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26 mei 2020

Épuration de l'eau : le traitement individuel à la loupe

Installation d’un IEI. Illustratie | Tubobel Aqua
Illustratie | O Beton
Illustratie | O Beton

Les habitations qui ne peuvent pas être raccordées au réseau d'égouttage disposent de leur propre installation de traitement des eaux usées. Ce traitement est réalisé grâce à une IEI, ou installation d'épuration individuelle. Utilisé depuis 15 ans, ce système permet de purifier les eaux usées domestiques de façon à respecter les normes applicables en matière de rejet dans les eaux de surface. Il était donc grand temps de faire le point sur cette technologie. C'est ce que BETON a fait avec Jan Lauwers et Marino Moons. Jan Lauwers travaille chez O Beton et est également président de FEBEO, le groupement créé au sein de la FEBE qui représente les constructeurs de produits destinés à l'épuration des eaux. Marino Moons, pour sa part, est senior expert dans le domaine de la gestion des réseaux d'égouts chez FLUVIUS. Il préside à ce titre le groupe de travail 4 de la plate-forme de concertation VLARIO, un groupe qui se concentre tout spécialement sur les IEI. Nous aurions difficilement pu trouver de meilleurs interlocuteurs.

 

BETON: Pourquoi les IEI sont-elles apparues il y a une quinzaine d'années?

Marino Moons: « Les IEI ont fait leur apparition il y a une quinzaine d'années en même temps que les premiers plans de zonage, des plans détaillés indiquant la manière dont les eaux usées des habitations étaient (ou devaient être) traitées. Ces plans précisaient qu'à défaut d'installation d'un système d'égout dans les cinq ans, le propriétaire d'une nouvelle habitation devrait assurer lui-même le traitement de ses eaux usées. Dans la version remaniée des plans datant de 2008, une distinction a ensuite été faite entre « jamais d'égouts » et « des égouts peut-être un jour. » En d'autres termes, le propriétaire d'une habitation neuve ne devait faire installer une IEI qu'au cas où celle-ci ne devait jamais être raccordée à l'égout. C'était la VMM (la Vlaamse Milieumaatschappij, ndlr) qui décidait du moment où l'IEI devrait effectivement être installée. En fait, les nouveaux plans de zonage ont apporté une plus grande sécurité juridique au citoyen. »

BETON: Qu'est-ce qu'une IEI et où l'utilise-t-on?

Jan Lauwers : « Dans les zones périphériques, où aucune épuration collective des eaux n'est installée, on peut recourir à deux systèmes différents de traitement des eaux usées domestiques. Il existe d'une part les installations individuelles, ou IEI en abrégé, qui collectent les eaux usées principalement des habitations privées. Si par contre le bâtiment rejette un volume plus important d'eaux usées domestiques, comme c'est le cas des grands projets résidentiels ou des immeubles de bureaux, on adopte alors une microstation d'épuration, ou SEI. Nous nous situons ici à une échelle bien différente de celle du réseau d'égouts. Alors que pour les gestionnaires de réseaux d'égouts, un système de traitement des eaux de 500 EH (équivalent habitant) représente plutôt un petit système, une microstation d'épuration équivalente constitue par contre une grande installation pour les fabricants de produits en béton. L'EH des SEI est généralement compris entre 20 et 100. Mais le principe de fonctionnement de ces systèmes est similaire. »

Marino Moons : « En principe, une IEI sera placée pour chaque maison neuve où il est certain qu'aucun égout public ne sera construit à l'avenir. On utilise pour cela la règle des 250 m. En d'autres termes, si le chantier se trouve à plus de 250 m du réseau d'égouts, il faut une IEI. Si cette distance est moindre, on choisit alors de relier le nouveau bâtiment au réseau d'égouts, éventuellement via une station de pompage et une conduite sous pression. Si plusieurs habitations peuvent être raccordées à une station de pompage, cette limite de 250 m augmente proportionnelle­ment. Les coûts peuvent en effet être partagés dans ce cas de figure. La même règle s'applique pour l'octroi d'un permis d'urbanisme pour la rénovation d'habitations existantes en zone périphérique. Cette règle existe depuis 2007 déjà. Nous essayons cependant d'éviter de brancher deux ou plusieurs maisons sur une seule IEI, car il existe un risque de litige quand il faut trouver qui est le pollueur en cas de rejet interdit (comme de la graisse ou de l'huile de friture) dans l'IEI. »

BETON: Comment les eaux usées sont-elles traitées dans les IEI et les SEI?

