Archi-militant | Bouwmeester de Charleroi : Quand le Pays Noir passe d’un extrême à l’autre

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Le bouwmeester du Pays Noir est-il en train de payer sa proximité assumée avec le collège carolo ? La question mérite d’être posée, même si les critiques exprimées publiquement concernent surtout le coût et l’utilité de sa cellule.

Certes, certaines de ces voix viennent de l’opposition. Et l’on sait qu’il est de bonne guerre d’égratigner ce qui peut ressembler à un bras armé du pouvoir. La fonction de bouwmeester repose toutefois sur une indépendance de jugement à l’égard de l’autorité politique qu’il conseille. Cette indépendance n’exclut évidemment pas la collaboration avec les élus : elle doit permettre de défendre la qualité architecturale et urbanistique, y compris lorsqu’elle exige de questionner leurs orientations. C’est notamment le modèle revendiqué à Bruxelles, à Gand et à Anvers.

À Charleroi, Georgios Maïllis a assumé une posture différente, allant jusqu’à se présenter comme le « bras armé du collège », selon l’analyse publiée par François Schreuer en 2022. Une formule qui brouille la distance critique attendue de cette fonction. Dans une ville où les socialistes occupent le maïorat depuis 1977, soit près d’un demi-siècle, cette proximité peut nourrir les interrogations sur l’autonomie du conseil architectural. Sans pour autant démontrer une allégeance partisane ni suffire à expliquer la disparition annoncée du dispositif.

Cela remet-il en cause le talent de Georgios Maïllis ? Cela entache-t-il le sérieux de son travail et de celui de ses collaborateurs ? Non, bien sûr. Les prestigieuses distinctions obtenues récemment par le Grand Palais témoignent de la qualité d’un projet accompagné par la cellule. Elles ne constituent pas, à elles seules, une évaluation complète de son bilan, mais elles méritent de peser dans la discussion. Le prix Mies van der Rohe 2026 récompense ainsi la transformation conçue par AgwA et architecten jan de vylder inge vinck. Le bouwmeester n’a évidemment pas signé cette réalisation (ce n’est d'ailleurs pas son rôle), mais il convient de mettre à son crédit qu'il a ainsi contribué à accompagner efficacement le projet et la commande publique.

Le problème, désormais, tient aussi aux finances préoccupantes de Charleroi. Dans ce contexte, le coût annuel d’environ 600.000 euros avancé publiquement en 2024 devient une cible facile, même s’il concerne une cellule multidisciplinaire et non le seul salaire du bouwmeester. Encore faudrait-il mesurer précisément les prestations couvertes et les conséquences de leur suppression.

L’équation politique appelle également quelques nuances. En 2024, le PS a conservé sa majorité absolue au conseil communal, avec 26 sièges sur 51. Il a néanmoins choisi de poursuivre une coalition avec Les Engagés, dans le prolongement d’une pratique de gouvernement partagé déjà ancienne. Ses partenaires entendent, eux aussi, peser sur les orientations de la Ville.

Éric Goffart en avait donné l’illustration pendant la campagne : déjà échevin des Travaux, il avait remis en question le maintien d’un dispositif emblématique de la politique urbanistique de Paul Magnette. Thomas Dermine avait ensuite ouvert la porte au non-renouvellement. La majorité qu’il dirige a finalement retenu cette orientation, avec une prolongation de la mission jusqu’en décembre 2026. D’une cellule étroitement associée au collège à sa non-reconduction, le changement est brutal. Reste à savoir qui assurera demain la continuité de la vision urbaine et l’indépendance du regard architectural.

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