Archi-Militant | Drame OXY : au travail, l’Arizona!

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Sans pouvoir ni vouloir m’avancer sur les causes de la catastrophe OXY, qui aura pris la vie d’au moins six travailleurs, tous employés par des entreprises sous-traitantes, une question me taraude: les normes de sécurité peuvent-elles s’accommoder des complexités techniques liées à l’évolution d’un chantier? Et les dispositifs de protection peuvent-ils eux-mêmes évoluer quotidiennement au gré de son avancement?

Pour les ascenseurs définitifs équipés d’un dispositif de rappel incendie, la règle de fonctionnement est claire: la norme EN 81-73 encadre la réaction de l’installation lorsqu’elle reçoit un signal d’incendie. L’ascenseur cesse alors son service normal, rejoint un palier préalablement désigné, permet à ses occupants de sortir et est ensuite rendu indisponible au public.

Pour les ascenseurs temporaires de chantier destinés au transport de personnes ou de personnes et de matériaux, le cadre normatif est différent. Si l’appareil concerné par la catastrophe OXY relevait bien de cette catégorie (ce qui devra être vérifié par les enquêteurs), c’est notamment la norme EN 12159 qui devrait être prise en considération. 

Cette norme prévoit un dispositif d’alarme, des moyens d’évacuation d’urgence, des arrêts, des fins de course, des verrouillages et des dispositifs de protection contre une descente incontrôlée. Elle ne prévoit toutefois pas, parmi ses mécanismes de base, une procédure de rappel automatique sur signal incendie comparable à celle qui peut équiper les ascenseurs définitifs. 

C’est vrai: un chantier évolue chaque jour. La mise en place d’un tel système transformerait de facto la reconfiguration de l’ascenseur temporaire en casse-tête quasi quotidien pour le premier venu. Mais pour un électromécanicien travaillant en duo avec le responsable de la sécurité du chantier, cette adaptation régulière tient-elle réellement de la mission impossible? Il semble bien que non, du moins si l’on s’en tient aux aspects purement techniques.

Adapter une procédure de rappel automatique sur signal incendie exige certes que l’on y consacre du temps: celui de la réflexion, de l’anticipation et de l’adaptation aux évolutions quotidiennes du chantier. Quel palier peut être considéré comme sûr? Le chemin d’évacuation est-il toujours accessible? De nouveaux étages ont-ils été ajoutés? Une zone est-elle devenue temporairement dangereuse en raison de travaux ou du stockage de matériaux?

Un tel exercice mobilise inévitablement des ressources humaines spécialisées, mais la vie des travailleurs ne vaut-elle pas les honoraires réguliers d’un électromécanicien?

Est-ce à l’entrepreneur général de décider seul de mettre en place une telle protection? Sur ce point, mon avis est tranché: le rôle d’un entrepreneur général comme Cordeel est d’appliquer de manière irréprochable les normes en vigueur et de prendre les mesures complémentaires que lui dicte l’analyse des risques. Cordeel n’est d’ailleurs pas considéré comme un «cow-boy» de la construction. Il s’agit d’un entrepreneur structuré, réputé pour prendre les questions de sécurité au sérieux. 

C’est précisément pour cette raison que la question dépasse le cas d’une entreprise particulière. Si une protection aussi essentielle n’est pas expressément requise, même sur les chantiers de grande hauteur, c’est le cadre normatif et réglementaire lui-même qu’il faut interroger. 

La révision de l’EN 12159 relève du Comité européen de normalisation, le CEN, sous l’influence possible de la Commission européenne et des organismes nationaux comme le NBN. Cela étant, le législateur belge ne doit pas nécessairement attendre une nouvelle version de la norme européenne. Il pourrait imposer, sur les chantiers de grande hauteur ou accueillant un nombre important de travailleurs, des mesures complémentaires liées à la détection incendie et à la mise hors service automatique des ascenseurs temporaires. Il pourrait également exiger que leur réaction à une alarme soit intégrée au plan de sécurité évolutif du chantier, régulièrement vérifiée et adaptée à chaque modification significative des niveaux desservis ou des voies d’évacuation. 

Il appartient encore à l’enquête de déterminer la succession exacte des événements survenus à OXY, le statut de l’appareil concerné et le rôle éventuel joué par les différents dispositifs de sécurité. Il serait hasardeux de tirer dès aujourd’hui des conclusions sur les causes de la catastrophe ou sur les responsabilités individuelles. Mais attendre les conclusions judiciaires ne doit pas empêcher de poser dès maintenant une question politique et réglementaire : peut-on accepter que des centaines de travailleurs utilisent quotidiennement un ascenseur temporaire sans que celui-ci soit nécessairement programmé pour réagir automatiquement à une alarme incendie?

Après OXY, au travail, l’Arizona.

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