Jan Lauwers : « On distingue trois étapes principales : le prétraitement, l'aération et la post-sédimentation. La première phase est la décantation des eaux usées. Un certain volume est nécessaire pour cela. Cette phase est en fait comparable à ce qui se passe dans une fosse septique. Cependant quand il s'agit ici de la seule fonction de la fosse septique, ce n'est que le début de ce qui se passe dans une IEI. La phase suivante consiste en une épuration biologique aérobie par injection d'air dans les eaux usées. Celle-ci peut être continue ou séquentielle, en fonction de la technologie choisie. La troisième étape est la post-sédimentation, après quoi les eaux purifiées peuvent être rejetées. Cette post-sédimentation est nécessaire pour éliminer de l'eau les boues obtenues pendant le processus de traitement. (Voir également l'encadré relatif au fonctionnement de l'IEI). »

BETON: Et pour l'entretien? Nécessite-t-il beaucoup de main-d'œuvre? Est-il coûteux?

Jan Lauwers: « L'entretien est en fait double. Il faut d'une part éliminer la boue. Comme une fosse septique, l'IEI arrête des matières solides. La fréquence de vidange requise dépend du mode de vie des résidents et de la taille de l'installation. Il est d'ailleurs conseillé d'installer aussi une fosse septique près de l'IEI. Cela permet de stocker plus de boue. Outre l'élimination régulière de la boue, il faut évidemment aussi entretenir les dispositifs techniques d'aération, une opération qui sera de préférence confiée au fournisseur de cette technologie. Cet entretien est strictement contrôlé en Wallonie, à tel point qu'on aimerait le voir confié aux intercommunales. »

Marino Moons : « L'entretien est évidemment très important. FLUVIUS offre la possibilité de commander une IEI au prix d'un raccordement normal à l'égout. Nous demandons toutefois que le citoyen installe toujours un décanteur ou une fosse septique d'une capacité d'au moins 3.000 l, comme mesure de sécurité supplémentaire pour garantir le bon fonctionnement de l'IEI, même en cas de rejet interdit. Bien entendu, le propriétaire doit ensuite payer comme tout le monde sa taxe annuelle d'assainissement. FLUVIUS gère alors entièrement l'IEI. En d'autres termes, nous organisons et supervisons à la fois l'installation et l'entretien. Cela évite pas mal de tracas au citoyen concerné. Ce «  tout compris » n'est malheureusement pas une obligation générale et le citoyen peut gérer lui-même l'installation et l'entretien, évitant alors de payer la taxe d'assainissement. Chez VLARIO aussi, nous estimons que cet entretien est très important. Pour avoir la certitude que les IEI sont elles aussi bien placées et entretenues, nous souhaiterions voir entrer en vigueur une règlementation générale confiant la gestion des IEI à une intercommunale. Un règlement de police en ce sens a déjà été adopté à Zemst, une commune de Flandre, il n'est désormais plus autorisé de placer une IEI de son propre chef. »

BETON: Quel rôle le fabricant de produits en béton préfabriqué est-il appelé à jouer?

