Un joyau moderniste à l’histoire entrelacée : la rénovation de De Singel à Anvers

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Le site artistique De Singel, à Anvers, est un symbole du modernisme architectural belge, fruit d’une histoire complexe s’étalant sur plus d’un siècle. La dernière phase de rénovation par BEEL architecture, clôturée en 2005, est l’occasion de refaire l’historique du lieu. 

En 1958, l’architecte Léon Stynen est chargé par le ministère des Travaux publics de concevoir un complexe pour le Conservatoire d’Anvers, prolongement de l’Antwerpsche Vlaamsche Muziekschool. La première pierre est posée en 1964, et la première section, achevée en 1968, prend la forme d’un pavillon en huit ouvert, organisé autour de deux jardins intérieurs. Entre 1973 et 1987, les lieux seront amenés à évoluer : intégration d’une chaine radio, la BRT 2 Omroep Antwerpen, du centre culturel et une extension du conservatoire.

L’arrivée de Stéphane Beel 

En 1989, De Singel accueille une exposition des travaux du jeune architecte Stéphane Beel. Ce dernier, déjà marqué par l’œuvre de Stynen, conçoit la même année les « portes aux patates », ces portes en verre ornées d’ovales caractéristiques, reprenant les motifs des fenêtres de Stynen. En 1990, en tant que commissaire d’une exposition rétrospective sur l’œuvre de Léon Stynen, Beel confirme son attachement à ce bâtiment emblématique.

C’est donc tout naturellement qu’en 1995, Stéphane Beel est invité à mener une étude approfondie sur les besoins et les possibilités du complexe, ainsi qu’à élaborer un Masterplan pour sa réorganisation et son extension afin de répondre aux ambitions futures du campus artistique, tout en respectant l’héritage de Stynen. La première phase est réalisée en 2000 : elle inclut l’ajout d’un nouvel axe de circulation, l’agrandissement des loges d’artistes, l’extension du plateau de la Salle Rouge et l’aménagement d’un foyer des artistes plus spacieux et lumineux.

En 2002, le ministre de la Culture de l’époque, Bert Anciaux, confie à Beel la seconde phase du projet, qui y intègre l’école supérieure Hogeschool Antwerpen. Cette étape s’achève en 2010. L’extension conçue par Beel reflète la genèse complexe du bâtiment : le contexte trouvé, après près de quatre décennies, est radicalement différent de l’original. Les programmes de construction successifs, tant ceux de Stynen que la première extension de Beel, ainsi que la croissance des institutions hébergées, ont profondément transformé le programme initial, initialement assez simple, de De Singel.

Le volume nécessaire pour accueillir des studios de répétition, des espaces d’exposition, des bureaux et un restaurant met à l’épreuve les limites du site. Surtout, le paysage bucolique initialement prévu pour De Singel a disparu, remplacé par une rocade à six voies et une ligne de chemin de fer adjacente. La vue depuis la terrasse offre désormais un panorama témoignant de la position d’Anvers comme centre logistique mondial, bien loin des prairies verdoyantes.

La réponse de Beel à ce contexte est à la hauteur du défi. Une grande partie du nouveau programme est logée dans une boîte en bois suspendue au-dessus de la rocade, qui affiche fièrement le contenu de De Singel aux automobilistes et aux camions passant à proximité. Les nouvelles installations publiques, comme une salle de lecture et un grand café, sont situées en dessous, au sommet de volumes bas, également habillés de bois. Une façade en verre, du sol au plafond, crée un sentiment de proximité avec la rocade, à la fois déroutant et d’une beauté indéniable.

La dernière phase de rénovation 

La rénovation la plus récente de De Singel, menée entre 2021 et 2025, s’inscrit dans la continuité de cette histoire entrelacée. Cette phase vise à moderniser et optimiser les espaces existants, tout en préservant le caractère unique du bâtiment. L’ambition est de proposer des solutions intégrées pour répondre aux besoins changeants, tant pour les utilisateurs que pour les visiteurs.

Tout d’abord, la rénovation des galeries, ces dernières, reliant le Plein et l’entrée aux salles Rouge et Bleue ainsi qu’à leurs foyers respectifs, jouent un rôle à la fois fonctionnel et culturel. En plus de leur utilité pratique, elles servent d’espaces d’exposition et méritaient une remise à neuf.

Ensuite, la réfection des foyers Bleu et Rouge, ainsi que du foyer des artistes, chaque foyer doit avoir sa propre fonction, son ambiance et son caractère. Le foyer Rouge a été transformé en un espace dédié à la culture jeune, avec un caractère urbain moderne. Le foyer Bleu, quant à lui, est conçu comme un lieu de réflexion, de débat et d’interaction. Enfin, le foyer des artistes devient un espace de rencontre entre les artistes et le public.

La Salle Rouge, emblématique du complexe, a fait l’objet d’une attention particulière. L’objectif était de conserver son caractère tout en la modernisant. Les sièges et le tapis ont ainsi été renouvelés, mais toujours dans la couleur rouge d’origine, préservant l’identité visuelle de l’espace.

Durabilité et vision d’avenir

La durabilité occupe une place centrale dans ce projet de rénovation. Les solutions proposées doivent être tournées vers l’avenir, tout en respectant l’héritage architectural du bâtiment. L’enjeu est de taille : il s’agit de faire en sorte que cette infrastructure, déjà riche de son passé, puisse continuer à servir au mieux le public, les artistes et les étudiants.

Source BEEL Architecture

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