Doorzoek volledige site
13 maart 2019 | MICHEL CHARLIER

Stop au béton et à l’urbanisation : utopie ou réalité ?

Illustratie | Pixabay
Aubry Lefèbvre (Thomas & Piron Bâtiment)
Alain Wouters (Art & Build Architect)
Jean-Christophe Vanderhaegen (Confédération Construction Bruxelles-Capitale)

De facto à l’œuvre à Bruxelles, prévu pour 2040 en Flandre et pour 2050 en Wallonie, le ‘Stop au béton’, auquel certains préfèrent le terme de ‘Stop à l’urbanisation’, va considérablement changer la façon de construire actuelle en Belgique. Mais au-delà des effets d’annonce, comment cette mesure sera-t-elle mise concrètement en œuvre ? Et, si elle s’avère être une idée salutaire pour des tas de bonnes raisons, deviendra-t-elle une réalité… ou devra-t-on la ranger dans le tiroir des utopies ?  

En quelques mots, le ‘Stop au béton’ équivaut à arrêter l’étalement urbain le long des grands routes et axes de circulation, et à ne plus pouvoir construire que sur des terrains déjà artificialisés (tels que des friches industrielles). Cela va de pair avec une densification des centres urbains, une démolition des bâtiments proches de l’insalubrité faisant place à des bâtiments correspondant aux nouvelles normes. Dans le Brabant wallon, plusieurs communes ont récemment adopté un schéma de développement communal afin de mieux maîtriser l’urbanisation galopante qui les atteint. A Waterloo par exemple, plus question de nouveaux logements, priorité à la rénovation. Une décision davantage motivée par la saturation actuelle de plusieurs quartiers en trafic automobile (en transit ou des nouveaux résidents) que par l’envie d’être pionnier dans le ‘Stop au béton’, mais une décision qui s’inscrit néanmoins dans la bonne gouvernance en matière d’urbanisation et de construction. Lors de la table ronde-débat organisée à Batibouw le 21 février dernier, différents intervenants se sont exprimés sur ce sujet.

 

Architectura : « 2050, cela paraît lointain, mais peut-être pas tant que cela lorsqu’on sait le temps – en moyenne 10 ans - que met un projet pour être conçu, développé et réalisé. Aubry Lefèbvre, quelle est la position du promoteur par rapport à ce ‘stop au béton’ et comment s’y prépare-t-on ? »

Aubry Lefèbvre (administrateur délégué Thomas & Piron Bâtiment) : «  Nous considérons cela comme une évolution tout à fait normale et indispensable plutôt que comme une menace. Il est vrai que le step de 2050 semble assez loin, mais il y a quand même un step intermédiaire en 2025. En 2025, on parle quand même de 50% de réduction de la surface artificialisée. Il faut donc s’y préparer dès maintenant car c’est impactant pour nous vu la durée des projets immobiliers. Aujourd’hui, le problème c’est que les zones dans lesquelles on aura encore le droit d’urbaniser n’ont pas encore été réellement définies. Et donc, lorsqu’on cherche à acquérir des terrains aujourd’hui, avec cette première échéance de 2025, c’est assez risqué. Et le promoteur n’apprécie que modérément ce risque, cette incertitude. »

 

Architectura : « Le ‘Stop au béton’ a donc été lancé, mais sans plus de détails ? A-t-on une vue claire sur le moment où la situation va pouvoir se clarifier ? »

Aubry Lefèbvre : « Non. L’idée a été lancée dans une période proche des élections, mais personne ne sait encore quand tout cela sera officiel, avec les mesures transitoires nécessaires. En Flandre, la loi est passée de façon très claire, mais les mises en application pratiques et les mesures d’accompagnement et de transition restent floues et problématiques. En ce qui concerne la Wallonie, il faudra vraiment disposer de mesures bien définies afin de voir vers où nous allons. »

 

Architectura : « Une enquête très récente révèle un certain paradoxe dans l’esprit des Belges. En effet, 1 Belge sur 3 juge irresponsable de construire une nouvelle maison, 4 Belges sur 10 sont d’accord pour vivre dans un espace plus petit… mais la maison de rêve pour la majorité d’entre eux est une villa 4 façades à la campagne. Est-ce vraiment compatible avec un ‘Stop au béton’ et une densification urbaine ? »

