L’abri anti-aérien de Liège : focus sur cette réhabilitation technique exceptionnelle

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Sous les anciens Bains de la Sauvenière, aujourd’hui Cité Miroir, se cache un vestige unique de la Seconde Guerre mondiale. L’abri anti-aérien, composé de six alcôves interconnectées, a ouvert ses portes au public cet été. Une restauration minutieuse a été nécessaire pour surmonter des défis techniques sans précédent. Ce projet, confié au bureau Triangle Architectes, illustre comment l’ingénierie moderne a su préserver un patrimoine historique tout en l’adaptant aux exigences contemporaines.

Une architecture conçue dans l’urgence

À l’origine, les plans des Bains et Thermes de la Sauvenière, dessinés en 1935, ne prévoyaient aucun abri. Face à la menace croissante des raids aériens, la Ville de Liège a imposé son ajout en 1938. L’abri doit alors être intégré à la structure existante. Résultat : des colonnes disposées de manière chaotique au sein des alcôves. Les parois sont renforcées à 50 cm pour les murs et 65 cm pour les dalles de sol, contre 20 cm habituellement. Cette conception en urgence a donné naissance à un espace unique pour résister aux bombardements, composés de 6 alcôves en forme d’ogive autonomes, classé au Patrimoine wallon.

Désamiantage et gestion des eaux : les obstacles majeurs

La réhabilitation a dû relever deux défis de taille. D’une part, l’amiante, présente partout : système de ventilation, sols, parois murales,... En 2010, le sous-sol doit alors être confiné pour débuter les travaux de désamiantage. En 2025, c’est aux les gaines technique d’être ciblées par les équipes de désamiantage. Ce réseau de gaines est un des aspects techniques qui fait de cet abri, une infrastructure remarquable classée. Ces gaines ont été démontées, reconstruites à l’identique, sans amiante. 

D’autre part, la proximité immédiate de la nappe phréatique, située à 20 centimètres seulement sous le sol de l’abri, provoquait des inondations récurrentes qui ont fortement impactée les sols de l’abri. Pour y remédier, des puisards ont dû être crées ainsi qu’un caniveau périphérique en tôle, canalisant l’eau vers des puisards et garantissant une étanchéité durable.

Allier préservation et innovation

Les portes métalliques d’origine, restaurées et repeintes, conservent leur rôle de semi-étanchéité à l’air et aux gaz pour séparer chacune des alcôves..Les inscriptions historiques, comme "Défense de fumer" ou "Restez calmes", ont été reproduites avec précision grâce à des relevés photographiques. Pour moderniser l’espace, trois alcôves ont été fidèlement restaurées, tandis que les autres intègrent désormais des projections immersives à 360°. Ces installations retracent l’évolution des conflits et leurs impacts sur les populations civiles, offrant une expérience à la fois éducative et émouvante.

L’isolation acoustique a également été amélioré par le placement d’un enduis acoustique en matelas de laine minéral. Cet ajout permet de conserver l’aspect plafonnage tout en augmentant les performances acoustiques.

Un devoir de mémoire

Porté par un financement conjoint de la Wallonie, de l’AWAP et de la Loterie Nationale, ce projet de réhabilitation dépasse la simple préservation patrimoniale. L’abri anti-aérien de la Cité Miroir est désormais un lieu de transmission, où l’ingéniosité technique sert une cause bien plus vaste : rappeler le sort des civils en temps de guerre. Aujourd’hui encore, comme au Moyen-Orient, les populations paient le prix des conflits. Le devoir de mémoire, à travers des expériences immersives, devient alors un outil pour éclairer le présent et éviter les erreurs du passé.

Source Triangle Architectes

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