Jan Lauwers: « Des installations de ce type s'inscrivent parfaitement dans le marché que nous desservons. Les volumes des IEI correspondent très bien aux volumes standard usités dans le secteur des citernes d'eau de pluie en béton préfabriqué, ce qui nous permet de produire très efficacement. Nous parlons ici de volumes compris entre 7 et 20 m3. Nous réalisons la construction préfabriquée et y installons ensuite la technologie de traitement des eaux, qui, logiquement, n'est pas en béton préfabriqué. La technologie rendant possible la triple action de l'IEI a été développée par le préfabricant lui-même ou achetée auprès d'un spécialiste du traitement des eaux usées. Cette technologie est intégrée dans le produit en usine, dans des conditions contrôlées. Il suffit alors d'effectuer le raccordement aux conduites d'évacuation sur le chantier. »

BETON: Quel est l'avantage des IEI en béton préfabriqué par rapport à d'autres matériaux?

Marino Moons: « Quand le client demande une IEI à FLUVIUS, le type d'IEI à placer dépend du résultat de l'appel d'offres public. L'IEI peut être soit en béton, soit en matière plastique. Il va de soi que le bon fonctionnement de l'IEI doit être garanti quelles que soient les circonstances. »

Jan Lauwers : « Le principal avantage du béton est son installation facile. Toutes les entreprises de terrassement installant des citernes d'eau de pluie sont à même d'installer des IEI. En outre, la stabilité de l'installation est garantie par la construction en béton et non par la qualité du remblai. En raison de son propre poids, une cuve en béton ne remonte pas. »

BETON: Et l'avenir? Comment s'annonce-t-il?

Marino Moons : « Nous pensons qu'à l'avenir, le nombre d'IEI nécessaires ne cessera d'augmenter. Je parlais tout à l'heure de la règle des 250 m. 
Les expériences recueillies avec les IEI depuis toutes ces années sont positives, et on songe désormais à en faire une règle des 100 m dans les nouveaux plans de zonage. Ce qui signifie qu'un nombre croissant de rénovations ou de constructions neuves auront besoin d'une IEI. Pour l'ensemble de la zone couverte par FLUVIUS, nous estimons ce chiffre à environ un millier d'IEI d'ici à 2027. » (RP) l

Dans les prochains numéros de BETON, nous allons examiner plus en détail l'évolution des IEI. En attendant, si vous avez des questions pratiques sur les IEI et le traitement de l'eau, vous pouvez toujours contacter Raf Pillaert, conseiller de la FEBE, raf.pillaert@febe.be.

 

Une IEI, comment ça marche ?

Des processus à la fois physiques, chimiques et biologiques se déroulent dans les systèmes de traitement individuel des eaux usées. Les réactions biologiques sont en fait les mêmes que celles qui se produisent dans la nature. De petits organismes vivants utilisent les substances contenues dans les eaux usées pour se nourrir. Créer des conditions dans lesquelles les organismes sont stimulés permet d'augmenter de 90 % l'efficacité de purification d'une IEI.

Le processus de purification dans les IEI et SEI passe par trois étapes :

•  le prétraitement (ou purification primaire) permet d'éliminer les particules grossières en suspension dans les eaux usées pour éviter qu'elles n'engendrent des problèmes lors du traitement ultérieur. Ces particules lourdes se déposent au fond de la cuve par gravité, tandis que les particules plus légères flottent.

•  l'épuration biologique (ou purification secondaire). Lors de cette étape, la charge polluante organique et les nutriments des eaux usées sont transformés en composants moins nocifs pour l'environnement. Ce processus de purification peut se dérouler en une ou plusieurs étapes, au cours desquelles différentes techniques peuvent être combinées. Ce principe est également appliqué dans la nature par les bactéries qui vivent dans l'eau.

•  le post-traitement. Pendant cette troisième étape, les substances en suspension et les bactéries mortes qui se trouvent dans les eaux usées purifiées sont séparées de l'effluent purifié, par exemple au moyen d'une cuve de décantation secondaire. Les solides qui se déposent au fond sont stockés sous forme de boue, qui est éliminée lors de l'entretien ou recyclée vers les étapes précédentes.

(SOURCE : Vlario)

 

Cet article est paru dans la Revue BETON n°247 de la FEBE.

 

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