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26 maart 2019 | MICHEL CHARLIER

Allons enfants de l’architecture, La Marseillaise est arrivée !

Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel - JCA
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel
Illustratie | Ateliers Jean Nouvel

Jean Nouvel a tout récemment livré une tour de bureaux de 135 m de haut (38 000 m2 - 31 niveaux) en plein cœur de la cité phocéenne qu’il aime tant. La Marseillaise – c’est son nom – est rapidement devenue le nouvel emblème architectural de la ville, face à la mer.

 

Le projet a débuté au début des années 2000, c’est également une histoire d’amitié et de collaboration professionnelle entre les Ateliers Jean Nouvel et le maître d’ouvrage Constructa.

Les sœurs gratte-ciels

Jean Nouvel définit ainsi sa dernière conception : « « C’est pour éviter de trop s’étendre, pour limiter les transports quotidiens, que les grandes villes intègrent des tours près de leurs centres. Elles utilisent les infrastructures de dessertes et les transports existants et on découvre alors naturellement qu’elles sont durables et urbaines dans tous les sens de ces deux mots. Ce constat explique la naissance, en bordure de la mer, d’une famille aux hautes silhouettes constituée par des tours différenciées. L’aînée est repérable depuis quelques années déjà, Zaha Hadid l’a conçue pour CMA CGM. Dans son sillage, trois autres silhouettes se profilent, celles de la benjamine et de la cadette dessinées par Jean-Baptiste Piétri et Yves Lion offrent des appartements ‘pleine-belle-vue-sur-mer’. La grande sœur, la troisième, a pour ambition, elle, de faire travailler dans le ciel phocéen. Mon rôle est paraît-il de la doter d’un beau patrimoine génétique ! Les tours, tout autour de la terre, se ressemblent trop. Elles paraissent souvent interchangeables et pourraient exister n’importe où. Elles qualifient trop rarement leur ville. Elles sont hautes mais anonymes. Parallélépipèdes lisses, elles réfléchissent beaucoup derrière leurs murs rideaux trop brillants. »

Une tour singulière et… tricolore

Nouvel propose alors une tour singulière. Elle a pour ambition « d’appartenir clairement à l’épaisseur de l’air marin méditerranéen ». Elle affiche ses désirs de jouer avec le soleil, de dessiner des ombres dans le ciel, mais des ombres légères, des géométries simples pour engendrer des jeux mathématiques complexes. Toujours, chez l’architecte, ce jeu et ce mélange caractéristique de simplicité et complexité...

Dès le départ donc, Jean Nouvel imagine une tour en couleurs, et plus particulièrement dans les trois couleurs de la cocarde : « Lumières et couleurs sont interférentes et si La Marseillaise est bien bleu-blanc-rouge,  elle remplacera le bleu France par le bleu ciel, le blanc royal par le blanc impur de l’horizon ou du rare nuage, le rouge sang par les rouges ocre et brique présents sur les toitures et les murs environnants. » Un choix qui fait de La Marseillaise une tour visible, où que l’on soit dans la ville, mais sans être pour autant ostentatoire.

Une peau travaillée dans l’épaisseur

La peau du bâtiment est travaillée dans l'épaisseur, laissant la vue filer vers la ville et la Méditerranée. Les traditionnels murs-rideaux sont en effet remplacés par une peau en béton, épaisse et colorée. Jean Nouvel précise son choix : « La Marseillaise est en béton, mais c’est en béton désarmé – béton allégé, béton de fibres – légère comme un dessin d’architecture inachevé. Celui que l’on peut voir sur les écrans d’ordinateur avec uniquement des traits, des fils… C’est le travail d’un architecte un peu insouciant qui ne saurait comment terminer la chose ! »

Brise-soleil en béton fibré
Les espaces intérieurs sont protégés du soleil par pas moins de 3 860 brise-soleil préfabriqués, en béton fibré ultra-hautes performances (BFUP). C'est la première fois que le BFUP est utilisé en support de menuiseries. Ces éléments, tant verticaux qu’horizontaux assurent le hors d'eau et le hors d'air, et reçoivent directement les châssis en aluminium des vitrages. En large débord sur les façades, ce sont ces brise-soleil qui donnent leurs couleurs aux 4 façades du bâtiment : 30 teintes de bleu, de blanc et de rouge. La trame de la façade se prolonge à l'intérieur grâce à des plafonds colorés et prend ainsi le dessus sur les vitrages clairs. L’épaisseur peu habituelle des façades fait quasiment disparaître la limite entre intérieur et extérieur. A ce sujet, Jean Nouvel parle de « sentiment d’appartenir à l’atmosphère, d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur… À l’intérieur dans les brumes, dans la pluie ou dans la nuit un peu troublée… À l’extérieur quand le verre disparaît et qu’il ne reste qu’une trame mathématique ponctuée de tirets d’ombres et de lumières, les brise-soleil se confondant avec le plafond, les mêmes couleurs passant du dedans au dehors pour mieux brouiller, gommer la limite physique transparente des verres. »

Recours à la thalassothermie

La Marseillaise est la première tour de bureaux à recourir à la thalassothermie. Cette technique, déjà fortement utilisée en principauté de Monaco par exemple, permet aux bureaux et autres locaux d’être climatisés grâce à l’énergie thermique provenant de la mer toute proche, ce qui a pour effet de réduire les gaz à effet de serre de 70 %. Un bâtiment qui se singularise donc aussi par de belles performances environnementales.

Quelques semaines à peine après sa mise en service, La Marseillaise a remporté le premier prix dans la catégorie 'Lieux d’activités' à l’Equerre d’argent 2018.