Archi-militant | Basta IA
En Belgique, l'IA va-t-elle précipiter l'architecte vers la course à la productivité? Ou bien l'amènera-t-elle à considérer son métier avec plus de créativité?
En Belgique, on sait les architectes à la peine: lourdeurs administratives, complexités réglementaires toujours plus fortes, étroitesse d'esprit des fonctionnaires délégués, maîtres d'ouvrage casse-pieds quand ils ne sont pas carrément à la masse… Résultat des courses: le métier perd en attractivité. Les chiffres montrent une décrue sévère du nombre de stagiaires depuis deux ans. Après avoir effectué leur master, les jeunes formés décident finalement de ne pas embrasser la profession d'architecte. Et compte tenu de ce qui précède, on peut les comprendre.
Un autre défi guette la profession. A l'instar de nombreuses autres professions, l'architecture est confrontée au big-bang de l'intelligence artificielle. Cette évolution représente à la fois un risque et une opportunité. Un risque car cette IA risque de faire passer à la trappe une partie significative des activités des bureaux d'architecture. Les plans, simulations, maquettes sont désormais exécutables en un seul clic là où les architectes pouvaient suer à grosses gouttes pendant des semaines avant d'obtenir quelque chose de convaincant. Désormais, ce travail risque de ne plus constituer une importante source de revenus. Il s'agira au mieux d'une fonctionnalité que les architectes répercuteront simplement dans les frais refacturés au client. Cette IA représente aussi une opportunité parce qu'en s'appuyant sur cet outil, les architectes pourront dégager du temps pour s'atteler à des tâches à travers lesquelles ils devraient pouvoir faire la démonstration de leur talent.
J'écris cette dernière partie portant sur les opportunités au conditionnel, car une étude réalisée récemment en Grande-Bretagne laisse à penser que le recours à l'IA accélère l'exécution des tâches répétitives comme celles que nous avons évoquées plus haut, sans forcément que le temps ainsi gagné ne soit mis à profit par la profession pour augmenter la qualité du travail de recherche architecturale. En d'autres mots, l'étude menée par le Royal Institute of British Architects a permis d'établir que la grande majorité des bureaux britanniques recourt à l'IA, mais ils le font pour terminer plus rapidement leur mission plus rapidement afin d'empocher leur dû sans forcément y mettre plus d'énergie et de créativité.
Tout cela me ramène à cette époque bénie où j'étais à l'école gardienne. Avec des picotages, des coloriages et des découpages à tout va. Désormais, c'est à des tablettes que les tout-petits du préscolaire et que les enfants ont droit lorsqu'ils passent en primaire. Et lorsqu'ils accèdent au secondaire, on leur donne cette chance de pouvoir perfectionner l'utilisation des outils modernes. "C'est pour leur bien" dit-on. Sauf qu'en leur présentant ce changement comme une marche en avant, on leur cache qu'on veut les engager dans une marche forcée: celle du profit à tout crin, quitte à laisser créativité et inventivité au placard.