Aubry Lefèbvre : « La transition doit absolument s’accompagner d’un changement de mentalité des particuliers, de l’acceptation d’un changement de mode de vie. Et à partir du moment où on ne construit plus dans certaines zones, il faut aussi accepter la densification par ailleurs. Aujourd’hui, alors même qu’on ne parle pas encore d’impact de la densification, nous sommes déjà confrontés à des recours quasi systématiques pour tous les permis de bâtir des immeubles à appartements dans les villes et les noyaux d’habitat des villages. Que se passera-t-il en 2025, lorsqu’on obligera les communes à densifier des lieux où, aujourd’hui, les riverains bloquent et retardent les projets, soutenus… par ces mêmes communes dont ils sont les électeurs ? »

Alain Wouters (Architecte – Bureau Art & Build) : « Il est certain qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour sensibiliser les gens et leur faire prendre conscience de l’importance des enjeux. Le ‘stop à l’urbanisation’ devient absolument indispensable face aux enjeux climatiques et financiers. Mais il est clair qu’il y a d’importantes mesures de transition à prendre. Les pouvoirs publics doivent absolument s’attaquer à ces problèmes, si nous voulons une concrétisation de cette désurbanisation et de cette densification des centres urbains, voire péri-urbains et des zones industrielles. Il y a énormément de potentiel de terrains déjà urbanisés susceptibles de faire l’objet de projets en Wallonie à l’heure actuelle. Les conditions ne sont probablement pas aujourd’hui toutes rencontrées en raison des coûts liés, par exemple, à la dépollution des sols industriels. Ce sont des sujets très complexes ayant parfois des conséquences financières parfois importantes sur les projets, mais c’est la voie indispensable à prendre pour espérer rencontrer les objectifs de réduction. Cela permettra de préserver également l’autre pendant de la « ville », l’espace libre qui sert à la biodiversité, aux loisirs, aux forêts, à l’agriculture. »

 

Architectura : « Obliger tout le monde à venir vivre en ville est difficile… et a aussi des conséquences sur la fluidité du trafic… On voit apparaître des idées pour rendre la ville plus vivable, par exemple avec la végétalisation de toitures et de façades ou la création de jardins partagés. Quel est votre sentiment par rapport à cela ? »

Alain Wouters : « Je suis assez optimiste, car de nombreuses personnes font preuve d’imagination créative. Lorsqu’on voit ce qui se réalise aujourd’hui et le potentiel que cela représente, c’est possible et probablement moins difficile que de trouver des modalités de compensation entre celui qui possède un terrain urbanisable aujourd’hui dans les plans de secteurs et qui sera déclaré un jour non-urbanisable. Il faut de l’imagination, de la créativité, de l’audace. Il y a de nombreux exemples à Bruxelles et dans d’autres villes européennes, d’amélioration des conditions de vie dans les bâtiments et autour des bâtiments, on est dans la bonne direction. »

Une idée confortée par l’un des spectateurs du débat, Xavier Potvin (Expert pédagogique chez FormaForm) : « Technologiquement parlant, il n’y a plus vraiment de limite. La ville peut désormais se développer de façon plus ouverte, cela donne de belles impulsions à la créativité des architectes et des candidats bâtisseurs. »

Jean-Christophe Vanderhaegen (Directeur général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale) : « En matière de densification, la Région de Bruxelles-Capitale est pionnière depuis quelques années, en raison des changements démographiques et de l’augmentation constante de la population. La fonction forte de la Région, en 1994, c’était le bureau ; aujourd’hui, c’est le logement. Il y a une pression démographique quantitative, qui fait que l’on doit construire davantage de logements. Mais elle est également qualitative car il y a de plus en plus de grandes familles et de personnes âgées… Nous avons donc à la fois besoin d’un ‘stop au béton’ et d’une densification urbaine, mais il doit aussi y avoir de la qualité dans ce que nous construisons. Il faut examiner chaque projet en tenant compte de cette évolution et prévoir des habitats adaptables et accessibles à tous financièrement. Il faut donc également réfléchir à la qualité de vie en ville et prendre des initiatives pour accompagner qualitativement le développement des projets, notamment via la verdurisation. »

 

Prochain article consacré à la construction durable et au rôle des pouvoirs publics : « Il faut combiner gilets verts et gilets jaunes ! »