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06 februari 2019 | CATHERINE DE WOLF

Les pouvoirs publics et l’économie circulaire dans le bâtiment

Catherine De Wolf

Ce mardi 5 février 2019, la grande campagne Sign for my Future a été lancée. Par ce biais, de nombreuses organisations, entreprises et personnes appellent nos responsables politiques à faire du climat un enjeu majeur des prochaines élections. En tant que partenaire de cette campagne, Architectura.be souhaite mobiliser le monde de l’architecture et de la construction pour créer au sein de ce secteur également une large assise pour cette revendication. Nous le ferons notamment en publiant des opinions de professionnels sur le sujet.  Première à répondre à l'appel : Catherine De Wolf, postdoctorante à l’Ecole polytechnique de Lausanne sur la problématique de l’impact environnemental de l’économie circulaire appliquée à la construction. Vous avez également un message à faire passer au monde politique sur le lien entre construction et climat ? Contactez-nous !

 

Les statistiques démontrent que le secteur de la construction produit un tiers de tous les déchets produits en Europe et plus d’un tiers des émissions globales de gaz à effet de serre. Il est donc urgent de passer de notre économie linéaire (production, utilisation, déchets) à une économie circulaire (déchets transformés en ressources), où le réemploi permet de minimiser les impacts négatifs du secteur. Pour cela, les politiques ont un rôle crucial à jouer.

La Commission Européenne a adopté le Circular Economy Package[1] pour «renforcer la compétitivité de l'Union Européenne en protégeant les entreprises contre la rareté des ressources et la volatilité des prix, en aidant à créer de nouvelles opportunités et des modes de consommation innovants et plus efficaces». En effet, outre la réduction des déchets et des émissions, une économie circulaire dans le bâtiment permettrait également de créer des emplois. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils alors implémenter l’économie circulaire dans la construction ? Selon Allwood et Cullen[2], professeurs en ingénierie à l’Université de Cambridge, les pouvoirs publics peuvent faire beaucoup : imposer des standards et des lois ; encourager les bonnes pratiques par des subsides, des taxes et des investissements ; donner l’exemple dans les marchés publics ; sensibiliser le public par des campagnes médiatiques ; soutenir la recherche dans le domaine.

Cependant, au niveau politique, il faut faire très attention à ne pas confondre recyclage et réemploi[3]. Le recyclage est en effet une bonne alternative à la décharge, mais engendre tout de même des émissions lors du processus de fonte, broyage, etc. Toute l’énergie et la main d’œuvre investi dans un élément de construction est alors perdue. Le réemploi quant à lui implique une transformation minimale : l’élément est réutilisé tel quel pour un nouvel usage. Lorsque les réglementations mesurent les impacts en tonnage plutôt qu’en euros ou emplois générés, le recyclage est souvent privilégié au réemploi. Or, une économie circulaire vise à maximiser l’utilisation d’un produit le plus longtemps possible à sa valeur maximale.

Depuis les années 70, les démolitions se sont succédé, tandis que le réemploi a diminué drastiquement. En effet, les labels et règlementations actuels ne prennent pas en compte l’énergie grise des matériaux ni l’application des principes de l’économie circulaire. Aujourd’hui, une démolition doit se faire le plus rapidement possible, et le planning des chantiers ne laisse plus de place au démantèlement qui permettrait de réutiliser les matériaux. Aux États-Unis, une déduction fiscale est possible pour les biens donnés à une entreprise sociale[4], ce qui a boosté les filières du réemploi. Une mesure similaire en Belgique pourrait donc compenser la différence de coût entre un démantèlement et une démolition.

Ceci démontre que des mesures politiques sont essentielles afin de diminuer les déchets et les émissions liés la construction.

 

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[1] European Commission, “Closing the loop: Commission adopts ambitious new Circular Economy Package to boost competitiveness, create jobs and generate sustainable growth”, Press release, http://europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6203_en.htm

[2] Allwood, J., Cullen, J. (2012) Sustainable Materials with Both Eyes Open, http://www.withbotheyesopen.com/pdftransponder.php?c=100

[3] Ghyoot, M., Devlieger, L., BIlliet, L., Warnier, A. (2017) “Déconstruction et réemploi" Presses polytechniques et universitaires romandes

[4] NAHB research center (2000) A guide to Deconstruction, US Department of Housing and Urban Development, Office of Policy Development and Research

 

En tant que partenaire de Sign for my Future, architectura.be publiera régulièrement des opinions dans lesquelles architectes, ingénieurs et autres professionnels de la construction plaident pour une politique climatique plus performante.  

Souhaitez-vous également exprimer votre opinion ? Contactez-nous via info@architectura.be ou au 011 56 19 50  et nous vous communiquerons les conseils à suivre pour une publication dans cette rubrique.

Bien sûr, n'oubliez pas de signer vous-même pour le climat et notre avenir. Vous ferez ainsi savoir aux prochains gouvernements que vous êtes demandeur d'une politique climatique sérieuse.