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23 mei 2018

"Et si on parlait une fois d'argent ?"

Kati Lamens, présidente de la NAV Illustratie | Bart Lasuy

Le 7 juin prochain aura lieu le Congrès des architectes organisé à Gand par la NAV, la plus importante organisation représentative des architectes dans le nord du pays. Le thème choisi pour le congrés cette année est "Une rémunération à la hauteur du travail presté". Un sujet qui est évidemment tout aussi brûlant au sud du pays. C'est pourquoi nous reprenons ici les propos de Kati Lamens, présidente de la NAV, sur les raisons qui l'ont poussée à vouloir parler d'argent.

 

Parler d'argent se passe dans notre pays toujours avec la plus grande pudeur. Qu'une fédération professionnelle organise un congrès ayant pour titre 'Une rémunération à la hauteur du travail presté', peut ressembler à une initiative kamikaze. Avant même de s'en rendre compte, on risque de se voir dénoncé sur la liste name and shame des cupides. Ce fut d'ailleurs le cas il n'y a pas si longtemps. L'Observatoire des prix a reproché aux architectes de profiter de leur monopole et du manque de concurrence pour faire grimper leurs revenus. Apparemment, cet observatoire est perché bien haut, avec la tête dans les nuages, entouré d'architectes dans des châteaux en Espagne. 

Malgré le risque de passer à nouveau pour des êtres cupides, nous souhaitons aujourd'hui parler d'argent. Pourquoi ? Pas parce que nous adorons le dieu Mammon, que nous sommes de fervents matérialistes ou que nous ambitionnons tous de devenir des clients de private banking. Mais parce qu'il n'est pas possible de développer un bureau d'architecture multidisciplinaire professionnel sans argent. Parce que, sans argent, on ne peut investir dans le talent, l'infrastructure et la formation. Parce qu'une rémunération correcte pour les prestations livrées est une forme de respect, une valeur actuellement en perte de vitesse.  Parce que l'architecture est une activité socialement importante à laquelle on ne peut pas faire appel comme cela gratuitement via un concours pour ensuite jeter négligemment les résultats à la poubelle.

L'architecte se voit confier une tâche par la société. En contrepartie, il a reçu un monopole. Ces deux aspects s'avèrent aujourd'hui une sorte de poisson à deux têtes. Conformément au proverbe, c'est par la tête que le poisson commence à se gâter, et ce n'est là pas une pensée agréable. Notre rôle sociétal et notre monopole sont discrètement étendus avec des tâches qui ne sont pas les nôtres. Outre la sécurité, la fonctionnalité, la durabilité et l'expressivité des bâtiments, nous nous voyons attribuer des responsabilités supplémentaires qui font de nous des supercontrôleurs, des superadministrateurs et, quand cela se passe mal, des superaccusés. Résultat : cela commence à puer sérieusement dans notre profession. Le plus beau métier du monde, nous en sommes persuadés, sans penser à ceux qui l'abandonnent en grand nombre.

C'est pourquoi la NAV (Netwerk Architecten Vlaanderen) organise cette année son congrès sous ce titre. Il est temps de faire le tour de la question. Quels rôles pour l'architecte aujourd'hui et demain ?  Quelle place pour le monopole ? Devons-nous plaider pour des honoraires fixes ? Comment combiner notre indépendance avec une certaine compétitivité économique ? Nous comptons sur vous pour voir plus clair dans ces questions brûlantes.