près de Gembloux.

En introduisant Philippe Bihouix, les responsables de pmp se sont demandés s'ils avaient bien fait de demander à cet ingénieur-essayiste de présenter ses idées, qui vont à contre-courant d'une certaine vague verte. Mais le sens critique étant dans les gènes de l'association, ils ont pris le risque. Le public, composé de professionnels de la construction acquis à la cause passive, s'est montré plutôt ravi de ce choix. L'auditoire de Greenwal était trop petit pour accueillir tout le monde confortablement.

 

Ressources non-renouvelables et métaux rares

Philippe Bihouix s'est d'abord lancé dans une longue explication pour démontrer qu'il n'y avait en réalité pas de problèmes de ressources non-renouvelables pour les principaux minerais et le pétrole, et qu'il "suffisait" de payer de plus en plus pour l'extraction. Au fil du temps, ce sont en effet la qualité et l'accessibilité de ces ressources qui ont dramatiquement baissé, pas tant leur quantité. Il faut maintenant de plus en plus d'énergie pour aller chercher ces minerais de plus en plus profond, et leur qualité n'est plus ce qu'elle était par le passé. Par contre, on va vers une pénurie de métaux rares, de plus en plus utilisés dans les nouvelles technologies.

 

Les énergies renouvelables ne sont pas durables

L'exploitation des énergies non-renouvelables démultiplient le problème de disponibilité des métaux rares. Panneaux solaires, éoliennes, ... engloutissent des quantités de métaux rares... qui deviennent de plus en plus rares et demandent une débauche d'énergie et de technologiie (mettant à son tour en oeuvre des métaux rares) pour être exploités. Ce qui permet à Philippe Bihouix d'affirmer : « Nous n'avons pas la disponibilité métallique pour déployer les énergies renouvelables à grande échelle. »

 

L'économie circulaire marche très mal

Là où les métaux ont comme avantage sur le pétrole qu'ils peuvent à peu de choses prêt être recyclables à l'infini, il faut hélas constater qu'ils sont très peu recyclés dans la pratique en raison notamment de la "perte dispersive". Les technologies actuelles font en effet appel à des alliages de plus en plus complexes, qui diluent les métaux rares, rendant leur recyclage problématique. Pour construire des voitures qui polluent moins, on a recours à de tels alliages car on veut garder les autres paramètres (vitesse, ..) inchangés. Dans le bâtiment, on se lance dans une course à l'armement électronique (techniques, capteurs, domotique, ...) pour maintenir une température de consigne élevée. Toute cette électronique pose problème car elle est faite de nombreux métaux rares en très petites quantités.

 

Changer le paradigme de la demande

Face à cette fuite en avant technologique, qui nous mène droit dans le mur, Philippe Bihouix plaide pour une sobriété de production. « Il faudrait limiter les choses que l'on injecte dans le cycle de production-consommation ». Commençons par supprimer tout ce qui est inuutile, comme les tonnes de dépliants publicitaires qui inondent nos boîtes aux lettres chaque semaine, l'eau en bouteille, ... Dans le secteur automobile, osons aller vers la voiture qui ne roule qu'à 70 km/h et ne pèse plus que 400 kilos, pour consommer 1 litre au cent. Appliquée au bâtiment, cette sobriété passe par une réduction de la température de consigne. Celle-ci serait d'ailleurs de 17 degrés au Royaume-Uni. Il suffit de mettre un pull !

 

Construire passif ? Oui, mais...

A la question de savoir s'il apprécie la construction passive, Philippe Bihouix répond qu'elle va en effet dans le bon sens. Mais qu'il faut aller beaucoup plus loin. D'où le titre un peu provocateur de cet article. Avant de penser éco-conception (et le passif en est une expression), il faut d'abord appliquer au maximum le principe de sobriété. Changer les habitudes pour s'adapter à une température intérieure plus basse, mais aussi construire moins. Economiser des mètres carrés, notamment pour lutter contre l'artificialisation des sols. Partager des bâtiments (écoles utilisées en dehors des périodes de cours, ...) plutôt qu'en construire de nouveaux. Et priviliéger la réhabilitation par rapport à la construction neuve. Ce n'est qu'après avoir épuisé toutes ces voies que l'on peut penser à construire. Et, dans ce cas, autant construire en suivant les principes d'éco-conception. Donc, le passif, oui, mais pas comme une solution unique qui s'imposerait partout. Et surtout pas comme une révolution numérique. Les amateurs de techniques spéciales high tech en auront pris pour leur grade...

 

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin dans la réflexion, Philippe Bihouix a écrit cet ouvrage : L'Âge des low tech : Vers une civilisation techniquement soutenable (2014)                              

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