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13 juni 2018 | TIM JANSSENS

« Le secteur de l’architecture a un sérieux problème de rémunération »

Jeudi 7 juin s’est tenu à la Bourse de Commerce de Gand le quatrième Congrès des Architectes de la NAV.  Un sujet brûlant a été largement discuté, celui de la (maigre) rémunération des architectes, qui n’est généralement pas en relation avec les responsabilités assumées et les heures prestées. Cela ressort également d’une vaste enquête sur le profil socio-économique des architectes et designers, qui fut présentée par Mart Willekens de l’UGent. Certains résultats sont tout simplement choquants : « 7 % des architectes isolés ne s’en sort pas financièrement. » Comme la situation des architectes belges francophones ne diffère probablement pas de celle de leurs collègues du nord du pays (si elle n’est pas pire), nous avons jugé intéressant de publier cet article également en français.

 

Que la “rémunération à la hauteur du travail presté" soit une notion très relative pour de nombreux architectes et concepteurs, n’est d’ailleurs pas nouveau.  Bien que certains journaux aient récemment affirmé que les architectes, comme les notaires, gagnaient bien et facilement leur vie, la réalité est nettement moins rose. Certains architectes doivent en effet se débattre pour garder la tête hors de l’eau et rendre leur activité un tant soit peu rentable.  Cela ressort entre autres d’une étude récente de l’UGent sur la satisfaction professionnelle dans le secteur de l’architecture et du design.

 

Contraste entre satisfaction intrinsèque et extrinsèque

Le sociologue Mart Willekens est venu expliquer les résultats de cette étude lors du Congrès des Architectes. Lui et ses collègues chercheurs ont pu compter sur non moins de 1843 répondants et ainsi obtenir une image représentative de la situation actuelle des architectes.  « Ce qui frappe tout de suite, c’est qu’il est question chez de nombreux architectes d’une très grande satisfaction professionnelle ‘intrinsèque’. Ils sont fiers de leur discipline et estiment pouvoir apporter une réelle plus-value. 74 % dit être satisfait de la profession dans son ensemble. Cette fierté intérieure et cette passion professionnelle contrastent fortement avec la faible satisfaction ‘extrinsèque’, qui est déterminée par des facteurs comme la rémunération, la charge de travail et la perception du métier. Assez bien d’architectes (33 %) se disent insatisfaits de l’aspect créatif de leur travail parce qu’il se réduit comme peau de chagrin », explique Willekens.

 

« Pour de nombreux architectes, la rémunération n’est pas en relation avec les prestations fournies, les responsabilités assumées et les exigences requises. »

 

Points noirs

Quels sont les points noirs qui font que la satisfaction extrinsèque est assez basse ? La problématique récurrente de la fausse indépendance, par laquelle les architectes ne jouissent pas de la même protection sociale et des mêmes avantages extralégaux que les travailleurs salariés – même si leur situation au travail est en pratique souvent comparable. La charge croissante de travail et la part de ‘travail gratuit’ que les architectes doivent parfois fournir. Le déferlement d’obligations administratives, qui repoussent la partie créative sans cesse à l’arrière-plan. La perception erronée du métier chez les clients et le public, qui ne savent généralement pas ce que signifie “être architecte”. Et last but not least : la rémunération, qui n’est bien souvent pas en relation avec les responsabilités, les heures prestées et les exigences requises. « 65 % des personnes interrogées fait état d’une grande incertitude financière. 35 % des architectes isolés peut tout juste s’en sortir, 9% s’en sort grâce à des revenus complémentaires issu d’un autre travail et 7 % ne s’en sort tout simplement pas. Les chiffres sont un peu moins alarmants pour les architectes cohabitants et mariés, mais on en compte quand même 22,2 % qui s’en sort de justesse et 1,7 % qui ne s’en sort pas. Ces chiffres nous ont ouvert les yeux. En matière de rémunération, le secteur de l’architecture a un sérieux problème », a insisté Willekens.

 

Charge de travail

L’explication de cette situation n’est pas tant la rémunération en soi, mais bien la charge de travail sans cesse croissante et la part des prestations non rémunérées. « On attend énormément des architectes. Les aspects administratifs et commerciaux font aujourd’hui aussi partie de leurs tâches fixes mais ne sont pas ou peu rémunérés. Idem pour les études préliminaires », selon Willekens. « Les architectes travaillent dur : la plupart font facilement 50 heures par semaine. 65 % des répondants dit être occupé avec ‘le travail’ même pendant leur temps libre.  La rémunération perçue en contrepartie ne couvre généralement pas les prestations fournies. De nombreux architectes ont le sentiment d’être sous-payés. »  Une conclusion qui a été pleinement confirmée par un sondage chez les architectes présents au Congrès ; 60% a indiqué que la rémunération ne correspondait pas aux responsabilités, 34 % a signifié ne pas être satisfait avec sa rémunération et seulement 6% s’est dit totalement satisfait.